Marco & Paula : Carnets d'ailleurs #31 : Paula : gare aux "Guerrilla Girls"!

Par @Culturebox
Mis à jour le 12/08/2015 à 16H04, publié le 11/08/2015 à 21H15
Nomad's 31 © Paula

Paula poursuit son apprentissage des choses de l'Amérique, déchiffrant les panneaux, les messages, les signes d'une société aux multiples contradictions. «Une vraie manne d'or pour les psy », maugrée t-elle lors de ses crises d'antiaméricanisme primaire, celui-là même qu'elle cultive avec délectation et, parfois, une bonne dose de mauvaise foi.

Vu : Le pays est entré en campagne. Au fil d'un article sur le pouvoir des posters politiques aux Etats-Unis, je découvre cette affiche du Red Power. A ma connaissance, pas un seul candidat n'est issu des «Native People» ni chez les «Donkey» (entendez les Démocrates), ni chez les «Elephant» (Républicains). Comme les emblèmes de ces deux partis résonnent étrangement dans la symbolique française!
Nomad's 31 56 © Collection of Merrill C. Berman.
Dans le métro new-yorkais, l'espace assis est souvent âprement convoité, et la New York City Transit Authority essaie de convaincre ses voyageurs de se comporter avec un plus de civilité, comme en témoigne cette petite affiche  « Dude... Stop the Spread, Please. It's a space issue ». Rien à faire, le gars assis en dessous semble complètement imperméable  à la consigne, ou peut-être a t-il choisi de rendre le message plus concret ?
Ugly people © Paula
Nomad's 31 7 © Paula
Je découvre cette enseigne populaire, des années 50, chez un marchand «d'antiquités» de Central Park, vantant une bière qui aide les affreux à avoir eux aussi une vie sexuelle. Ce message me laisse perplexe; d'aucun l'interprète comme l'illustration de la «Beer Goggle Theory» selon laquelle  après quelques bières tout le monde vous paraît sexy. A travers mes lunettes féministes, j'y vois un message nettement plus agressif et pervers. 
 
A l'inverse me fait sourire un immense panneau entraperçu sur une route new-yorkaise louant les mérites d'un avocat capable de vous obtenir un divorce pour seulement 399USD, et, cerise sur le gâteau, sans la signature de votre conjoint.
 
Entendu : Ce discours du Président Obama au Kenya exhortant les jeunes à entreprendre, à investir leur énergie dans leur pays et dans la foulée, rappelant que les droits de l'homme concernent aussi les femmes et les filles. C'est émouvant, ô combien nécessaire. Pour avoir travaillé dans ce pays avec une ONG médicale, je connais, entre autres horreurs, les terribles estimations du nombre de femme mutilées sexuellement – quelle que soit d'ailleurs leur religion. Mais c'est irritant de la part du président d'un pays qui n'a toujours pas ratifié  ni la CIDE (Convention internationale des Droits de l'Enfance) ni la CEDAW (Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes). On nous prend pour des quiches ! comme dit mon magasine favori Causette .
 
Vu dans le ciel : Un groupe de centaines d'oiseaux en plein préparatif migratoire, rassemblés sur les lignes électriques, s'envolant par grappes confuses, picorant les bas-fossés d'une route au cœur d'une jungle commerciale péri-urbaine. Quelques miles plus loin commençaient prés et forêts. Et nous sommes seulement fin juillet. Vision cauchemardesque entre celle d'Hitchcock ("Les oiseaux") et de Fatih Akin ("Polluting Paradise").

Quelques jours plus tard, en balade dans le parc national de la Shenandoah dans les monts Appalaches, je lis avec circonspection un topo sur la réintroduction des faucons, et j'y trouve toute l'ambiguité des Etats-Unis : dans les zones agricoles, des règlementations qui, pour un œil européen, semblent bien laxistes (cf l'utilisation intensive du glyphosate – principal ingrédient du "célèbre" désherbant Roundup) et un peu plus loin - à une heure à vol d'oiseau - une magnifique zone protégée de plus de 160 km de long.

Nomad's 31 5
Lu : Un article traitant d'activistes féministes luttant aux Etats-Unis, pour que l'art reconnaisse enfin des talents féminins, en les exposant dans les musées ou les récompensant sans attendre qu'elles soient mortes ou bien mûres : The Guerrilla Girls. Anonymes depuis une trentaine d'années, elles portent un masque de gorille (animal bien connu pour symboliser les petites choses fragiles que sont les femmes). Au moins deux musées américains ont acquis leurs affiches et s'apprêtent à les exposer. Voici une information que je déguste avec ferveur.


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