Cinéma: "Il est difficile d'être un dieu", fresque décadente et "Une aventure américaine" autre décadence, amoureuse.

Rémy Roche
Par @desmotsdeminuit
Mis à jour le 15/04/2015 à 18H07, publié le 10/02/2015 à 17H43
difficile dieu illustr © Capricci

Chef d’œuvre initiatique, "Il est difficile d'être un dieu", est un pur produit cinématographique. Plus modestement "Une histoire américaine" séduit par sa liberté de faire.

Il est difficile d'être un dieu - Alexeï GUERMAN (Russie) - 2h55
C'est le film à la fois le plus barré et le plus cinématographique vu depuis longtemps. Une orgie.
L'histoire? Une équipe de scientifiques est envoyée sur une planète voisine de la nôtre. Ses habitants paraissent être des humains, comme chez nous, sauf qu'ils vivent dans un mode moyenâgeux dantesque, dominés par une tyrannie qui persécute les artistes et les intellectuels. On voit vite le résultat: ne survivent que des monstres ou pas loin. Dans l'équipe des envoyés spéciaux, il y a un étrange Don Rumata qui désobéit aux consignes de se borner à observer et imagine, en s'adaptant à cette vie primaire, de sauver la population de l'idiotie et de la barbarie. Ça semble marcher, il est pris pour un dieu et son charismatisme nous cloue au fauteuil pendant trois heures.
L'histoire? Elle assez confuse dans les détails, peu importe on aime s'y perdre, ce qui scotche c'est un incroyable spectacle, stupéfiant, du jamais vu depuis longtemps. On a dit orgie, oui, d'images, de sons, de mise en scène dans des décors incroyables, de casting d'acteurs à tronches d'enfer jusque dans les plus petits rôles que Guerman a parfois été débusquer dans des hôpitaux psychiatriques.
Difficile d'être un dieu img © Capricci
On plonge dans cette fresque noire et blanche d'un chaos qui mixe du Fellini gore, du Kusturica puissance 10, du Tarkovski associé à Eisenstein, du Bela Tarr et même le burlesque du cinéma muet. Ce moyen-âge n'est  pourtant pas vraiment drôle, pas plus que notre âge dit moderne, le film renvoie justement à nos propres errements, aux spectres de dictatures qui menacent nos sociétés de plus en plus dociles mais de moins en moins tranquilles.
L'outrance est la façon de l'artiste Guerman. Il a mis 14 ans à monter son projet (dont 4 de tournages sans cesse interrompus), il est un maniaque du détail, à l'écran c'est payant. A la juste question "On dit que travailler avec vous, c'est comme partir au bagne…", il répond "Ce n'est qu'en partie vrai"...
Il faut avoir vu un Guerman dans une vie de cinéphile. Il n'y en aura plus d'autre: le cinéaste hallucinant est mort juste avant le mixage de Il est difficile d'être un dieu. La Cinémathèque Française propose une rétrospective de son œuvre ce mois de février.
2 extraits du film pour se faire une idée de ce cinéaste de l'impossible.

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Histoire amricaine © UFO Distribution
Une histoire américaine – Armel HOSTIOU (France) – 1h25
Vincent rejoint Barbara qui vient de le larguer pour essayer de sauver ce qui est déjà foutu. C'est un personnage lunaire et comique, genre Vincent Macaigne. Il compte sur sa bonne foi amoureuse, son humour et la naïveté de son bon sens pour reconquérir celle qui est tout pour lui. Pourtant Barbara lui a clairement donné son sac, il la fatigue dit-elle en essayant d'arrondir les angles de la séparation, on comprend vite qu'en effet c'est cuit. De toutes façons elle a un nouveau boy-friend, un colosse dont Vincent fait fraîchement la connaissance lors d'un vernissage en croyant pouvoir le défier.
Avec son anglais à deux balles, il se traîne dans les rues de New-York, exhibant à qui le veut une photo floue de Barbara sur son portable. Dans un bar, il se fait entraîner par Sofie, une danoise alerte et gaie qui a bien l'intention de le sortir de la torpeur de son désamour. Peine perdue, Vincent s'accroche à celle qui l'a répudié, il n'est plus seulement collant, il nous horripile. Le clown triste en devient triste tout court, dans sa résignation morbide il nous touche à nouveau.
Un petit film bien sympa, bien foutu dans la bricole d'impros à partir d'un scenario de départ qui ne devait pas être très épais. En dehors des comédiens principaux, tous ceux qui passent à proximité de la caméra sont mis à contribution. Si ça paresse ici ou là, ça fonctionne globalement. Macaigne, plus Macaigne que jamais excelle dans ce dispositif, c'est lui qui fait le film, face à lui Kate Moran (Barbara) ne fait pas le poids, elle ne fait que jouer.
Une histoire américaine? Elle n'est que new-yorkaise et on sait bien que New-York n'est pas l'Amérique. La ville est joliment filmée (magnifique travelling du générique de début) dans ce street-movie qui entretient notre fausse conviction que dans la cité des skyscrapers tout est possible. La preuve que non.
Excellente bande son avec notamment les envolées electro-pop du groupe parisien Arcan.

tous les Ciné, cinoche

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