Feuilleton. Lettres ou ne pas être #102: quizz orthographique

Par @Culturebox
Mis à jour le 09/05/2016 à 15H51, publié le 22/04/2016 à 11H12
JDT 102 illustration © Anna P.

Corriger des copies après une réforme de l’orthographe, c’est encore pire que d’habitude. Ce qui n’est pas peu dire.

Des copies, encore des copies…

Et avec la réforme de l’orthographe, j’essaye d’oublier vingt ans de règles intériorisées et péniblement rabâchées pendant trois ans à mes étudiants de L1. 
Alors petit quizz pour vous mettre à la page:
  • Ces copies constituent un sacré contretemps/contre-temps.
  • J’y consacre tous mes après-midis/après-midi en essayant de comprendre les tournures ambiguës/ambigües disséminées par les élèves.
  • Comment garder une combattivité/combativité suffisante quand chaque copie me donne de l’eczéma/exéma ?
  • Dans ma chambre exigüe/exiguë, parfois à contrejour/contre-jour, j’avance assidûment/assidument en rêvant au mois d’aout/août.
  • Sans mollir/molir et au risque de devenir fole/folle, je respecte une durée de correction réglementaire/règlementaire, ce qui est parfois une gageüre/gageure.
  • Maintenant que les copies s’amoncèlent/s’amoncellent sur mon bureau, je réalise que je me suis laissée/laissé embrigader par l’Éducation Nationale.
  • Le système universitaire sera-t-il un jour absous/absout par la société ?
  • Voilà qui serait un événement/évènement!

Quelques règles pour vous aider:
  • Il faut systématiquement privilégier la graphie soudée pour les noms composés contenant les préfixes contre, entre, extra, intra, etc.
  • Le pluriel des noms composés a été simplifié: quand le second mot est un nom (compte-goutte, après-midi), il prend toujours un -s au pluriel, sauf quand il y a une majuscule (des prie-Dieu) ou un article (des trompe-la-mort).
  • Les verbes en –eler ou –eter, sauf appeler et jeter, se conjuguent désormais comme peler ou acheter.
  • Évènement et règlementaire se calquent désormais sur avènement et règlement : l’accent devient grave quand il est suivi par un e muet.
  • L’accent circonflexe disparaît sur le i et le u, sauf pour les terminaisons du passé simple, du subjonctif et les ambigüités.
  • Et justement, le tréma est déplacé sur la lettre u pour les mots en güe ou güi comme ambigüe ou aigüe.
  • Un mot comme combattivité prend désormais deux t, puisqu’il vient de battre.
  • Quelques anomalies du participe passé sont enfin supprimées: absous/absoute devient absout/absoute et dissous/dissoute se normalise en dissout/dissoute. De même, le participe passé de "laisser" devient toujours invariable quand il est suivi d’un infinitif, ce qui était déjà le cas avec le participe passé de faire: on peut désormais dire que cette thésarde "s’est laissé avoir", et non pas "laissée avoir". 
Jusque-là rien à dire, ça simplifie les choses.

Par contre, j’ai plus de mal à comprendre pourquoi "les mots anciennement en –olle et les verbes anciennement en –otter ne prennent plus qu’une consonne (corole, frisoter) sauf colle, folle, molle et les mots de la même famille qu’un nom en –otte (comme botte)".
Et pourquoi ajouter un tréma à gageüre ??
Quoi qu’il en soit, mon petit texte nous donnerait :
Ces copies constituent un sacré contretemps. J’y consacre tous mes après-midis en essayant de comprendre les tournures ambigües disséminées par les élèves. Comment garder une combattivité suffisante quand chaque copie me donne de l’exéma ? Dans ma chambre exigüe, parfois à contrejour, j’avance assidument en rêvant au mois d’aout. Sans mollir et au risque de devenir folle, je respecte une durée de correction règlementaire, ce qui est parfois une gageüre. Maintenant que les copies s’amoncèlent sur mon bureau, je réalise que je me suis laissé embrigader par l’Éducation Nationale. Le système universitaire sera-t-il un jour absout par la société ? Voilà qui serait un évènement!
 
Et heureusement, je trouve toujours quelques perles qui émaillent les copies:
Pour un apprenti poète, "nous vivons une période mouvementée qui n’a jamais été autant ouverte à toutes les communautés tout en étant héliocentrée sur elle-même."
Un énervé remarque que "les snobs et les altermondialistes comme Jésus se sont toujours imaginés qu’ils pouvaient changer le monde. »
Et un nostalgico-érotique se demande: "quand retrouverons-nous des plaisirs plus seins?"

A suivre.

Tous les vendredis, Le journal d'une thésarde, voir l'intégrale.


La page facebook de Des Mots de Minuit. Abonnez-vous pour être alerté de toutes les nouvelles publications.
@desmotsdeminuit