"Par le petit bout de mon immeuble", épisode 9: Le mystère Violette

Par @Culturebox
Mis à jour le 19/05/2017 à 17H25, publié le 15/05/2017 à 12H20
immeuble 9 1 © Jacques Lohier

Elle est apparue comme ça, un jour de mars ou d’avril, il y a près de trois ans, cheveux noirs frisés et nattés, un petit sac à dos de traviole sur une parka mauve. C’est pour cela que je l’ai appelée Violette.

         Sa démarche était hésitante et son regard inquiet, rivé à sa montre en permanence. À chaque fois il était entre 8h et 8h30; j’ai pensé qu’elle se rendait au lycée et qu’elle avait peur d’être en retard. Et puis je l’ai croisée ailleurs dans le quartier et à d’autres moments de la journée. Et puis en juillet !
         On dit des journalistes que ce sont des gens qui, devant une porte fermée, ont envie de savoir ce qu’il y a derrière. C’est exactement ce que j’ai ressenti avec Violette. Alors, oui, je l’ai suivie. A vrai dire, ça n’a pas duré longtemps parce qu’il lui arrivait souvent de s’arrêter au milieu d’une rue et de faire demi-tour. Elle m’a repéré. Tant qu’à faire, je lui ai dit: "Bonjour". Elle m’a répondu de même et ce n’était pas la voix d’une ado, mais une voix mûre et profonde. Et puis elle a arrêté de me répondre.
         Elle arpente toujours le quartier dans un quadrilatère dont elle sort peu. Elle ne va nulle part. Elle marche; elle se déplace. On ne la croise jamais le week-end. Personne ne la connaît. J’ai parfois l’impression d’être le seul à la voir.
         Depuis quelques mois, elle a changé. J’allais dire "elle a grandi". Je ne sais pas pourquoi. Sa parka a plusieurs fois changé de couleur. Elle tient son petit sac à dos à la main. Elle n’a plus les yeux rivés sur sa montre, mais sur un téléphone portable. Elle ne parle toujours pas. Je ne la connais toujours que muette, sauf au temps où elle répondait à mon "Bonjour"
 
      

La vie dans un immeuble de Wazemmes en feuilleton bimensuel sur Des mots de minuit...
"Le Paquebot", ainsi que je nomme l'immeuble où j'habite, n'est pas près d'appareiller, trop ancré dans le quartier de Wazemmes, à Lille. Les moussaillons ne sont pas du genre à squatter chez les uns ou les autres, mais comme dans les temps difficiles, il y a une ligne de vie qui nous accroche et nous relie, fine et aussi solide que le fil d'une toile d'araignée." Jacques Lohier. 



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