Ciné, cinoche #110614 "Black coal", "Palo Alto"

Rémy Roche
Par @desmotsdeminuit
Mis à jour le 10/06/2014 à 11H48, publié le 10/06/2014 à 01H02
Black coal01 dmdm © DR

Un film noir en couleurs en provenance de Chine, un film pas si rose, très californien, de la petite-fille de Francis Ford Coppola.

Black coal - Diao YINAN (Chine) 1h46
Un employé d'une entreprise minière est assassiné. Plus horrible encore, de petits morceaux de son cadavre découpé sont retrouvés aux quatre coins de la province chinoise. Le flic Zhang mène l'enquête mais il doit renoncer après avoir été blessé lors de l'arrestation de suspects. Cinq ans plus tard, deux nouveaux meurtres sont commis, ils semblent tous deux liés à la femme de la première victime. Zhang est devenu simple agent de sécurité, mais intrigué, il reprend l'enquête pour son compte personnel. Et rencontre cette femme étrange, pourtant simple employée d'un pressing. Elle est très belle mais surtout entourée d'un impénétrable mystère. Le face à face sera fatalement passionnant.
Gwei Lun Mei

Gwei Lun Mei

© DR
C'est devenu une banalité de dire que depuis quelques années, la Chine nous envoie des chefs-d'oeuvre. Ciné, cinoche en témoigne régulièrement. En voici indiscutablement un nouveau, magnifique. Diao Yinan connait bien les codes du thriller et du film noir, il les revisite en les coloriant de teintes franches et fassbinderiennes de la nuit chaude et flamboyante, rouges, jaunes et vertes, il n'y aurait que ça, Black Coal serait déjà une réussite. Mais s'il connait bien ces codes, Yinan les transpose dans une société chinoise du réel pour, à son tour, nous la faire découvrir, à l'opposé des clichés véhiculés par les JT. Il installe son film loin de Pékin, de Shangaï, des mégalopoles carte-postalisées. Certes, on est dans une grande ville, industrielle, mais comme tant d'autres, une cité de gens ordinaires qui s'éveillent sans trop le savoir aux modes de vies occidentaux. Sauf que cette Chine du quotidien est oubliée de ses gouvernants indifférents aux individus, ceux-là qui désormais, sans repères entre un modèle idéologique obsolète et la tentation sans les moyens du tout consommation, naviguent à vue entre dissimulation, lâchetés, traîtrises voire pire sauvagerie. Dans Black Coal, on tue à coup de patins à glace. Et pour tenter de se sauver et sauver un amour devenu impossible, voilà une femme-ange contrainte de se transformer en démon.
Une mise en scène et en images précise autant que lumineuse et deux comédiens formidables: Liao Fan, Gwei Lun Mei.
Cinématographiquement aussi, la Chine s'est éveillée.


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Palo Alto - Gia COPPOLA (USA) 1h36

PAlo Alto img dmdm © Pathé distribution


Des enfants gâtés en fin d'adolescence dans un quartier chic californien. Fêtes, alcool, herbe, sexe et surtout frime. Fred et Teddy sont les meilleurs amis du monde, Fred joue les grandes gueules, Teddy est plus tendre mais plus mûr. Leur amitié devient affrontement: qui a la plus grosse… envie de vie? Chez les filles aussi c'est la tchatche, surtout pas laisser penser aux copines qu'on est retard sur les (nouvelles) choses de la vie, notamment en matière de libertinage actif. Comme Teddy, Emily veut brûler les étapes, maladroitement. April joue dans une équipe de football féminin, elle semble plus sage, ce qui ne l'empêchera pas d'être piégée par son bel entraineur dont toutes les joueuses sont amoureuses. Dans cette petite comédie humaine de l'acess prime-time de la vie, il y a potentiellement beaucoup de casse…
Enième portrait cinématographique du tumulte du passage à l'âge adulte, Palo Alto n'est pas le meilleur, l'empathie est très moyenne pour ces gosses de riches à qui certains auraient d'abord envie de donner une bonne paire de claques, passe ton bac d'abord. Dont acte, Gia Coppola, elle-même descendante privilégiée d'une grande famille de cinéastes, n'a pas à s'interdire de filmer ceux qu'elle connait le mieux. Certes son grand père, Francis Ford, dans Outsiders et surtout Rusty James avait brillamment exploré des mondes de jeunes qui n'étaient pas les siens. Sofia, sa tante (Virgin suicides, Lost in translation, Somewhere), a elle cantonné ses personnages et ses décors à ce qu'elle connait, pauvre petite fille riche, ses films ne nous ont pas déplu pour autant. Après tout, la dureté intérieure et les affres d'un adolescent sur le point de devenir adulte diffèrent-ils qu'il soit riche ou pauvre? Cet apprentissage ignore les classes sociales. Ici, les parents ne sont pas dealers ou chômeurs, c'est pas mieux, la desperate housewife mère de Teddy console sa silhouette au botox et le père de Fred, baba attardé, fume ses petits joints en solitaire. Bien vu.
Palo Alto n'est pas exemplaire en terme de scénario qui se contente d'accumuler les séquences, élégantes, intrigantes, parfois glaçantes. Mais Gia a tout juste passé l'âge de ses personnages, et sa mémoire est vive et précise de cette étape étourdissante autant qu'angoissante. Son film générationnel, s'il est parfois maladroit, est authentiquement sensible. C'est un premier long-métrage, elle est toute jeune cinéaste, sa caméra-scalpel ausculte comme pour dire un désenchantement. Elle a du talent et de belles intentions.
 

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