Avignon clôture. Olivier Py en directeur mais aussi l'ado suicidaire, le graphomane à 17 ans et le "fou" de théâtre...

Philippe Lefait
Par @desmotsdeminuit
Mis à jour le 24/07/2016 à 19H15, publié le 24/07/2016 à 14H36

Le directeur du festival 2016 retient deux idées imaginées par les enfants mis en scène par "La Piccola Familia" de T. Jolly dans son feuilleton sur l'histoire et l'avenir du festival: en 2086, une semaine fériée dans toute la France pour que tout un chacun puisse aller au théâtre, une graine-billet qui, plantée donnerait un arbre à billets. Pas sûr que son administrateur ait les mêmes fantasmes!

Pour le dire vite, cette année, les artistes ont concilié la lucidité la plus dure et la plus noire avec une espérance qui se manifeste dans le seul fait de la représentation... à l'écoute des poètes. Plutôt qu'une lucidité désespérante, ce dialogue si vif entre artistes ici à Avignon et l'art plus généralement apportent une lumière, quelque chose de l'ordre de la transcendance dans le collectif, dans le seul fait d'être ensemble, avec un même désir d'intelligence..."

Olivier Py, conférence de presse de clôture de la 70ème édition du festival d'Avignon, 24 juillet 2016.

Olivier Py, on le sait, a le sens du verbe et du mot (graphomane dès 17 ans dit sa biographie autorisée). Il est donc remerciant et content d'une édition (sa troisième comme directeur) qui a proposé 63 spectacles et 289 représentations dans 39 lieux et qui a attiré d'après les premières comptabilisations 120000 spectateurs payants (+6,5% que l'année dernière) auxquels s'ajoutent 47000 autres bénéficiant d'une entrée libre pour un taux de fréquentation de 95%. Comme le dit Py, "ce public, assoiffé de découvertes et d'émergences est unique au monde et a été rendu résistant" par l'actualité sombre qui a endeuillé la France. Il ajoute que cette année le festival a posé dans sa programmation la question de la menace qui pèse sur les idéaux et l'humanisme européens. Et de citer Thomas Bernhard :"Les nazis sortent par tous les trous". 

L'une des fiertés de ce festival est bien sa résonance avec le monde.

Olivier Py, Avignon, 24 juillet 2016.
Mot à mot PY 6

C'est à la mi-juillet que nous avons rencontré Olivier Py (par ailleurs quotidien avec "Midi PY" sur Des mots de minuit et alors qu'il organisait la venue de François Hollande) pour ce mot à mot dans lequel il évoque les humeurs sombres de son enfance, quelques ambitions de directeur, sa vision sombre du politique "entré en ère glaciare", ses ambivalences de "courtisan" (un poste comme le sien se travaille) et ses vélléités d'"anachorète", les spectacles qu'il a mis en scène, ses combats pour les libertés sexuelles, un livre à venir à la rentrée littéraire de septembre. Ce fut tout ou presque mais, comme d'hab!, prolixe et facétieux... 



"Prométhée enchaîné" est un spectacle itinérant, rodé en 2012 au théâtre de l'Odéon, aujourd'hui une pièce du in d’Avignon qui est proposée dans onze lieux excentrés.
Répétition de "Prométhée enchaîné".

Répétition de "Prométhée enchaîné".

© Christophe Raynaud de Lage
Eschylle, pièces de guerre Py mot à mot © Olivier Py
"Eschylle, pièces de guerre", quatre pièces du théâtre ancien (525-456 avant J.-C.) qui disent la gestation de la démocratie, le fondement du pouvoir, l'insurrection ou le sort fait aux femmes. 
Rentrée littéraire 2016

Rentrée littéraire 2016

Un succès, un seul, et paris se prosternera, alors il saura coucher avec les ministres, décrocher les couronnes, créer sa cour, et ce succès ne doit pas attendre, le théâtre brûle, le chef d'orchestre de Paris c'est le désir insatiable, et ce désir instiable cherche un pourvoyeur, voilà, il a trouvé son rôle, il va leur vendre du génie éruptif au prix fort, et quand ils verront que ce génie est une verroterie intellectuelle, il sera trop trad, on s'arrachera déjà les mèches de ses cheveux rouges au prix fort pour s'en faire des talismans contre le cancer. Être un charlatan ne l'effraie pas, mais un charlatan de génie. Quelque chose lui murmure qu'il ne peut pas ne pas réussir. Il a compris que tant qu'il danse il ne peut pas tomber, que tant qu'il danse il entraîne avec lui les rouages mystérieux du pouvoir et les architectures magiques du désir. Quoi de plus beau que ce jeune homme arrogant qui traverse la ville? Ne donne-t-il pas sens à la ville tout entière, la ville n'est-elle pas une pourriture que la fleur de sa jeunesse justifie?

"Les Parisiens", Olivier PY. Actes Sud, 2016.


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