Les Carnets d'ailleurs de Marco et Paula #76: Août au Congo!

Par @desmotsdeminuit
Mis à jour le 31/08/2016 à 18H38, publié le 31/08/2016 à 11H09
Tsishekedi présidant une réunion des caciques de l’opposition réunis en Belgique il y a quelques mois (à droite, second depuis le centre, Moise Katumbi)

Tsishekedi présidant une réunion des caciques de l’opposition réunis en Belgique il y a quelques mois (à droite, second depuis le centre, Moise Katumbi)

C’est la fin de l’été en Europe et aux Etats-Unis, un moment dont la normalité, vue de Kinshasa, a un profond sens d’irréalité. Au Congo, c’est plutôt une ambiance de fin de monde, mais, au milieu de la dérive inexorable, Paula essaie de maintenir à flot son petit esquif humanitaire.

En début de mois, j'ai quitté mon havre boisé, cette maison d'amis nichée dans le parc immense du club équestre de Kinshasa, pour retourner dans mon logement urbain. Retrouver «mes» meubles  aurait dû m’être plutôt agréable après cette absence mais le canapé est toujours défoncé, l'eau et l'électricité toujours aussi aléatoires et cet appartement est décidément trop grand pour moi seule puisque Marco est parti inaugurer nos nouvelles aventures ivoiriennes.
 
J'ai repris le travail après une semaine de récupération où j'avais alterné lecture, balades à cheval et promenades à pied quotidiennes. Je me croyais en forme jusqu'à ce qu'un foutu palu se déclare à peine retournée au bureau (un psy se régalerait). J’ai dû m’acharner à l’ignorer car ce mois d'août était un mois charnière pour tous les projets de l’organisation et l’alternative était claire: ou je mettais la mission en stand-by ou nos recherches de fonds supplémentaires pour des poursuites de projets aboutissaient. Ce fut le cas. Hier, j'ai signé une quinzaine d'avenants à des contrats, l'avenir à moyen terme est assuré.
 
Mais dans un mois, je pars. Mon contrat sera achevé et j'irai rejoindre Marco.
 
De toute façon il est temps de partir. Les jeux politiques sont faits. Les élections présidentielles n'auront pas lieu comme prévu en novembre. Kabila n'a pas obtenu le changement de constitution qui lui aurait permis de briguer un troisième mandat. Mais, il est parvenu il y a quelques mois à faire bidouiller par la Cour Constitutionnelle une interprétation des textes sur mesure. Maintenant, il peut rester Président tant que les élections ne sont pas organisées. Alors, évidement, il prend son temps - on appelle ça "le glissement"- Le p'tit canaillou!  
 
Un de ses opposants historiques, Étienne Tshisekedi, est bien revenu au pays fin juillet, accueilli par une foule de supporters mais ce vieux monsieur de 83 ans, qui est dans le paysage politique depuis toujours, est assez versatile. Moïse Katumbi, l'ex gouverneur du Katanga, pourrait être un candidat inquiétant pour Kabila si celui-ci, en grand marionnetiste de ces messieurs de la justice, n'avait fait déclencher une série de procès expéditifs obligeant son potentiel rival à se mettre au vert, officiellement pour raison de santé.
 
L'envoyé de l'Union Africaine est enfin parvenu la semaine passée à lancer les travaux préparatoires du "Dialogue National", annoncé depuis novembre dernier. L’affaire est bancale: les deux principaux partis d’opposition n’en sont pas. C'est un grand défi, un dialogue national. Mardi dernier, le jour du lancement, l'opposition, plus ou moins unifiée, a appelé à une journée "ville morte". Kinshasa a relativement suivi le mot d'ordre mais, semble-t'il- pas les autres villes du pays!
 
Ce jour-là à Kin, il ne s'est rien passé dans la ville, les rues, les marchés étaient bien vides, les commerces fermés au moins jusqu'à la mi-journée. Le seul incident relaté est la mésaventure d'un député du parti présidentiel qui a cru bon de marcher à pied dans son quartier avec quelques supporters pour rendre la ville "vivante". Il s'est fait asticoter par une bande de « Shege » - enfants des rues, tristement abondants à Kinshasa. Le couillon ! Bien sûr quelques arrestations ont eu lieu, et le siège de l'opposition avait été encerclé la veille au soir par des policiers démonstratifs mais c'est la routine.
 
Le succès des journées ville morte est difficile à évaluer: les gens sont-ils restés chez eux pour suivre le mot d’ordre, par peur de débordements "insécuritaires" ou par crainte de ne pas trouver un transport ?
Une campagne de vaccination

Une campagne de vaccination

© OMS

 
Pour les organisations humanitaires internationales, ces journées sont difficiles à administrer.  Je ne peux pas dire aux membres de  l'équipe de rester à la maison. L'organisation pourrait être accusée de propager les messages de l'opposition, mais je ne peux pas non plus leur imposer de venir travailler. Alors, je prends quelques précautions oratoires pour leur dire de rester chez eux, de poser un congé annuel ou une récupération. Quant à moi, je travaille depuis la maison.
 
Le pays a connu un nouvel épisode de violence épouvantable: une cinquantaine d'habitants de la région de Béni (Nord Kivu) ont été massacrés à la machette dans la nuit du 19 aout. La précédente tuerie datait du mois de juin.
 
L'épidémie de fièvre jaune s'étend, Kinshasa est touchée, mais des vaccins enfin disponibles et des campagnes de vaccination massives devrait juguler cette épidémie. Par contre, le choléra gagne du terrain. 
 
La délégation sportive congolaise est rentrée bredouille des JO mais tout le monde s'en fout.
Pendant tout ce temps-là un gamin casse des cailloux sur un remblai des mines du Katanga, pour gagner un demi-euro par jour.
Creuseur au Congo, photo extraite du portfolio "Congo, a state of abandonment"

Creuseur au Congo, photo extraite du portfolio "Congo, a state of abandonment"

© Phil Moore
 
Tout Nomad's land.


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