RECIT. Comme un goût d'eau salée

Par @Culturebox
Mis à jour le 23/10/2015 à 17H43, publié le 04/05/2015 à 18H02
Navigation d'entraînement. Peu de vent, pour bien prendre le bateau en main.

Navigation d'entraînement. Peu de vent, pour bien prendre le bateau en main.

© SNB

Et voilà. Le dessalinisateur nous fait des misères. Départ reporté au 8 mai. Il est vrai que nous avons ce luxe suprême: le temps. Un peu deçus, mais remontés à bloc malgré tout de même.

Temps, contretemps, revers de fortune, déception… et enthousiasme !

Nous sommes, cette semaine, passés par toutes les couleurs de l'arc en ciel. Et la météo n'y est pour rien… Préparer un voyage comme celui-ci n'est pas une mince affaire. Tout doit fonctionner au millimètre. Et souvent, le petit grain de sable qui enraye toute la machine que l'on voudrait savamment huilée écroule les châteaux de sable. Le notre s'est effrité jeudi soir à 19h avec un constat: le dessalinisateur a un problème.

Cet engin, qui doit nous permettre une totale autonomie en eau douce, a fait des siennes, problème de pression. Et à ceux qui pensent "mais pourquoi ne l'ont-ils pas testé avant?" une réponse simple, il doit impérativement tourner au pire tous les deux jours, sinon il nécessite la purge complète des circuits. Or, tout le monde n'avait pas fini de travailler et sortir tous les deux jours était infaisable. Nous devions donc le lancer à la veille de notre départ et le tester entre la Réunion et l'île Maurice. Le test a donc eu lieu entre la Réunion et… La Réunion. Du coup pas de risque, mais nous voilà consignés à quai avec un départ reporté à vendredi prochain. Rien de grave. Un contretemps après le temps. 

Dans nos têtes nous étions prêts au grand départ, nous commencions à réaliser ce que nous allons entreprendre. Sans crainte ni angoisse. Une petite appréhension peut-être? 

Une fois notre déception ravalée, ce retard nous a permis de faire retomber un peu la pression, car il faut l'avouer, on n'est jamais tout à fait prêt. Il y a toujours quelque chose qu'on a oublié, à quoi on n'a pas pensé, le truc de trop que l'on n'aura pas la place de ranger. A contrario on acquiert la certitude de ce dont on ne pourra jamais se passer. C'est amusant d'ailleurs. Outre mon angoisse absolue de n'avoir pas assez à lire, j'ai eu le cauchemar récurrent des stylos qui n'écrivent plus. Cela se contourne aisément: prenons des crayons à papier. Oui, mais si les carnets absorbent trop d'humidité? On n'en sort plus. La caméra tombe en panne, le drone perd la tête, l'appareil photo tente un plongeon fatal…
L'arc en ciel des sentiments, vous dis-je. Mon vieil ami à raison: dans l'arc en ciel, il y aussi du rose. Le jour du départ sonnera la fin de ces inquiétudes. Les choses seront et nous nous y adapterons. Car seule cette adaptation permanente permettra la réussite de l'aventure. Nous sommes une famille voulue, consciente des forces et des faiblesses de chacun de ses membres. Convaincus de la nécessité de ne pas rater cette occasion de se confronter à ses rêves, sans autre ambition que de la vivre intensément, car elle sera probablement unique. En attendant, nous nous entraînons à la navigation, la côte toujours en vue, tous ensemble enfin, car libérés de nombre de contingences. Nous allons acquérir des réflexes, des attitudes. Nous allons nous aguerrir, habituer nos corps à de nouvelles contraintes, mettre un peu notre esprit en sommeil, limiter les questions pour laisser le temps aux réponses d'être évidentes. Et donner toute sa place au silence.
 

Chargement du bateau.Deux mois de vivres pour cinq personnes sans oublier les produits d’entretien courants.

Chargement du bateau.Deux mois de vivres pour cinq personnes sans oublier les produits d’entretien courants.

© SNB

Les vivres sont chargés, sec et frais, nous étions un peu inquiets, attentifs à l'espace et au poids, à la jauge également. Tout s'est passé pour le mieux. Des membres de l'équipage n'avaient rien vu de la liste des courses et en passant les paquets ont commencé à avoir une idée plus claire des menus du bord. Nous avons également le temps pour les petits ajustements. Le fond de la cabine tribord arrière de Pascal sert d'accès à la machinerie du pilote automatique, il faut pouvoir passer librement sur sa couchette. Il dort sur les batteries. C'est dans sa cabine que nous rechargerons tout notre matériel de tournage, photo, tablettes.

Bâbord arrière, nous la partageons avec Sophie, et les réserves de fuel pour le moteur. Pas de soucis, tout cela est bien isolé. Un placard de rangement, on réfléchit bien avant de prendre sa garde robe. Aline à tribord, après le carré, couchette du haut. Lorsque le bateau penchera à bâbord cela risque fort d'être inconfortable, elle pourra sans soucis squatter les autres et probablement celle du captain à l'avant, la plus spacieuse, mais en navigation probablement la plus inconfortable. Nous peaufinons afin de rendre notre confort optimal.

Les trousses à pharmacie sont, elles aussi prêtes. Pansements, bandes, attelles, suture… Juste au cas où.

Ah oui, tout le nécessaire de pêche également, chasse sous marine incluse.

Bon. En résumé nous sommes prêts. Il n'y a plus qu'à… larguer enfin les amarres et PRO-FI-TER!

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