CINEMA. "Rodeo": sous le signe du taureau

Rémy Roche
Par @desmotsdeminuit
Mis à jour le 24/09/2016 à 23H08, publié le 06/09/2016 à 08H00

Une splendeur visuelle pour imaginer autant que dire la vie de petites gens au service d'une tradition brésilienne. Eblouissant?

Rodeo - Gabriel MASCARO (Brésil) 1h41
 

Ça ne dure même pas une minute. Libéré de son toril, le taureau est immédiatement encadré par deux cavaliers qui vont tenter de le faire chuter en lui saisissant la queue. Un petit jeu répété à l'infini d'un après-midi devant une foule hurlante et avisée, chauffée par un animateur au micro. Un rodéo rural et traditionnel, ultra-populaire dans le Nordeste du Brésil où on le nomme vaquejada.
En coulisses, il y a ceux qui ont amené les bêtes et qui les préparent en talquant le bout de leur queue. C'est le job de Galega, belle, blonde et solide, de son compagnon, Iremar, costaud et sensuel et de Zé, lourdaud mais efficace. La petite tribu est ensoleillée par Cacá, la fille de Galega, jolie gamine dégourdie et décidée qui aimerait bien retrouver son père, c'est peine perdue, il est dans la nature depuis longtemps. De rodéo en rodéo, ils vivent avec leurs taureaux dans le gros camion jaune fermement conduit par Galega. Entre eux les rapports sont parfois rudes, mais l'ambiance est conviviale, même si chacun poursuit ses rêves d'ailleurs. Iremar voudrait dessiner des vêtements de mode, il les esquisse en rhabillant les modèles des revues porno de Zé, en crée de bric et de broc sur sa petite machine-à-coudre et costume Galega quand elle se produit en bonus sur des scènes de fortune, dansant masquée d'une tête de cheval. Cacá voudrait posséder des chevaux, c'est pas le moment lui répond sa mère qui cultive ses désirs de femme en achetant des strings et, à l'occasion, se laissant nuitamment conquérir par un joli jouvenceau de passage. Ainsi va la route, il y aura d'autres histoires, ainsi va la vie de ces petites gens remarquables.

Rodeo 01 © Damned Distribution

Une féérie visuelle

Car il n'y a pas de fil dramatique dans ce scénario que d'aucuns trouveront décousu, pas d'autre récit qu'un enchaînement de séquences minutieusement agencées qui, accessoirement documentent ce Nordeste, il y encore peu maudit, aujourd'hui en pleine transformation.
Pourtant, qui pourra dire que Rodeo n'est pas un film magnifique, plastiquement éblouissant? Puissance des décors et des cadres, raffinement de la caméra et de ses imperceptibles mouvements, toute en douceur dans ce monde brutal, qui force l'empathie pour tous les personnages, les hommes, les bêtes aussi. Gabriel Mascaro explore les corps, ceux de humains, ceux des animaux, certains plans rappellent l'esthétique des chorégraphies de Zingaro. Sans oublier de donner à réfléchir: il interroge le genre. Une femme pleine de sève qui conduit son gros camion, un homme tout en muscles qui aime le parfum et après avoir lâché ses taureaux furieux dessine délicatement des vêtements sexy, une fillette solaire qui ne comprend pas encore où sera sa vie.
La séduction est souvent dans la question.

Rodeo 02 © Damned Distribution

La violence et le plaisir habitent le même corps.

Gabriel Mascaro

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