RECIT de Marco – Retour à la base des caches à l'eau : ll a plu toute la foutue journée. Les cerisiers sont en pleurs

Par @Culturebox
Mis à jour le 03/05/2015 à 22H07, publié le 03/05/2015 à 19H46
Retour à la base des caches à l'eau

Retour à la base des caches à l'eau

Ayant quitté ma résidence surveillée de Mogadiscio, me voici de retour pour quelques semaines à Washington, « chez moi ». Une raison immédiate : mon passeport n'en peut plus et déborde de visas – le dernier a été collé sur une page déjà couverte de cachets par une officier d'immigration kenyane qui s'est sans doute dit qu'elle ne pouvait pas me laisser coincé dans l'aéroport.

Le passeport, c'est la raison de surface, mais ça n'est que la partie émergée de l'iceberg. Sous la ligne de flottaison de ma conscience nagent des cachalots mangeurs de tranquillité, trahis parfois par quelques remous à la surface de mes airs placides et de mes réveils nocturnes. Je suis vraiment rentré pour en harponner quelques uns.
Pauvre mammifère...

Pauvre mammifère...

Premier cachalot : mon médecin, que je n'ai pas vu depuis... Voyons, ça fait trois ans. J'en ai rencontré d'autres au gré de mes tribulations, mais cela me rassure qu'au moins un médecin, quelque part, puisse avoir une vision d'ensemble. En plus, il y a une petite inquiétude; la compagnie d'assurance qui avait finalement accepté de regarder mon dossier "à distance" a refusé de m'accorder la police d'assurance décès au motif d'un taux de PSA en légère augmentation. En sortie de consultation, bilan de santé globalement positif, prise de sang pour vérifier le taux de PSA, et traitement antibiotique pour le cas où il s'agirait d'une prostatite. Et un cachalot sur le pont.

 
Deuxième cachalot, l'assurance décès : un  ami m'avait donné le nom de son agent d'assurance, et si il n'avait pas été plus impressionné que ça par mes habitudes nomades et les territoires dans lesquels je vagabonde, il n'acceptait d'examiner mon cas qu'à condition de me présenter in vivo. Après l'entretien, la compagnie d’assurance a envoyé une infirmière à domicile pour me mesurer, me peser, prendre ma tension et opérer divers prélèvements. Et il a fallu que je réponde à une itw médicale au téléphone. Pour le moment, ce cachalot-là continue à nager entre deux eaux.
 
Troisième cachalot : les impôts. J’ai déjeuné avec mon "conseiller fiscal", mon ami Jerry à l’humour juif très aiguisé, et nous avons devisé de tout sauf de fiscalité; il faut d'abord que je retrouve des dossiers qui flottent ici et là.  En sortant, panique parce que je ne retrouvais pas ma voiture, mais en fait je m’étais trompé de rue… Washington m'est très familière, mais à mes retours je m'y perds avec une aisance confondante, ne sachant plus bien assembler toutes les pièce du puzzle de la carte que j'ai en tête. Et pour le moment, mon cachalot fiscal nage toujours.
 
Petit cachalot deviendra-t-il grand? Au hasard de mes recherches fiscales, je découvre que si je veux que Paula puisse bénéficier elle aussi d'une carte verte plancton, il va falloir entamer les démarches rapidement. Le site des services d'immigration prévient qu'une telle démarche risque de prendre plusieurs années, et j’en conclus qu’il faut commencer à armer le lance-harpon en prenant rendez-vous avec Sébastien, notre avocat. D’autant que j’ai parlé avec Bernard, mon ami grand maître des carrières, qui m’a soufflé que "la Banque"* se remettait à embaucher et avait repoussé l’âge de la retraite à 67 ans, et que peut-être je devrais penser à regarder aussi de ce coté-là pour un retour plus permanent dans la capitale américaine. En plus, les cachalots font des petits.
Le cachalot et le harpon comme métaphores...

Le cachalot et le harpon comme métaphores...

Le gros cachalot mâle de la bande, c'est la rénovation de la maison, qui n'est toujours pas terminée. Je suis donc ici surtout pour faire la chasse aux investisseurs privés, les banques trouvant mon statut de consultant indépendant traînant son ordinateur portable dans des terres inconnues des bons américains beaucoup trop exotique pour leur goût. Et, comme suite au refus de la banque de me prêter l'argent pour terminer la rénovation, l'entrepreneur en charge des travaux s'est exilé au Tennessee, il faut que j'en harponne un autre. Dommage, il me plaisait bien ; il était dans la réserve des forces spéciales et il était allé au Mali un peu avant le grand grabuge.
 
Email à Paula :
 « Il a plu toute la foutue journée. Les cerisiers sont en pleurs. J’ai passé 4 heures cette après-midi avec Isabel - dont le mari, David, est mort il y a presque un an - à parler deuil, décès et comment éviter la maison de retraite ou l’hôpital et faire en sorte de “partir” quand on le décide. Options discutées: la Suisse, la Hollande, l’Oregon, le cyanure, les barbituriques, les injections de produits vétérinaires, "Hemlock society", "Percocet" et whisky, helium, etc. Je crois que cela lui a fait du bien d’en discuter avec quelqu’un qui trouve ça normal et même souhaitable. Elle m’a dit que si j’étais là à sa mort, il fallait que j’ouvre le tiroir du haut de sa table de chevet et que j’y trouverai une centaine de tablettes de "Percocet" pour mon propre usage… ».
 
On tue bien les cachalots....

* La Banque Mondiale
 
Tout Nomad's land.

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