Marco & Paula : Carnets d'ailleurs #41 : En RDC le viol est une arme de guerre

Par @Culturebox
Mis à jour le 19/11/2015 à 15H31, publié le 18/11/2015 à 12H02
Nomad's 41 © Paula

Mon travail me plonge dans la brutale réalité du viol, plus bureaucratiquement désigné comme "la violence sexuelle basée sur le genre" (SGVB). Il s'agit principalement de viols de femmes. Les hommes ne consultent pas, le viol étant une agression trop liée, selon eux, au sujet tabou de l'homosexualité ; quant à d'autres variantes de violence qu'ils subiraient des femmes... n'en parlons pas.

Les quelques cas masculins sont des enfants. L'ONG dont je coordonne les projets appuie des hôpitaux dans la prise en charge médicale et le « référencement », c'est à dire que les victimes sont dirigées vers des partenaires spécialistes d'autres formes de soutiens.
 
En RDC, le viol est une arme de guerre, particulièrement en usage dans l'est du pays, qui est soumis à des rebellions en tous (mauvais) genres, mais il est aussi d'un usage civil fort répandu, comme nous le constatons tous les jours à Kinshasa. Loin des champs de bataille, les viols sont le plus souvent commis par des connaissances, comme partout dans le monde. Le Ministère des femmes, des enfants et de la famille (des catégories culturellement indissociables, semble-t-il) tente de juguler cette violence avec un centre d'écoute et des campagnes d'information. L'appui international ne manque pas ; de nombreux programmes humanitaires intègrent cette problématique. Il est même parfois difficile de s'y retrouver. Les ONG internationales sont fort nombreuses en RDC. Ma part cynique dirait que le pays est un bon filon...
 
J'ai souri en apprenant que le ministre congolais de la communication avait dû se résoudre à autoriser la diffusion du documentaire "L'Homme qui répare les femmes - la colère d'Hippocrate" de Thierry Michel & Colette Braeckman. Ce documentaire, qui narre le travail du Dr Mukwege avec les victimes de viol dans la Province du Sud Kivu, a obtenu un franc succès auprès de diverses instances internationales dont l'ONU. Le ministre l'interdisait jusqu'alors sous prétexte de mauvaise traduction. Ainsi, il soutenait : « Quand les victimes remercient les militaires de les avoir protégées en langue locale [swahili], le commentaire les accuse de viols*".  Pour montrer sa bonne volonté, il a fait diffuser le film le soir-même, sur la télévision nationale mais je ne l'ai pas vu ; notre téléviseur n'est connecté à rien. (1)
Nomad's 41 2 © Fondation cartier

Je travaille avec une équipe d'une vingtaine de Congolais. Un lundi sur deux, je vis un moment de confusion quand je salue l'équipe : la dizaine de femmes ont alors toutes une nouvelle coiffure (elles sont sur le même rythme). Comme les perruques et élongations sont monnaie courante, elles changent radicalement d'allure toutes les deux semaines, parfois avec des coupes que je trouve parfaitement inouïes. Côté hommes, pas de «sapeur»* dans l'équipe, mais des tenues parfois bien classes surtout le vendredi. J'imagine qu'ils n'ont pas le temps de repasser par chez eux avant de sortir (probablement plutôt à l'église qu'entre potes). L'affiche de l'exposition de la Fondation Cartier reflète bien l'esthétique soignée que l'on peut croiser ici et là même sans fréquenter les lieux à la mode.

Dans un registre nettement plus burlesque : 5 policiers d'une prison de Kin décidèrent  une nuit  d'arrondir leur fin de mois en détroussant les passagers de quelques véhicules. Las, une de leurs victimes, elle-même policier, les reconnut, et les arrêta.
 
Pendant ce temps-là, Paris panse ses blessures.
Aujourd'hui, la communauté française se retrouvait dans divers lieux du pays pour une minute de silence. J'ai même chanté la Marseillaise, sauf quelques vers que je trouve vraiment insupportables.

Les "Sapeurs" dont le nom vient de la « sape » sont apparus, venus de Brazzaville, lorsque Mobutu, dictateur de longue durée,  a dû se décider à relâcher un peu sa main mise sur le pays, y compris sur les vêtements de ses sujets, qui avaient été interdits de cravates pendant de longues années, sous prétexte qu'il leur fallait vivre, penser, consommer zaïrois.
Nous sommes Marco et moi, plongés dans "Congo-une histoire" de David van Reybrouck, un ouvrage extrêmement bien documenté sur la RDC et passionnant à lire, mêlant petites histoires de vie et grande histoire géopolitique - les deux plus souvent sordides que réjouissantes. Ce livre permet de comprendre quelque peu le chaos ambiant.
(1) Le film sortira dans les salles françaises le 17 février 2016.
 

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