Feuilleton. Lettres ou ne pas être #90: Charlus

Par @Culturebox
Publié le 29/01/2016 à 12H00

Une idée d’exposition? Je milite pour Montesquiou. Besoin de dégommer quelqu’un? Devenez Charlus.

Passer quelques heures avec Charlus, c’est l’un des plus grands bonheurs que la littérature puisse donner.

Après la comtesse Greffulhe au palais Galliera, à quand une autre exposition consacrée à un proche dont Proust s’est inspiré? Reynaldo Hahn? Charles Haas ? la princesse Mathilde, la comtesse de Chevigné, Madeleine Lemaire?
 
Évidemment, j’aurais adoré voir une exposition sur Montesquiou qui est devenu mon personnage préféré, le baron de Charlus. Orsay en avait organisé une intitulée "Robert de Montesquiou ou l’art de paraître", d’octobre 1999 à janvier 2000. Le problème c’est qu’à l’époque j’avais douze ans, donc je ne connaissais encore ni Proust, ni Montesquiou, et encore moins Charlus. Voilà ce que c’est de naître toujours après tout le monde…
On en est réduit à regarder un catalogue d’exposition, quand on aimerait déambuler entre les vrais costumes du dernier grand dandy du XIXe siècle, et voir une reconstitution de son hôtel particulier, boulevard Maillot, où Sarah Bernardt récitait quelques vers, entourée d’hortensias multicolores. Et qui sait, Didier Sandre, qui joue un magnifique Charlus dans le film de Nina Companeez, pourrait imiter, comme Proust, le rire de Montesquiou qui tapait du pied comme personne…
Pourtant, entre Montesquiou et Charlus, c’était un peu l’amour-vache. Quand Proust publie un article dans Le Figaro, intitulé "Épines blanches, épines roses", Montesquiou y voit, d’après Proust, "un mélange de litanie et de foutre". Mais il faut dire qu’aussi, Montesquiou préférait les hortensias aux aubépines, chacun ses goûts.
 
Il n’empêche que passer quelques heures avec Charlus, c’est l’un des plus grands bonheurs que la littérature puisse donner, et j’ai souvent rêvé de rentrer dans sa peau:
Par exemple avec des élèves :
Option 1, doucereuse : "Notre religion prêche la patience. Celle que j’ai eue envers vous me sera comptée, je l’espère, et de n’avoir fait que sourire de ce qui pourrait être taxé d’impertinence, s’il était à votre portée d’en avoir envers qui vous dépasse de tant de coudées, mais enfin, monsieur, de tout cela il n’est plus question."
Option 2, déchaînée: "Croyez-vous que la salive envenimée de cinq cents petits bonshommes de vos amis, juchés les uns sur les autres, arriverait à baver seulement jusqu’à mes augustes orteils?"
Option 3, tragique: "Je ne retiendrai pas votre nom, mais votre cas, afin que, les jours où je serais tenté de croire que les hommes ont du cœur, de la politesse, ou seulement l’intelligence de ne pas laisser échapper une chance sans seconde, je me rappelle que c’est les situer trop haut".
Si on ne vous laisse pas entrer en boîte de nuit, hautain: "Permettez, (…) je suis aussi duc de Brabant, damoiseau de Montargis, prince d’Oléron, de Carency, de Viareggio et des Dunes. D’ailleurs, cela ne fait absolument rien. Ne vous tourmentez pas, (…) J’ai tout de suite vu que vous n’aviez pas l’habitude".
Lors d’une rupture, sadique: "Je ne peux même pas dire que qui aime bien châtie bien, car je vous ai bien châtié, mais je ne vous aime plus".
 
Ceci dit en ce moment je n’ai plus d’élèves, je ne sors que chez des amis et je n’ai pas l’intention de divorcer… Mais peu importe, j’adore quand même Charlus.

A suivre.


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