FEUILLETON. Lettres ou ne pas être #92: Atterrée

Par @Culturebox
Mis à jour le 12/02/2016 à 16H58, publié le 12/02/2016 à 12H00
L'art du recyclage...

L'art du recyclage...

À la recherche… de postes d’Allocataires Temporaires d’Enseignement et de Recherche. Ou comment recycler à bas prix les doctorants de France et de Navarre.

Et c’est parti pour la campagne d’ATER!

Mon contrat doctoral se finit fin septembre et je dois déjà commencer toutes les démarches qui me permettront d’avoir un poste l’année prochaine.
En décembre, j’avais effectué la "phase de mutation interministérielle", qui consiste à choisir des académies d’affectation dans le secondaire, au cas où je n’obtiendrais aucun poste à la fac. J’ai donc choisi Paris, Versailles, Créteil, tout en sachant que je n’aurai pas Paris.
 
Et c’est maintenant parti pour la campagne d’Allocataires Temporaires d’Enseignement et de Recherche, qui implique de postuler pour des CDD d’un an renouvelables trois fois. Comme il y a évidemment beaucoup moins d’ATER que de doctorants, il faut postuler dans toute la France pour espérer avoir un poste, et encore: j’ai beaucoup d’amis de Paris III ou Paris IV qui ont envoyé des dizaines de candidatures, sans recevoir aucune réponse positive.
Dans mon cas, le fait d’avoir obtenu un contrat doctoral dans une Université de Province peut se révéler un atout: les collègues que je côtoie depuis trois ans n’ont aucune raison de ne pas me donner le poste, étant donné que je connais la fac et les cours, et puisque j’ai tous les diplômes requis.
À condition, évidemment, que le poste soit reconduit l’année prochaine, malgré les fusions d’Universités et de laboratoires.
Et s’ils n’imposent pas, comme condition sine qua non, de venir habiter sur place, puisque la charge de cours est trois fois plus importante que pour un contrat doctoral – par contre, le salaire reste le même.
 
Je m’inscris donc sur Galaxie, la plateforme de recrutement des ATER, PRAG, maîtres de conférences et professeurs d’Universités, et commence à regarder les postes. Le seul problème, c’est qu’il n’y a presque rien en littérature.
Par curiosité, je regarde la rubrique "Autres ministères". Qui sait, le ministère de la culture cherche peut-être de toute urgence une spécialiste d’À la recherche du temps perdu ?
Pas de bol, c’est le ministère de la Défense qui recrute, et les profils ne sont pas totalement dans mes cordes. Exemple : "Enseignement-chercheur en traitement du signal électronique". Moi ma spécialité, ça serait plutôt les réminiscences involontaires que les signaux électroniques.
 
Et les postes à l’étranger ? Je vois qu’il y en a en Extrême-Orient, en Polynésie, à Istanbul…
Nouveau problème, il faut parler japonais ou avoir "une bonne connaissance d’une langue locale" du monde insulindien. Or moi les langues locales, je ne sais même pas ce que c’est.
 
Pour me remonter le moral, je vais sur le site du Collège de France écouter le cours de Antoine Compagnon sur "Les chiffonniers littéraires", magnifique, comme toujours. Après son année de congé, Compagnon revient parler d’une forme inédite d’intertextualité, le "recyclage" littéraire qui assimile le poète aux chiffonniers du XIXe siècle qui faisaient leur miel de tous les déchets. Au fond, c’est pour entendre des cours comme ça que j’ai choisi de faire une thèse de littérature.
 
Mais attendez… je rêve… le Collège de France recrute !!! Enfin, un peu de rêve et d’espoir…
 
Mouais. Le poste ? "Technicien animalier". Les missions ?   
  • Effectuer le change des litières / Grilles sales sous hottes en binôme.
  •  Réaliser le nourrissage et l’abreuvage des animaux.
  • Elaborer les stratégies d’élevage pour un maintien à bas bruit ou pour une production particulière d’animaux.
  • Sélectionner les animaux reproducteurs et réaliser la mise en accouplement.
  • Effectuer le relevé des naissances…
 
Je vous passe le reste, on dirait un canular…
 
Et sinon créer des postes en littérature, ça les tenterait pas au Collège de France ?
 
Au fond, les littéraires, on est vraiment les déchets du système universitaire. Pas étonnant que Compagnon nous fasse un cours là-dessus.

A suivre.


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