Carnets d'ailleurs de Marco et Paula #72: histoire d'eau...

Par @desmotsdeminuit
Mis à jour le 13/07/2016 à 00H38, publié le 06/07/2016 à 12H00
La goute d’eau qui fait craquer Paula ...

La goute d’eau qui fait craquer Paula ...

© USAtoday

Samedi, Paula passait et repassait la raclette, victime de deux inondations simultanées. Aujourd'hui dimanche, elle n'a pas une goutte d'eau au robinet, mais un doigt de porto dans son verre. Chaque jour est différent, alors demain sera au moins « eau et gaz à tous les étages ».

Depuis notre installation nous n'avions le plus souvent qu'un filet d'eau dans les jours fastes, jusqu'à ce que fort récemment les copropriétaires s'accordassent enfin pour réparer la pompe à eau. Joie! L'eau jaillissait avec pression, la machine à laver se remplissait (j'avoue avoir contemplé, fascinée, le linge tourner) et la douche était tonique bien que toujours désespérément froide. Las! Cette soudaine pétulance à divers tuyaux fut fatale et nous dûmes d'urgence appeler un plombier.

Le plombier

Il vint deux jours. Entre les deux, après une inondation inaugurale, la salle de bain était en irrigation constante et les eaux usées du voisin coulaient du plafond. Super plombier a tout réparé, enfin presque tout, il ne faut rien exagérer. On trouve quelques traces de son passage : un morceau de plafond en moins dans une salle d'eau, les traces d'un début d'incendie (oups ! Il avait trop chauffé un conduit), et une agaçante odeur de dissolvant suite au bris d'un flacon planqué dans le faux plafond (mais que faisait-il donc là ?).

Super plombier a décliné deux fois ma proposition d'une boisson fraîche, aussi j'en ai déduit qu'il "ramadanisait", jusqu'à ce qu'il me demande un whisky. Il avait dû repérer les bouteilles que nous recyclons pour avoir de l'eau potable dans toutes les pièces. Je ne lui en ai pas donné: je ne nous voyais pas trinquer à 2h de l'après-midi à la victoire de l'homme sur la dynamique des fluides.

Depuis ce matin, nous n'avons pas de courant, pas d'eau et pas d'internet sans causalités évidentes. Le seul rapport de cause à effet que j'ai su identifier est mon manque d'énergie, faute d'avoir pu ingurgiter une seule goutte de café de la journée. La nuit vient de tomber, l'énergie se retire de la batterie de mon ordinateur aussi vite que la marée au Mont-Saint-Michel. Bientôt, je partagerai l'inconfort des trois-quarts des habitants de ce pays. Ce sera ma communion dominicale !

Je boirais bien un doigt de Porto -un doigt à la verticale bien entendu, pour fêter ça bien que Marco soit parti en mission de reconnaissance en Ivoirie. Dans mes premières années d'indépendance, je m'étais promis de ne pas boire quand je suis seule et je suis encore plus vigilante depuis que je travaille dans l'humanitaire. Dans certaines conditions particulièrement éprouvantes, l'alcool est bien tentant … d'autant plus qu'on manque souvent d'eau.

"Mais la liberté [...] ne s'use que quand on ne s'en sert pas 

comme dit si bien "Le canard enchaîné"
Aussi, je m’octroie quelques entorses à la règle.

Sous les réverbères. 

En Afrique subsaharienne (non musulmane), j'ai toujours trouvé une bière même dans les villages les plus au bout du bout du bout. En fait, il y a souvent plusieurs usines de brassage dans le pays et il faut croire que les camions de bière passent partout. J'ai aussi toujours obtenu de la bière fraîche même quand l'électricité n'était qu'une promesse électorale.
Etudiants sous les lampadaires publics

Etudiants sous les lampadaires publics

© Baudoin Mouanda
L'autre soir nous avons regardé un documentaire de Thierry Michel, "Congo River, au-delà des ténèbres". On y voit un magnifique pylone planté au milieu de nulle part pour alimenter un jour le village d'origine de Mobutu. Dix ans après son installation en fanfare, il est toujours là, planté sur l'inutile; les câbles se sont perdus en chemin. Il y a quelques jours, Marco me montrait le nouveau pont de Brazzaville illuminé aux couleurs du pays de l'autre coté du fleuve. C'est beau et surtout bien pratique, puisque les étudiants en panne de courant chez eux peuvent s'installer dessous pour réviser leur cours. Pour une fois, je n'exagère pas; je les ai vus, installés au pied de chaque réverbère d'une route improbable à la sortie de Brazzaville quand j'y résidais.
Alléluia ! Y a du  courant ! L'appartement vient de regagner ses étoiles, et je viens vite de faire la vaisselle et de lancer une machine. Pour le café il est bien trop tard. Mais je pourrai m'offrir le luxe d'un film. Même sur l'équateur, on peut apprécier le rituel du dimanche soir.
 
Pendant tout ce temps-là un gamin casse des cailloux sur un remblai des mines du Katanga, pour gagner 400 francs, soit un demi-euro par jour.
La lutte continue.

Tout Nomad's land.


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