Linda Lê et Nadav Lapid. Pour l'une le texte pourrait être une patrie, l'autre filme l'enfant-poète qu'il faut sauver!

Philippe Lefait
Par @desmotsdeminuit
Mis à jour le 05/01/2015 à 19H14, publié le 11/09/2014 à 20H00
Linda Lê/Nadav Lapid © Jag

On reconnaîtra à Linda Lê ("Oeuvres vives"/Christian Bourgois) une puissance d'écriture et une densité romanesque du détail qui font d'elle une grande auteure de fiction. Nadav Lapid est un exilé de la société israélienne quand elle décline tous les poncifs du monde moderne gangréné par l'idéologie du marché. D'où la nécessité impérieuse de préserver la gratuité du poète.

Ils ne se connaissent pas. Pourtant leurs thèmes sont assez voisins. L'une dépeint dans un roman dont, dit-elle, la ville du Havre est un des personnages principaux, une tentative de portrait. Un jeune journaliste critique chercher à recomposer, en écoutant ceux qui l'ont connu, côtoyé ou méprisé, l'existence d'un auteur de romans si noirs qu'ils ont fini par le désespérer quand les mots n'ont plus suffi à mettre à distance son angoisse.
Lui, a une vision radicalement pessimiste de l'état de la société dans son pays. Sur le thème du Mozart qu'on assassine, il filme une femme, institutrice qui fantasme dans son délire le sauvetage de l'enfant-poète. Nadav Lapid insiste dans ses films sur cette idée que celui qui se sent missionné pour sauver le monde fait pire que mieux et porte lui aussi les errements qu'il dénonce. 
La peine de mort n'a toujours pas été abolie aux Etats-Unis.
Surpopulation dans les prisons françaises: au premier août 2014, 67070 personnes écrouées et détenues pour 57 531 places opérationnelles.  

La lecture d'Alexandra Lemasson.
Un extrait de Oeuvres Vives de Linda Lê. Le romancier paria à l'oeuvre sombre, Antoine Sorel dont le narrateur cherche à reconstituer la vie de solitude  a, semble-t'il, connu quelques moments de clarté et de rémission dans sa vision résolument noire du monde. Ceux qu'il a pu partager avec Judith. " Elle n'avait pas peur d'être accusée de se répandre en bavardages alors qu'elle devrait rester discrète sur ses amours, mais elle craignait de ne pas trouver les mots justes pour décrire Antoine tel qu'il était dans sa mémoire." 
Parallèlement à ce roman, Linda Lê signe un essai par ailleurs (exils) dans lequel elle cherche dans les grands noms de la littérature mondiale, ceux des "dépenaillés de l'existence", les thèmes de l'exil et de la place de l'étranger. On y perçoit évidemment ce qui nourrit et fascine la romancière qu'elle est...
"Il y a une chose qui n'a cessé de bouillir en moi depuis que je suis au monde, cette chose est l'idée du sort infligé, par la machine, cette sempiternelle anonyme machine appelée société, à tous ceux qui ne pensent pas comme elle, et qui çà et là, à travers et deuis l'histoire, ont tenté de faire tomber le cadre, et qui en sont morts." Du Artaud dans le texte!
dédic Linda Lê © dmdm
dédic Nadav Lapid © dmdm
Un Etat palestinien indépendant aux côtés d’Israël est-il encore possible ?
Non, répond Charles Enderlin dans Au nom du Temple (extrait), son nouveau film documentaire. Sa démonstration est structurée par des témoignages de colons, de rabbins ou de personnalités de gauche. Ils ou elles racontent l’histoire de la droite religieuse et nationaliste israélienne depuis la conquête de Jérusalem-Est et de l’esplanade des mosquées où se dressait, il y a 2000 ans le Temple juif. C'était en 1967.
Ce film sera prochainement diffusé par France 2 dans la case documentaire du mardi (22H10) Infrarouge ...

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