DVD. "Le labyrinthe des rêves" du japonais Sogo Ishii (1997), essentiel! L'amour à mort?

Rémy Roche
Par @desmotsdeminuit
Mis à jour le 08/02/2017 à 17H27, publié le 07/02/2017 à 11H12

Diamant noir, le film japonais était passé inaperçu lors de sa sortie en France. La séance de rattrapage est vivement conseillée.

Étrange et terrible accident à un passage à niveau. Une "bête humaine" fumante sur ses rails troue la nuit et une pluie battante, elle fonce sur un autocar. Le chauffeur du bus est tué, sa receveuse est blessée.
Années 30 dans une province japonaise, la belle et taciturne Tomiko en avait rêvé, elle est enfin devenue receveuse, celle qui, tirée à quatre épingles, accueille et contrôle les voyageurs, mais aussi aide le chauffeur dans les manœuvres difficiles comme... le franchissement d'un passage à niveau. A l'expérience, le métier lui plaît beaucoup moins. D'autant qu'elle a appris qu'une collègue de la capitale était morte dans un inexplicable accident, pire, c'est Niidaka, le fiancé de la victime qui était au volant. Lui s'en est sorti, mais il se dit des choses inquiétantes sur cet homme, il aurait eu des liaisons avec ses receveuses et les aurait tuées après s'en être lassé. D'ailleurs, soupçonné, il aurait démissionné de sa compagnie et quitté Tokyo pour se faire oublier en province. Des ragots? En tout cas le voilà embauché par la compagnie de Tomiko, présenté comme un chauffeur exemplaire. C'est un très beau jeune homme, Tomiko s'évanouit lors de sa présentation au personnel, pas seulement parce qu'elle pense à la rumeur. Plus inquiétant, il est désigné pour faire équipe avec elle, elle se rassure en se promettant qu'elle va le confondre. Sauf qu'elle tombe rapidement sous son charme et se jette dans ses bras. Elle connaît les risques de sa reddition mais c'est enfin "une aventure dans sa vie monotone". Ils s'installent ensemble...

Romantisme noir

L'amour est un poison, à moins que ce ne soit le contraire. Ce labyrinthe qui nous perd dans ses rêves est un délice noir, noir désir. Dans ses méandres hypnotiques, il croise l'ingénue beauté avec un malin tout aussi séduisant, encore que: saura-t-on jamais si l'élégant chauffeur était un serial-killer? Quand le film inquiète, c'est pour mieux ensorceler et ravir. Le récit est lui-même labyrinthique suggérant les hésitantes velléités de son héroïne qui en font, d'elle aussi, l'oie blanche, un poison noir. Dans son bus, Tomiko, habillée comme une écolière, se caresse les seins avec un mouchoir imprégné de la sueur de son chauffeur, son conducteur, son amant. Si l'érotisme du tout est certain, il est discret. La discrétion est la délicatesse de cette tourmente sensuelle, jusque dans son final éblouissant, étrange encore, dans sa poésie abyssale.

Sogo Ishii, le réalisateur qui ici met de l'huile d'amande douce dans le punk de ses films précédents, se dit marqué par Fassbinder, Douglas Sirk, Hitchcock et même Melville (*) . On le croit volontiers, on peut le voir, mais la subtilité de ses choix de réalisation, son esthétique qui détourne toute forme de réalisme, sont authentiquement originaux. Il joue d'un noir et blanc équivoque et impressionniste, soignant décors, costumes et lumières pour suggérer un fantomatique féerique, manipulant la bande-son pour parfois faire entendre la sidération qui fait silence. Les regards sont souvent au centre de l'image, que disent ceux de Tomiko? Que les franchissement de passages à niveaux sont parfois dangereux dans la vie d'une jeune femme?
Le labyrinthe des rêves n'est pas un film fantastique, c'est un film magique.

(*): voir l'entretien du réalisateur dans les bonus du Dvd
 
Le labyrinthe des rêves (1997) - Sogo Ishii (Japon) - 1h30 – DVD - ED Distribution
 
Le film est réédité en DVD en même temps que quelques autres pépites cinématographiques qui, avec tant d'autres, font la force du catalogue d' ED Distribution, distributeur indépendant et original, unique en France.

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