FEUILLETON. (A bord du) "Shakespeare" #36: Métropole, froid relatif, mais quel enthousiasme!

Par @Culturebox
Mis à jour le 21/12/2015 à 12H31, publié le 21/12/2015 à 12H00
Une partie du cerveau toujours "là-bas".

Une partie du cerveau toujours "là-bas".

© SNB

C'était écrit. Retour au premier port, la Réunion, puis au deuxième, Bordeaux avant Paris dans quelques semaines. La joie des retrouvailles en famille et le décalage, comme toujours. Mais surtout cette sérénité qui monte, insidieusement, et donne un enthousiasme plus grand de jour en jour sur ce que sera demain. Même si je n'ai aucune idée de ce qu'il sera!

Tous les moments sont bons pour rentrer en métropole en fait. Ou bien tous mauvais suivant l'endroit où l'on se place. Noël, ce sont les fêtes, la joie des petits et des grands, les sourires, l'oubli de ce qui pèse au quotidien. Noël, c'est mauvais, parce que les billets d'avions coûtent une fortune et la quasi non concurrence entre la Réunion et la métropole se paie au prix fort. Mais bon. On le savait. Collée à la date du départ, il y avait une date de retour, un billet réservé depuis des mois. Et cette fameuse "vraie vie" qui fait qu'on n'y peut rien : tous les ans, Noël tombe le 25 décembre.

Pour une fois, je n'ai pas trouvé les 11 heures d'avion trop longues. L'habitude des espaces confinés probablement. Je n'ai pas eu froid à Paris, un petit choc thermique de 25°, j'ai connu pire. Et la bonne humeur rayonnante des passagers du Paris Bordeaux était égale à elle-même ! C'est fou ça. J'ai toujours l'impression que les trois quart des voyageurs viennent d'enterrer leur famille. C'est un bon sas, dans quelques semaines je ne serai donc pas dépaysée dans le métro. Autrefois, les gens se contentaient de faire la gueule, aujourd'hui ils regardent aussi leurs smartphones. Allez croiser des regards histoire d'échanger un sourire! Manifestement ce n'est pas d'actualité.

Après le choc thermique, c'est le bruit qui est finalement le plus déstabilisant. Vous ne vous en rendez probablement plus compte. Mais lorsqu'on a passé des mois à n'entendre que celui du vent, le bruit des voitures, des voix fortes, des alarmes, forment une épuisante cacophonie. Je passerai sur l'urgence permanente. Là aussi, vous occultez, mais tout (et n'importe quoi) est infiniment urgent du lever au coucher. Un tout petit exemple : est-il vital que la première voiture réagisse au dixième de seconde lorsque le feu passe au vert? A méditer.

Mon décalage horaire, même s'il est faible, trois petites heures, me réveille à 6h, de fait à 22h je rêve de me coucher. Oui, mais non. Parce que tout le monde vit à cette heure là. Et court encore. En espace confiné on court moins, car si on le fait, c'est plaies et bosses assurées. On évite.
Autre cocasserie, avant d'embarquer, j'avais du mal à décrocher de quelques séries télé aussi différentes que possible. Ce qui est rassurant, c'est que même en ayant raté huit mois d'épisodes, je ne suis pas du tout perdue. Comme quoi, rien ne sert d'être accro!
Je crois que c'est la télévision qui m'a le moins manqué en fait. Nous ne l'avons pas vue durant sept mois. J'y reviens, par a-coups, sans enthousiasme. L'info ne m'amuse plus, pas comme ça. Je l'ai déjà dit, la politique et surtout ses valets, me déprime et la bouffonnerie d'hier y participe. Au rythme où vont les choses, les citoyens vont finir par se lever, les uns après les autres. La génération montante n'a plus envie de ce qu'on lui propose et préfère jouer autrement, dans une cour plus grande, de l'auto-partage aux communautés citoyennes. Et ceux qui croient mener le jeu auraient du se poser les bonnes questions bien avant. Mais bon, nous verrons bien si les leçons auront porté leurs fruits, ce sera après les fêtes, en espérant que tout se passe au mieux.
Finalement, à y regarder de près, rien n'est vraiment différent, c'est mon regard qui a changé. Avec un recul serein, je laisse monter l'envie, l'envie de me donner les moyens d'autre chose, d'une autre vie, dans la continuité c'est certain, mais tellement plus drôle, et l'enthousiasme monte. Tout cela demande à être précisé, en dehors de quelques travaux d'écriture qui ne me permettront certainement pas de gagner ma vie, mais indispensables malgré tout.
SI ça se trouve je ne vais même pas faire une petite dépression post aventure avec tout ça!
 

Au détour d'une rue bordelaise, un poème

Au détour d'une rue bordelaise, un poème

© SNB

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