Ciné, cinoche #041213

Rémy Roche
Par @desmotsdeminuit
Mis à jour le 17/05/2014 à 22H59, publié le 03/12/2013 à 00H00
Henri film dmdm
  • Henri – Yolande Moreau
  • La jalousie – Philippe Garrel

Que je t’aime! Platonique, fiévreux, cynique, l’amour ne serait que vanité? Les regards de Yolande Moreau au grand cœur chti et de l’optimiste désenchanté Philippe Garrel se croisent sur les écrans de la semaine.

Avis et extraits…

 

  • Henri – Yolande Moreau (1h47)

On est dans le Nord profond, même si on est dans le Sud de la Belgique. Henri, fils de ces immigrés italiens qui ont percé la mine pour pas cher, et Rita tiennent un petit café-restopopulaire. Œufs mayo, frites, plat du jour et piliers de bar aux vannes salaces. Boum! Rita meurt subitement. Henri, le misanthrope qui avait déjà la bière triste, a du mal à s’en remettre. Mais il faut faire tourner la boutique. Il embauche Rosette, du centre de handicapés mentaux voisin. Pas par charité, juste parce que ça coûtera pas trop. Rosette apprend vite, à sa façon de la différence, mais cette différence elle n’en veut pas, elle veut être normale. Et être normale c’est aussi avoir des histoires d’amour, pourquoi pas avec Henri, 30 ans de plus qu’elle, dont elle s’invente tomber enceinte et s’en vante. Scandale, Henri est accusé par cette mauvaise rumeur, et sur un nouveau coup de biture, il fuit sur une plage avec Rosette. Et c’est un beau moment qu’ils s’inventent tous les deux, pudique mais intense. Forcément sans lendemain, cet amour est impossible.

Le grand cœur de Yolande Moreau fait toute la délicatesse de son film. Elle en écarte les bons sentiments souvent facilement convoqués sur le sujet de la différence. Juste dire, espérer l’humanité quelle qu’elle soit (tiens, L’humanité, c’était aussi un film nordiste et sensible de Benoit Dumont). L’humanité contre la peur ou la frime, contre l’obligation du format et de La nouvelle star. Candy Ming, dans sa différence est une nouvelle star, on l’avait déjà remarquée dans Mammuth et Louise Michel, elle est juste naturellement juste. Henri-Pippo Delbono, tout renfrogné qu’il est, sait de quoi il joue, depuis des années sa compagnie de théâtre italienne intègre des acteurs handicapés. Tout comme laCompagnie de l’Oiseau-Mouche, expérience théâtrale française unique dont plusieurs de ses comédiens ont participé au film.

Henri, c’est un conte, une ode à la rage de ceux qui nous sont différents mais qui veulent être de notre monde qu’on dit normal. On ne peut s’empêcher de penser au magnifique livre de Philippe Lefait et Pom Bessot "Et tu danses Lou" (Stock-voir le livre). Le handicap n’est ni une chance ni un désastre, c’est une situation à partager. Finalement, rien que de très normal.

Avec Pippo Delbono, Candy Ming, Jackie Berroyer, Lio

 

  • La jalousie – Philippe Garrel (1h17)

Philippe Garrel, qui fait du cinéma depuis 35 ans a souvent eu l’originalité de titrer ses films -certes originaux- de belle manière: Le lit de la viergeLa cicatrice intérieureLe berceau de cristalLes baisers de secoursJ’entends plus la guitare, notamment. La jalousie, c’est plus simple, voire banal. Sans soute parce que la jalousie c’est banal.

Louis se sépare de Clothilde, effondrée, qui lui avait pourtant donné la petite mais malicieuse Charlotte. Il s’installe avec Claudia. Tous deux sont comédiens, elle sans engagements depuis un bon moment, lui enchainant les petits plans. Claudia, abandonnique et flippée chronique, a peur que le beau Louis s’en aille quand lui pense sincèrement que l’amour c’est simple comme le bonjour chuchoté à l’autre au matin d’une nuit collés. Pourtant, comme pour se prouver que ce serait juste un mauvais rêve, l’un etl’autre s’essayent à d’autres séductions. Le couple y risque sa peau. Sous le regard perfide de la petite Charlotte qui joue le rôle d’un synthétique chœur grec.

Allez voir la suite, c’est pas inutile, pas obligatoire non plus. Dans un noir et blanc nouvelle vague, Philippe Garrel propose sa variation sur les sentiers battus de l’amour-désamour. Il n’est pas tant question de jalousie tant elle fait partie de la composante et/ou de la dissolution de l’amour, vous l’avez surement remarqué, c’est pour ça que cette apparente banalité nous touche. Le cinéaste s’amuse aussi d’une mise en abîme familiale: Louis Garrel, qui est son fils biologique, joue Louis pour représenter son vrai père abandonnant sa vraie mère sous le regard de son fils, donc vraiment lui, Philippe, ici transformé en Charlotte. Incarnée par Olga Milshtein dont on salue les talents de micro-comédienne, déjà craquante dans "Un enfant de toi" de Jacques Doillon. Le lassant beau gosse Louis Garrel a au moins deux belles scènes et Anna Mouglalis, la séduisante fumeuse de Gitanes, épate et convainc en se débarrassant ici de tout glamour.

avec Louis Garrel, Anna Mouglallis, Rebecca Convenat, Olga Milshtein, Esther Garrel