Les Carnets d'ailleurs de Marco & Paula # 127: Un "Gaou à Bidjan"...

Par @desmotsdeminuit
Mis à jour le 29/09/2017 à 16H54, publié le 28/09/2017 à 00H21
Vu de la terrasse...

Vu de la terrasse...

© Paula

Changement de ton pour cette chronique! Marco et Paula donnent la plume à un jeune invité, "Tobie-le-Gaou" -Tobie est son prénom. "Le Gaou" est pour les Ivoiriens, un plouc, un niais en nouchi, la langue de la rue, comme l'a popularisé la chanson de Magic System: "Premier gaou"- venu à Abidjan pour faire ses premiers pas en Afrique.

Accueillir des amis venus de votre vieux "chez vous" est un des plaisirs, peut-être paradoxal, des nomades. Cet autre qui vient voir et sentir ce monde - pour lui nouveau et exotique - dans lequel vous avez établi temporairement votre camp, vous donne l’occasion d’évaluer, face à son angélisme, le niveau de cynisme que vous avez atteint. Alors, quand notre jeune ami, qui vient de rompre son contrat pour reprendre des études, est venu nous rendre visite et nous assaillir de questions, nous lui avons tendu la plume, histoire de mieux comprendre comment c’était, l’Afrique la première fois...  

C’est presque sur un coup de tête que je décidais – il y a peu – de rendre visite à mes amis Marco & Paula, moi jeune français rêvant d’aventure et de découvertes.
Ne connaissant pas particulièrement l’Afrique Noire je trouvais également un prétexte dans cette ignorance toute mienne pour me rendre sur les bords du Golfe de Guinée.

Il est 22h à "Bidjan"* et l’avion effectue sa ronde habituelle sur le tarmac de l’aéroport Houphouët-Boigny. Une fois les formalités effectuées dans l’ambiance neutre et froide de l’aéroport – il n’y a qu’une petite mélodie du pays qui grésille sur un vieux poste de radio – je me dirige vers la sempiternelle sortie des voyageurs. Contraste, le hall du terminal est bondé et il me faut cinq bonnes minutes avant de trouver mes amis!

Une fois sorti, la chaleur humide de la capitale me monte à la tête. J’ai la chance de bénéficier d’une visite guidée le temps du trajet. Je découvre des quartiers très différents les uns des autres, des populations hétéroclites; Treichville, Adjamé, la Zone 4, le Plateau se succèdent… Les rues sont bondées, un accident spectaculaire a laissé une voiture qui repose sur le toit.
 
Une nuit trouble m’attend. Le sommeil ne me prenant pas, je reste quelques minutes sur le balcon sous lequel la ville s’étend jusqu’à la lagune qui l’enserre de part en part.
Le Quartier France de Grand Bassam

Le Quartier France de Grand Bassam

© Worldheritage.org
J’effectue ma première sortie en solitaire à Grand Bassam, première capitale de l’histoire du pays. Cette bande de terre coincée entre océan et lagune recèle les vestiges des premières maisons coloniales aujourd’hui à l’abandon ou transformées en maisons de fortune.  Il y règne une atmosphère pesante, délétère**. Je ne sais pas encore pourquoi mais je me sens vulnérable, mes pas s’appesantissent et ma démarche se fait moins alerte.

Pour échapper à cette ambiance mutique, je mène mes pas vers la plage que je longe sur plusieurs kilomètres dans l’espoir de me retrouver seul au monde.
La mer est très violente, on y voit des vagues de plus de six mètres de haut (sic!) que la lame de fond rapporte violemment. Les rares habitants que je croise me regardent parfois surpris, parfois hagards et je me prends à penser que mes regards doivent leur donner le change.
La plage de Grand Bassam

La plage de Grand Bassam

© Wikimedia
Le sable est jonché de déchets et d’excréments de toutes sortes. Je zigzague pieds nus jusqu’à l’endroit où eaux douces et salées se mêlent. Le sentiment de vulnérabilité est alors grandissant. Je découvre qu’une propriété de mon corps jusqu’alors méconnue change ici profondément la donne: ma blancheur. Mes amis ayant déjà suffisamment décortiqué cette sensation, je n’irai pas plus avant. *** Il n’empêche, ce sentiment nouveau va me poursuivre partout où j’irai.
 
Quelques jours plus tard, nous décidons – avec Paula – de prendre la tangente en quittant "Bidjan" pour les mystérieuses régions nordiques du pays… La Côte d’Ivoire procède en effet d’un entre-deux. Schématiquement, le Sud est majoritairement chrétien quand le Nord est musulman. Le Sud est vert de ses mangroves et forêts tandis que le Nord propose à la vue des étendues très larges de savanes … "vertes" **** jusqu’à la frontière malienne.
  
[A suivre]

Lorsque nous sommes passées à la bibliothèque, Nathan a déniché un roman introuvable car épuisé en France: "Un Attiéké pour Elgass" de Tierno Monénembo. Après cela, Abidjan est devenu Bidjan alors que ce petit nom est guinéen. Ah ce Gaou!, aucun respect pour les frontières….

** Ah ce Gaou! Aucun respect pour l’UNESCO qui, en 2012, a classé le Quartier France en patrimoine mondial par l’UNESCO. Difficile de mesurer quel essor touristique a généré ce classement car en 2016 des terroristes ont choisi ce site comme terrain de tirs.

*** Nomad’s Land #125 et #58.

**** Selon un ami ivoirien, la graduation paysagère du Sud au Nord est l’attrait  principal du voyage par la route. La graduation fut bien trop subtile pour nous. La savane locale ressemblait furieusement aux paysages vues plus au sud.
 
 

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