Les Carnets d'ailleurs de Marco & Paula: Moi, PAULA, 51 ans, fâchée et ... ménopausée

Par @desmotsdeminuit
Mis à jour le 16/03/2017 à 18H20, publié le 15/03/2017 à 23H27
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Retour d'un cauchemar au Capitol: le texte de loi qui ne meurt jamais...

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Retour d'un cauchemar au Capitol: le texte de loi qui ne meurt jamais...

© PAI.org

Paula se lâche – peut-être pour bien marquer le 8 mars.

Le Donald Trump me casse les trompes. Je le trouvais évidemment déjà parfaitement insupportable, mais je ne pensais pas qu’il pourrait m’atteindre. Je me trompais. La nouvelle administration américaine a décidé de rétablir le Global Gag Rule, ("règle du bâillon mondiale"), officiellement connu sous l’appellation "Politique de Mexico". Ce mauvais gag consiste à limiter, voire annuler toute aide financière américaine aux ONG internationales qui promeuvent, informent ou facilitent des soins de santé aux femmes choisissant l'avortement. Avec Trump, la règle s'applique même pour le financement de projets de santé dés lors que l'ONG a dans son catalogue d'intervention, ici ou ailleurs, une activité favorisant l'avortement. Reagan l'avait instituée en 1984, Bill Clinton supprimée, George W. Bush ré-appliquée puis Barack Obama re-supprimée, chacun agissant dès sa prise de fonction... On  estime l'impact financier à 600 millions de dollars.

Je suis en train de postuler à deux ONG américaines: j'espère que leurs financements ne dépendent pas que du gouvernement américain.
 
Mais la résistance s'organise. Pour contrer cette perte drastique de financement, le gouvernement hollandais vient de lancer une campagne – "She decides" – pour lever des fonds auprès de l'Union Européenne, des fondations publiques et des particuliers afin de montrer au gouvernement américain qu'il ne peut imposer au monde sa vision de la femme-machine à reproduire.
 
Encore un coup de sang en découvrant que le lien inséré dans un article de Devex (site d'emplois dans le développement) sur les failles des législations protégeant les femmes des violences sexuelles, renvoie à un site anti-avortement. Le lien nous dirige directement sur le texte du Protocole de Maputo (un protocole additionnel à la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples relatif aux droits de la femme en Afrique, instituant le droit au planning familial) mais quand je suis allée sur la page d'accueil du site, j'ai découvert un message  dénonçant  ce protocole. J'ai posté un commentaire pour signaler l'erreur, mais il est resté sans réponse jusqu'à présent. 
 
Le 8 mars, journée des droits des femmes – désolée chers fleuristes, ce n'est pas le jour pour offrir des fleurs - j'ai passé ma journée à chanter l'hymne du MLF. Au début, je chantonnais pour ne pas indisposer mes auditeurs potentiels (je chante de façon parfois dissonante), puis je me suis enhardie jusqu'à chanter haut et clair, lors de mes nombreuses déambulations dans les rues de Paris. J'ai manqué d'assurance pour me lever et chanter l'hymne dans les rames de métro: j'ai craint d'être contre-productive, vraiment.
 
Ce même 8 mars, j'ai eu une énorme satisfaction. Le matin, j'avais rendez-vous chez une gynécologue pour me faire retirer mon stérilet. Comme elle ne me connaissait pas (les nomades n'ont pas de soignants réguliers au fait de leur histoire ou de leur âge), elle m'a demandé si j'avais déjà acheté son remplaçant. Non! Il s'agissait juste d'enlever ce dispositif intra-utérin (DIU pour les intimes) après ses 5 ans de bons et loyaux services. Je n'en ai plus besoin. Mon potentiel reproducteur inexploité est tari. M'en voici enfin débarrassée.
 
J'ai travaillé un temps avec une association médicale tunisienne qui avait mené une recherche sur l'acceptation de leur ménopause par des femmes en France et en Tunisie. Dans les deux pays, moins le niveau d'éducation était élevé, plus la ménopause était vécue comme un anéantissement: les femmes n'étaient plus rien, puisqu'elle ne pouvaient plus être mère.
 
"La femme vieillissante est à l’âge dangereux, où la réalisation de son inutilité sociale par la perte de la fécondité l’amène immanquablement dans la tourmente", disait Simone de Beauvoir, dans "Le deuxième sexe". La perception africaine serait plus nuancée; dans certains pays ou ethnies, la ménopause peut au contraire être vécue comme une libération ou comme l'accès au statut de femme sage. Je le conçois volontiers. Par contre, j'ai quelques doutes sur les résultats d'une étude canadienne (PLOS Computational Biology) qui propose, sur la base d’un modèle informatique néo-darwinien, que la ménopause serait le résultat de mutations génétiques déclenchées par la préférence des hommes pour des femme plus jeunes: pour faire court, la diminution du nombre d'hommes disponibles aurait provoqué le tarissement de nos hormones passé un certain âge.
Nomad's 104 3 © AFFA
Sexisme, âgisme, même combat! Des acteurs et actrices constatent qu’entre 50 et 65 ans, ils ne sont plus, ou beaucoup moins sollicités pour des rôles, alors qu'aujourd'hui, en France, une femme majeure sur deux a plus de 50 ans. Ils s'en offusquent, d'où la rafraîchissante campagne "Le tunnel des 50".
 
Vu sur l'agenda du "Président-plus-pour-longtemps":
"mercredi 15 mars, 13h00, Déjeuner avec M. Alassane Ouattara, Président de la République de Côte d’Ivoire"
Je leur aurais bien dit deux ou trois petites choses à ces deux là, mais c'est l'heure où je prendrai l'avion pour enfin rentrer à Abidjan.


Tout Nomad's land.


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