"La communauté", de Thomas Vinterberg, le réalisateur de "Festen": dissolution en milieu ouvert

Rémy Roche
Par @desmotsdeminuit
Mis à jour le 20/01/2017 à 18H05, publié le 17/01/2017 à 11H12

Je t'aime, moi non plus. Un couple se sépare dans une joyeuse communauté danoise des années 70. Glaçant.

Un cadeau du ciel empoisonné à effet différé.
Erik, quinqua décontracté reçoit en héritage une riche et spacieuse maison située dans les beaux quartiers de Copenhague. En la visitant, son épouse Anna, tout en ne niant pas son attrait, la trouve bien trop grande pour y emménager avec leur seule fille Freja. Mais ça lui donne idée, à elle qui s'est lassée du tête-à-tête post amoureux: pourquoi ne pas s'y installer en invitant à résidence payante quelques connaissances? On est dans les années 70, la communauté est encore mode, aussi chez ceux qu'on appellera plus tard les bobos.
Ils ne sont pas dans le besoin. Il est enseignant respecté dans une école d'architecture, elle est journaliste-présentatrice vedette du 20 heures.
Un casting est organisé. La communauté sera hétéroclite, intégrant notamment un buveur de bière grande gueule, une hippie aux mœurs très libres, un immigré ou encore un couple parent d'un enfant à espérance de vie limitée pour cause de malformation cardiaque. Bref, c'est un peu n'importe quoi. Mais un règlement est adopté, toute décision sera prise après un vote et le groupe s'installe dans la joie et la bonne humeur.
Erik tombe amoureux d'Emma, une de ses étudiantes qui a de l'audace et la moitié de l'âge de son prof et proie, elle ressemble fortement à Anna quand elle était plus jeune. Le règlement n'avait pas tout prévu, pas davantage que les règles d'un couple qui dès lors se jette dans la crise. Si l'épouse trompée se montre d'abord d'une étonnante tolérance, sans doute là aussi, les effets des années 70 prêchant une nouvelle liberté sexuelle, ça va devenir intenable pour tout le monde, la comédie vire au drame.
Thomas Vinterberg a vécu en communauté pendant toute sa jeunesse. Nul doute que son film est émaillé de quelques souvenirs personnels. Mais cette communauté, même si elle plutôt bien caractérisée, impeccablement incarnée par un casting sans reproche, n’est guère plus qu’un décor animé, "un chœur traditionnel du théâtre classique", précise le réalisateur, au drame qui se joue au sein d’un couple qui s’aime sans plus savoir pourquoi. C’est le cœur du film, son intérêt principal. Au-delà des apparences, qui sont-ils ces deux-là. Lui se révèlera finalement plutôt pleutre, déjà vieux-beau velléitaire, quand elle, ex-flamboyante, est prise à son propre piège d'une impossible tolérance. Victime collatérale, Fréja leur fille, elle souffre en silence mais c'est elle qui décidera. Discrète adolescente, elle découvre ailleurs les premiers émois de l'amour, ceux qu'avaient sans doute connus ses parents, elle s'en fait un rempart contre l'inacceptable. Son regard, transperce le film de bout en bout.
Vinterberg s'y connaît en déflagrations intimes. "Festen" (1998), en donnait une première approche radicale (désormais culte), plus récemment, "La chasse" (2012) livrait un homme aux chiens de la rumeur. "La communauté" aux apparences plus douces mais non moins dérangeant conforte le talent d'un cinéaste, au delà, l'intérêt pour ce cinéma venu du Nord de l'Europe.

La communauté - Thomas Vinterberg (Danemark) - 1h51

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