Les Carnets d'ailleurs de Marco et Paula # 56: "c'est le palu qui passe!"

Par @Culturebox
Mis à jour le 21/03/2016 à 22H42, publié le 16/03/2016 à 07H33
nomad's 56

Paula est terriblement vexée. Elle vient de choper son premier paludisme aussi connu sous les noms de fièvre des marais, fièvre intermittente, fièvre paludéenne, fièvre paludique, fièvre palustre, fièvre tellurique ou malaria; elle qui se croyait immunisée après 20 ans passés en Afrique sans une seule crise.

La première fois que j'ai entendu parler du paludisme, je vivais mes dernières vacances d'adolescente en famille. Certains amis de mes parents, plaisanciers comme nous, avaient trois fils. Le premier me plaisait bien, le second plaisait bien à ma sœur et le troisième était bien trop vieux pour présenter un quelconque intérêt. Jusqu'au jour d'une navigation à plusieurs bateaux qui devaient nous emmener jusqu'aux Sept Iles, un bel archipel de Bretagne nord, plein de criques propices aux jeux de mes 15 ans. Las, la veille, l'aîné fit une crise de paludisme et toute la famille s'évacua. Les rois de l'azur redevinrent les habituelles foutues mouettes et je passai un bon moment à ruminer sur ce paludisme que le gars avait rapporté d'Amérique du Sud. 
 
Lors de mon premier séjour africain, je pris un traitement préventif contre le palu. Je travaillais pour une ONG médicale et ils ne me laissèrent que le choix entre deux molécules: une à gober tous les jours, l'autre une fois par semaine. Je n'ai pas hésité, une prise hebdomadaire me semblait moins contraignante. Il y avait toutefois un revers, le ©Larium pouvait provoquer des troubles d'anxiété, voire plus chez des sujets psychologiquement fragiles. A priori, je devais pouvoir m'en accommoder, même dans un contexte aussi délétère que ce camps de réfugiés où j'allais vivre six mois. Effectivement, mes nuits du dimanche soir devinrent mes préférées. Le matin, je gobais mon cachet et le soir je m'évadais de ce camps dans des rêves symboliques, rarement angoissants que tout psychanalyste aurait adorés. Enfin, moi, je m'y vautrais avec délectation. 
 
Après cela, il ne fut plus question de prévention, je séjournais trop longtemps pour que mon organisme supporte les effets secondaires d'une quelconque molécule sur une telle durée. Pendant des années, j'ai pris dans ma pharmacie un traitement de choc au cas où je sois loin de toute pharmacie. Puis, j'ai stoppé; je finissais par les donner avant qu'ils ne soient périmés.
 
Je me croyais donc immunisée. Je regardais avec pitié les voyageurs occasionnels s'alarmer de tout moustique rencontré alors que seuls les anophèles -un bien joli nom- sont des vecteurs potentiels, et encore seulement les femelles. Mais bien malin qui saurait reconnaître un anophèle de tout autre moustique et encore plus de distinguer un mâle d'une femelle. Au moins, ils sont nocturnes, pour le plaisir de nos nuits.

Si vous avez l’impression que vous êtes trop petit pour pouvoir changer quelque chose, essayez donc de dormir avec un moustique… Et vous verrez lequel des deux empêche l’autre de dormir.

Le Dalaï Lama

Ces tout petits sont des empêcheurs de dormir mais aussi de vivre pour ceux qui véhiculent les parasites responsables du paludisme, spécialement le Plasmodium falciparum, l’espèce la plus pathogène et responsable des cas mortels.
nomad's 56 2 © Développement et Santé, n° 138, décembre 1998
Bingo! Non seulement, j'ai le palu et il s'agit de la souche falciparum. Après un bel «accès palustre» - un régal de sonorité pour désigner fièvres, douleurs articulaires et suées bien trempées - j'ai dû me résoudre à consulter et subir le test de la goute épaisse -. Le verdict est tombé rapidement. J'ai rejoint la cohorte des 500 millions de cas cliniques annuels observés selon l'OMS chaque année. Foin de ma singularité !
 


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