CINEMA. "Haramiste": lever un voile

Rémy Roche
Par @desmotsdeminuit
Mis à jour le 30/06/2015 à 21H25, publié le 30/06/2015 à 16H03
Inas Chanti et Souad Arsane dans "Haramiste"

Inas Chanti et Souad Arsane dans "Haramiste"

S'il y a bien un moment ou les interdits sont particulièrement insupportables c'est l'adolescence, période de tous les rêves transgressifs. Toutes cultures confondues.

Haramiste - Antoine DESROSIÈRES (France) - 0h40

Sur la place du centre commercial d'une cité, deux sœurs adolescentes musulmanes, se font draguer par un homme qu'on ne voit pas. Si elles sont voilées de pied en cap, les mots de part et d'autre sont à peine masqués, ils sont juste ceux en usage courant dans ce genre de situation, même si la grande rappelle à sa cadette qu'il ne faut pas parler aux garçons. Point d'ordre, on le verra, très théorique. Le dragueur est éconduit, Rim et Yasmina rentrent chez elles. Le décor change (coup d'œil aux décorations des murs de leur chambre), le costume surtout, bas les voiles, on est simplement dans l'univers de n'importe quelles ados, qui parlent ado, délirent ado, se chamaillent ado, rêvent et fantasment ado, donc parlent de garçons, de tentations contre les interdits - quels que soient leurs racines - et imaginent le grand frisson. Avec Internet, ce qui est pratique, c'est que même à la maison on est dehors, connecté sur le monde et, sans voile et en tout anonymat, sur des sites de rencontres, par exemple. A l'évidence, Rim et Yasmina sont geeks en la matière. Le grand frisson est à portée…

Sens interdits
Un film couillu, on pardonnera la trivialité car Haramiste n'est pas trivial, il est sincèrement cru donc aussi ces temps-ci, d'une certaine façon, courageux. Voilà une comédie qui, on l'imagine, fera grincer quelques dents, beaucoup d'autres la trouveront souvent tordante. Desrosières n'y va pas par quatre chemins, ni avec le dos de sa caméra, mais il choisit un rire intelligent comme le serait celui d'un Marivaux écrit dans une obscure banlieue. D'ailleurs le film aurait presque pu s'appeler Le jeu de l'amour et du hasard, sauf qu'ici on ne manie pas la métaphore: avant de rêver d'amour, on rêve de sexe, banlieues musulmanes ou beaux quartiers cathos, quel adolescent aujourd'hui pourrait sincèrement affirmer le contraire?
Evidemment, en dépit d'un parti pris hyper-réaliste, Haramiste ne reflète pas toute la réalité, celle de toutes les jeunes filles musulmanes. On sait bien aussi que des grand frères (dont certains par ailleurs draguent sans vergogne) professent durement une vertu à sens unique, mais ils ne peuvent rien contre les envies, sauf les bâillonner. C'est le propre et le cadeau du cinéma de proposer une vision du réel, un film n'est pas un documentaire. Si celui-ci, qui ne prêche rien, sonne juste c'est aussi parce qu'il est porté par deux drôles d'actrices castées dans la rue, elles jouent bien la comédie, mais semblent savoir parfaitement de quoi elles parlent.

Alors parlons-en.

 

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