#548. Littérature avec l'aventure polar version Ingrid Astier et la première phrase à vendre de Matéi Visniec

Des mots de minuit
Par @desmotsdeminuit
Mis à jour le 12/05/2017 à 08H44, publié le 11/05/2017 à 18H42

À l'une une forme de truculence qui lui inspire une dédicace au rouge à lèvres faute de stylo; à l'autre un recul et une origine roumaine qui lui donnent "l'absurdie" comme toile de fond de romans ou d'un théâtre qui fait les coqueluches d'Avignon depuis des années. À l'une et à l'autre une qualité et un souci littéraires, un sens de la précision ou du coq à l'âne qui décoiffent, à tout le moins

Ingrid Astier invente des caractères, hommes et femmes morcelés à l'infini. Dans cette "fractalisation" de la pâte humaine, une comédie humaine et/ou meurtrière qui permet aux flics d'héroïser ou de retrouver dans un ailleurs transcendental celles et ceux qu'ils poursuivent. Elle possède foncièrement la connaissance des façons de penser des milieux décrits et les mécaniques des systèmes policier, voyou, fluvial, circassien, artistique, balistique, pscittacique... Sa correctrice de "série noire" dit d'ailleurs d'elle qu'elle éponge toutes les situations qu'elle observe. Son sens de l'immersion, de l'émotion et des polars plantureux (toujours des centaines de pages) embarque uniment le lecteur dans des romans dont elle préfère dire qu'ils sont d'aventure avant d'être policiers.          

DMDM 548

"«Combien d'apocalypses peut-on porter en soi?» 
Aux abords de Paris, le convoi d'un riche Saoudien file dans la nuit. Survient une attaque sans précédent, digne des plus belles équipes. «Du grand albatros» pour le commandant Suarez et ses hommes de la brigade de répression du banditisme, stupéfaits par l'envergure de l'affaire. De quoi les détourner un temps de leur obsession du Gecko – une légende vivante qui se promène sur les toits de Paris, l'or aux doigts, comme si c'était chez lui, du dôme de l'Institut de France à l'église Saint-Eustache... 
Derrière l'attaque sanglante, quel cerveau se cache? Le butin le plus précieux du convoi n'est pourtant ni l'argent ni les diamants. Mais une femme, Ylana, aussi belle qu'égarée. Ranko est un solitaire endurci, à l'incroyable volonté. Mais aussi un homme à vif, atteint par l'histoire de l'ex-Yougoslavie. L'attaque du convoi les réunit. Le destin de Ranko vient irrémédiablement de tourner. Son oncle, Astrakan, scelle ce destin en lui offrant un jeu d'échecs. Le jeu de Svetozar Gligoric, le grand maître qui taillait ses pièces dans des bouchons de vin. Et lui demande de se battre – à la boxe et aux échecs, pour infiltrer le monde de l'art et dérober ses plus belles œuvres à Enki Bilal, le célèbre artiste. La guerre et l'amour planent comme des vautours. 

De la police, d'une femme ou du destin, qui est capable de faire chuter Ranko?" ©Gallimard
dédicace Ingrid Astier
Dédicace Astier



Matéi Visniec a étudié la philosophie. Il aime le mot "francophonie" et son pays est la Roumanie. C'est d'abord comme auteur de théâtre qu'Avignon l'affiche, année après année depuis que la France l'a accueilli quand "Ceaucescu" dans son pays sonnait mal. On n'y verrait que comédie et l'on s'arrêterait à la première marche. Ses textes ouvrent au contraire sur la question identidaire d'un individu que broient la pesanteur des systèmes politiques ou la condamnation à l'errance. Bref, quand l'absurdie, version est-européenne d'avant la chute du mur de Berlin, ou plus lointainement décrite par Kafka, est source d'inspiration.
C'est dans les même sources qu'a été plongée l'écriture de ce roman qui peine à démarrer. Et pour cause. Il s'agit d'en trouver une première phrase acceptable. Ce romancier a apparemment l'air sérieux. D'ailleurs, il travaille sur une radio publique française. Mais la qualité et les tourbillons de ce livre  obligent à imaginer que ce n'est pas le cas...
DMDM 548 2 © ACTES SUD
"L’homme contemporain, devenu un mutant de la société de consommation, est de plus en plus obsédé par les commencements. Il a faim de tout commencer et recommencer sans cesse. Un certain Guy Courtois en a d'ailleurs fait son gagne-pain et se propose de choisir pour les écrivains en mal d'inspiration – ce qui est le cas de notre héros – la première phrase de leur livre, puisque le plus important est de commencer. Entre les deux hommes s’engage alors une correspondance dans laquelle Guy Courtois révèle dans quelles conditions les plus fameuses “premières phrases” de la littérature mondiale virent le jour." ©Actes Sud


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