Mot à mot: "La rive dans le noir" Marie Vialle et Pascal Quignard font comme l'oiseau à Avignon...

Philippe Lefait
Par @desmotsdeminuit
Mis à jour le 16/07/2016 à 18H52, publié le 16/07/2016 à 10H00

Ce qui frappe: un décalage entre la personne toute en timidité et robe blanche qui est devant nous et l'incarnation qu'elle vient de quitter sur scène, "possédée" par l'entre deux qui sépare le mot du silence et que cherchent à partager l'écrivain et la comédienne (et metteure en scène) dans une proposition d'une heure. A leur côté et sur leurs bras, incontournables, les oiseaux...

"Marie Vialle est la prêtresse" dit le programme "celle qui chante, celle qui danse, celle qui vit hors du temps. Pour apaiser les morts et bercer les vivants sur la rive des ombres. Là, les animaux sont rejoints par les hommes, les chants deviennent sauvages, les touches d'un piano poussent des ululements, le regard d'un rapace convoque une peur d'enfant."
Et dans le casting deux oiseaux, "Boubô" et "Boubôlé", première proposition de ce mot à mot avignonnnais... 
Mot à mot Vialle 9

© Christophe Raynaud de Lage
"La Rive dans le noir" est le quatrième projet de Marie Vialle et de Pascal Quignard. En septembre 2015, elle avait créé auThéâtre du Rond-Point à Paris un triptyque de l'écrivain constitué d’une création: Princesse Vieille Reine écrite pour elle par lui et de deux reprises Le Nom sur le bout de la langue et Triomphe du temps.

Marie Vialle
"Formée à l'Ecole de la rue Blanche – devenue Ensatt – puis au Conservatoire national supérieur d'art dramatique, Marie Vialle joue sous la direction de nombreux metteurs en scène, notamment Luc Bondy, André Engel, Alain Françon, Jean-Michel Rabeux et Jean-François Sivadier. Parallèlement, des réalisateurs tels que Thomas Bardinet, Vincent Dietschy et Christine Dory la portent à l'écran. En 2003, délicatement munie de son violoncelle, Marie Vialle s'empare du Nom sur le bout de la langue de Pascal Quignard. Une collaboration fidèle s'entame entre l'écrivain et la comédienne-metteuse en scène – entre langage et silence, entre musique et chant. En 2006, Marie Vialle crée Triomphe du temps en invitant Lam Truong sur le plateau. En 2011, elle monte Les Lois de l'hospitalité d'Olivia Rosenthal, avant de revêtir les mots de Pascal Quignard dans Princesse vielle reine, à l'automne 2015 au Théâtre du Rond-Point.
" ©Festival Avignon
Mot à mot Vialle 4 © Christophe Raynaud de Lage

Un dispositif toujours aussi rudimentaire, comme je les aime (très proche du premier théâtre d’Eschyle - qui ne faisait lui aussi que des récits rapportés de contes, ponctués de quelques dialogues). Je vois une rive de lumière dans le noir. Côté jardin un masque de chouette, côté cour un masque d’oiseau, l’un et l’autre se projetant en ombres chinoises sur le fond. Un piano dont je jouerai. Une table, une bougie, une chaise. Marie chantera et il y aura des oiseaux. Pour l’instant je n’en sais pas plus. C’est encore dans ma tête à l’état de fumée.

Pascal Quignard. La chartreuse, Villeneuve lez Avignon, Centre national des écritures du spectacle, 2015
Mot à mot Marie Vialle 5 © Christophe Raynaud de Lage

Pascal Quignard
"Tissant très tôt un lien trouble avec le silence et le mutisme, Pascal Quignard trouve dans l'écriture le moyen de s'exprimer en continuant de se taire. Son premier essai, L'Être du balbutiement, paru en 1969 au Mercure de France, témoigne déjà d'une obsession pour le langage, ses sources et les conditions de son surgissement. Écrits fragmentaires, biographies, romans, essais, contes, traités ; les formes diverses que prennent ses nombreux livres sont traversées par la musique depuis Carus, roman publié en 1980 par Gallimard, jusqu'au neuvième tome de Dernier royaume, Mourir de penser, paru en 2014 chez Grasset. S'il écrit les spectacles de Marie Vialle depuis 2003, Pascal Quignard, lauréat du Prix Goncourt en 2002, n'a investi la scène qu'en 2011, lors de la création du spectacle de butô Medea. Ayant pris goût au trac et à l'imprévisible, il semble résolu à ne plus quitter les planches." ©FAvignon

 

Mot à mot Vialle 7 © Christophe Raynaud de Lage

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