Magnifique "Ida", de Pawel Pawlikowski, oscar 2015 du meilleur film étranger. Bien mérité.

Par @Culturebox
Mis à jour le 23/02/2015 à 22H39, publié le 11/02/2014 à 00H00
Ida © Sylwester Kaźmierczak

Rencontres familiales incertaines aux sommaires du magnifique Ida de Pawel PAWLIKOWSKI et du troublant L’éclat du jour de Tizza COVI et Rainer FRIMMEL. Jouer de ses différences pour en faire une force, ou simplement accepter le questionnement. Si la vie est un théâtre, l’engagement d’un religieuse est-elle la vraie vie?

Ida de Pawel PAWLIKOWSKI (Pologne) – 1h19

1962. La jeune Ida qui a passé son enfance dans l’orphelinat d’un couvent est sur le point de prononcer ses vœux de religieuse. Mais lors d’un voyage chez sa tante, Wanda -qu’elle n’avait jamais connue-, elle apprend qu’elle est… juive. Et que c’est pendant la guerre que ses parents ont mystérieusement disparus. Toutes deux partent à la recherche d’explications, le voyage les rapproche tout en révélant leurs différences et leurs doutes. C’est la première sortie du couvent pour Ida, l’introvertie, timide mais farouche dans sa dévotion à Dieu. Sous son voile, on devine la beauté de son âme, sa simple beauté physique aussi. Et ses tentations impies. IMG_3056 © Sylwester KaźmierczakWanda est au contraire sûre d’elle, ancienne procureure zélée lors de procès staliniens à grand spectacle, aujourd’hui toujours magistrate bien introduite dans la nomenklatura. Elle enchaine les conquêtes masculines mais la fumée des cigarettes qu’elle allume à la chaîne masque mal une ancienne et dramatique blessure intérieure. Ensemble elles vont découvrir la vérité de leur histoire familiale mais surtout la véritable nature de leur être.

Un film photographique

IMG_6459 © Sylwester KaźmierczakIda est d’abord une très belle réussite artistique. "Un film photographique" comme l’a voulu Pawel Pawlikowski, son réalisateur, qui dans un format presque carré propose des cadres millimétrés pour des décors souvent somptueux. Un splendide noir et blanc qui joue aussi du gris des années 60 en Pologne. La beauté reste sobre, en accord avec la pudeur du récit de cette improbable rencontre entre deux femmes que tout semblait opposer, incarnées à l’écran par deux grandes comédiennes. Agata Kulesza (Wanda) est très fameuse dans son pays. En revanche la jeune Agata Trzebuchowska (Ida) est une parfaite inconnue, mais l’intériorité de son jeu et la magie des nuances de son regard sont stupéfiants.


L’éclat du jour de Tizza COVI et Rainer FRIMMEL (Autriche) – 1h31

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Philipp est acteur de théâtre, six ou huit pièces en simultané, dans sa ville, Vienne ou en tournée. Il est justement à Hambourg pour un Woyzeck quand débarque Walter un oncle inconnu jusqu’alors. Si Philipp est shooté au stress de ses entrées sur scène, Walter est beaucoup plus terre à terre, ancien artiste de cirque, spécialiste du lancer de couteaux et du combat d’ours. Mais leur dissemblance devient une complicité à l’occasion pugnace.

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Une expérimentation du réel

D’abord un dispositif, original et efficace. Philipp Hochmair est vraiment comédien de théâtre et Walter Saabel est vraiment un ancien artiste de cirque. Deux vraisindividus qui se sont réellement rencontrés pour faire un film qui n’est pas un documentaire mais une expérience dont on apprend beaucoup. Les dialogues ne sont pas écrits, ce sont ceux de Philipp et Walter,  même s’ils ont été cadrés par un travail d’improvisation. "Il était clair que nous allions concentrer notre attention sur deux mondes très opposés. (…) Ça n’a pas été facile car tous les deux ont de très fortes personnalités, ce qui s’est avéré très profitable pour le film", confient les réalisateurs. En effet, quand l’un affirme que c’est la fiction du théâtre qui lui permet d’exister, l’autre rétorque en évoquant l’éclat d’un jour de pêche et pointe le narcissisme de son neveu. Qui des deux est le plus dans le réel? Le réel n’est-il pas la somme des rôles, petits et grands, que chacun se donne?