Jazz in Marciac 2014: la voix royale: Cecile McLorin Salvant, Mélanie de Biasio, Youn Sun Nah.

Rémy Roche
Par @desmotsdeminuit
Mis à jour le 24/02/2015 à 12H52, publié le 09/08/2014 à 19H00
Jazz in Marciac 2014 - Cecile McLorin Salvant

Jazz in Marciac 2014 - Cecile McLorin Salvant

© Pierre Vignaux

Marciac (Gers). 1250 habitants l'hiver, plus de 200 000 visiteurs pendant son festival de jazz, chaque première quinzaine d'août. Une programmation toujours plus impressionnante. Herbie Hancock et Chick Corea ont ouvert sa 37ème édition qui fait la part belle aux voix. Dee Dee Bridgewater, Stacey Kent, la braise brésilienne d'Eliane Elias, Jammie Cullum qui a mis le feu et quelques autres...

Diamant noir

Une sirène noire, toute vêtue de blanc, s’avance du coin de l’immense plateau du chapiteau du festival. Discrètement, un trio (piano, contrebasse, batterie) a déjà commencé à tisser l’écrin d’un bijou vocal, Cécile McLorin Salvant s’empare du micro, l’envoûtement est immédiat. 90 minutes sans que le temps passe, il est suspendu à la grâce, à la délicatesse, à la virtuosité.
Cecile McLorin Salvant est franco-américaine, née à Miami d’un père d’origine haïtienne et d’une mère guadeloupéenne, elle étudie d’abord le chant lyrique dont elle cite à l’occasion les subtilités et la puissance. Mais sa palette musicale est autrement plus diversifiée. Son dernier album s’appelle Woman Child, et c’est vrai qu’elle a parfois la fraicheur et l’innocence d’une voix d’écolière sous le charme de Cendrillon. Puis elle enchaîne sans prévenir dans les profondeurs de l’univers d’une Billie Holiday pour conclure sur un vibrato qui appelle le souvenir d'Ella.
Si sa culture lui fait ainsi traverser les histoires du jazz, l’univers de Cécile McLorin Salvant c’est d’abord le sien. Une diction parfaite, pas une note, pas une syllabe laissées à l’abandon, elle ne calcule pas ses effets, elle donne, dans une forme de modestie bouleversante. Ainsi quand à mi-set, elle entame "Le front caché sur tes genoux", un quatrain de la poétesse haïtienne Ida Faubert qu’elle a mis en musique, la salle chavire, des spectateurs sont en larmes.
Cécile McLorin Salvant n’a pas 25 ans, quelle maturité déjà… Son concert à Marciac est une consécration, elle a la stature d’une diva.
 
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Mélanie de Biasio

Mélanie de Biasio

© Carsten Wilde
Le blues à l'âme

Dans l’intimité de la jolie petite salle de l’Astrada qui repose du gigantesque chapiteau, voici Mélanie de Biasio. Mais est-elle là? La scène est plongée dans une pénombre qu’emplissent les nappes tout de suite entêtantes des musiciens d’une chanteuse venue de Belgique et de nulle part. Elle a fréquenté le rock de Nirvana avant de se convertir au jazz et c’est pareil: une tenace mélancolie.
Elle est bien là: de sa voix chaude et grave, elle effleure les profondeurs de ses désaccords en solitude mineure dont elle trace aussi les contours de sa flûte magique. Le blues est sa couleur, Mélanie de Biasio dit tout mais communique peu, pas plus avec les spectateurs qu’avec ses acolytes, toute à ses affaires de cœur et de déraison, sans discussion, on suit son panache noir.
Et quand, en complète suspension, on sort du concert, de sa torpeur et de la salle, on retrouve une petite bouille ronde au cheveux courts : c’est Mélanie, tout sourire, qui signe son dernier CD.
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Poupée de son
Elle, c’est tout le contraire, sa joie de vivre, en tout cas son bonheur d’être sur scène crève les yeux et enchante l’oreille. Car, prenez garde, quand Youn Sun Nah quitte ses grands sourires de poupée qui dit oui à la musique, c’est pour laisser place à un volcan capable de dévaster toute humeur chagrine.  Une grande dame dont le registre est juste… énorme ! Comme une synthèse de Bjork et de Nina Hagen, elle passe du punk à l’opéra en passant par la tendresse des comptines enfantines. On reste le souffle court quand on ne sait où elle trouve le sien pour exécuter, par exemple, son désormais fameux "Momento magico" composé par son compère Ulf Wakenius, qui a oublié de prévoir des respirations dans cet exploit vocal.
Youn Sun Nah sait s’entourer. Outre ce virtuose guitariste suédois, compagnon de longue date, elle se produisait à Marciac au côté du jeune accordéoniste français Vincent Peirani qui, tout en économie, en syncopes et en nuances, réinvente les richesses de son instrument.
L’étoile coréenne a étudié en France qui est désormais son deuxième pays, mais c’est le monde entier qui est son terrain de jeu.


Jazz in Marciac, jusqu'au 17 août

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