Kaoutar Harchi ("À l'origine notre père obscur") et Stéphane Ragot. Le sombre des pères et le secret des grands-pères

Philippe Lefait
Par @desmotsdeminuit
Mis à jour le 01/11/2016 à 08H23, publié le 22/10/2014 à 20H00
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Le teaser dit qu'un "photographe part sur les traces de ses grands-pères militaires... Il dévoile dans un film impudique le roman d’un pays, la France, en guerre avec elle-même." Tiens donc... Le critique dit qu'il y a chez Kaoutar Harchi, jeune auteure, une qualité et une promesse littéraires remarquables. Pour l'un et l'autre, le jeu et l'obligation de la mémoire et de sa sublimation...

dedic Ragot
Il suffit d'une dédidace pour que la question soit posée sur les traces de Pierre le légionnaire et de Paul le parachutiste. Stéphane Ragot explore avec ses grands-pères, dans l'ambivalence de leur origine et de leur engagement, l'histoire d'une famille ponctuée par les guerres et abîmée par les silences et les non-dits. A ce jour, il ne veut toujours pas savoir ce qui pourrait l'ancrer radicalement dans une filiation.
La promesse est tenue chez Kaoutar Harchi qui écrivait en 2011 dans L'ampleur du saccage, son deuxième roman: "La quête des origines n'a rien de bon." Publiée chez Actes Sud, A l'origine notre père obscur confirme qu'elle fait de la tragédie une forme de prédilection qui, dit-elle, la tient à distance de ses propres démons et que son écriture met remarquablement en scène. Au cœur de ce qu'elle questionne du rapport homme-femme, des êtres désirants mais inconsolables, inécoutés, assoiffés de grandir dans un environnement indéfini. Dans ce troisième roman, il est question de "l'emmurement" consenti dans une maison dont les portes restent ouvertes, de femmes rabaissées par le regard des pères et des maris, victimes d'un surmoi mâle et millénaire qui les condamne aux cauchemars du manque. Ceux qui naissent du poids de la tradition, des assignations du patriarcat et des textes sacrés.

"Il faut l'avoir ce courage de quitter le ventre éternel des mères dans lequel ils sont encore si nombreux, hommes et femmes, jeunes et vieux, à se retourner, à errer, à étouffer, dans l'exiguïté, dans le noir, dans le silence, effrayés à l'idée de sortir… pétrifiés à l'idée de devoir faire seuls l'expérience du monde." Kaoutar Harchi.

decic Kaoutar

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