Midi Py, la quotidienne #4: un temps de passante: Mouchkine, Vallaud-Belkacem

Des mots de minuit
Par @desmotsdeminuit
Mis à jour le 09/07/2016 à 18H30, publié le 09/07/2016 à 12H00
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Quand la photo dit une époque militante et contractée par la barbarie à deux heures d'avion de Paris. Quand la photo dit les passages obligés et ministériels du côté du Palais des papes. En 1995, Py était un jeune homme de théâtre. 21 ans plus tard, il dirige un festival et une institution. Deux clichés de son album et bonus de sa quotidienne...

1996... À mourir

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Un joli souvenir: Ariane, 1995, grève de la faim...

Olivier Py, 6 juillet 2016.

"Après la déclaration d'Avignon, lancée pendant le festival, ils sont cinq dont Mnouchkine à avoir entamé hier une grève de la faim pour «réveiller les français». Cinq artistes à la diète pour la Bosnie". > L'article de Libération, 5 août 1995.
 

Dans un entretien (Les Inrocks, janvier 1996), Olivier Py (trente ans, à l'époque) justifiait ainsi la grève de la faim à laquelle il avait participé l'été précédent pour que l’ONU intervienne en Bosnie: 

"Ça a ramené toutes les questions, même celle de la foi, à une chose très simple: comment fait-on pour être ensemble? Je n’avais pas compris que le politique, c’était d’abord ça. C’est quand on a de l’espoir qu’on commence à croire à une expérience politique. "La Servante" m'a donné un espoir, la grève de la faim aussi. Parce qu’on a réussi à être ensemble. Alors, j’ai foi dans ces groupes pacifiques. On ne croit plus aux institutions mais ce n’est pas grave, on va réussir à trouver des formes qui vont peut- être inspirer les institutions.

Cette expérience, ça te permet de trouver une identité, de te battre pour quelque chose ?

Je n’ai pas vécu la grève de la faim comme une ascèse. Faut pas déconner: on l’a quand même fait pour la Bosnie, pour Sarajevo. Ce qui est maintenant déchirant, c’est que la France a serré la main aux criminels de guerre, elle a fait serrer la main des deux pauvres garçons, les pilotes, à leurs bourreaux. On a eu l’idée de lâcher cinquante cochons devant l’Elysée le soir où Milosevic était à Paris. Mais il y avait les grèves, ce n’était pas facile et on n'a pas trouvé l’argent pour le faire. On voulait colorier toutes les fontaines de Paris en rouge, mais elles étaient asséchées parce qu’il faisait trop froid. Il faudrait se faire violer par un chien sur la place publique, un chien sur lequel on écrirait Mladic. C’est peut-être ça la place des artistes blancs, occidentaux. Il faut créer le malaise. J’ai été très touché par les artistes américains qui ont des actions masochistes, qui s’enferment dans des boîtes, qui se mutilent.

Et maintenant, comment continuer?

Le combat important maintenant consiste à dire: ne blanchissez pas les criminels de guerre. Parce que, d’une certaine manière, c’est ça la suite du processus des accords de paix de Dayton. C’est une question de dignité minimale. Depuis cinquante ans, on a essayé de construire un "Plus jamais ça". La grande cassure du XXe siècle, ce n’est pas la chute du mur de Berlin, qui était peut-être tombé depuis bien longtemps, c’est que le "Plus jamais ça" est tombé. Je ne sais pas comment on va faire pour vivre dans un monde où l’on ne peut même pas dire "Plus jamais ça". Parce que, pour l’instant, dans cette histoire, il n’y a pas eu défaite écrasante des fascistes. Il faut y parvenir. A Sarajevo, il y a une incroyable résistance.
Les Serbes qui vivent dans Sarajevo – pas ceux de Pale – sont d’abord bosniaques et ensuite serbes. Je garde toujours le souvenir de cette jeune fille habillée en rose bonbon, parfumée, ravissante, éclatant de rire, traversant la rue avec une élégance délicieuse et qui représente cette incroyable force qui dit
“Nous, nous voulons vivre ensemble, détruisez-nous, torturez-nous, mais nous ne fonderons pas notre amitié sur des bases ethniques.” Ces gens n’ont pas capitulé. C’est dur de combattre. Moi, je ne suis pas un héros, je ne suis pas un militant exemplaire. C’était plus facile au mois d’août. La rentrée a été abominable. Peut-être les gens étaient-ils aussi sur d’autres fronts." 

 

2016... En passant

desmotsdeminuit.fr Najat Vallaud-Belkacem © Olivier Py

La ministre de l'éducation nationale assise au bureau du directeur du festival! C'est un beau signe, la culture et l'éducation sont l'avenir de la France...

Olivier Py, 8 juillet 2016

 

La ministre, à Avignon pour parler éducation artistique et culturelle à l'occasion de la 3ème édition des rencontres "Recherche et création". Dans son discours, cette phrase d'entame:

Un comédien ou un metteur en scène, quand il lit un texte de théâtre, voit bien au-delà des lignes, bien au-delà de la page.

Najat Valaud-Belkacem, Avignon, 2016.


Une question facile serait alors: "Et Le ou La politique?" 
Avec en écho, un propos de Py dans sa conférence de presse de présentation du festival:
 

Comment vivre quand les idées n’ont plus de valeur, quand le corps social est écartelé, apeuré, réduit au silence ?
Comment vivre une vie digne quand la politique n’est plus que manigances politiciennes ? Quand la révolution est
impossible, il reste le théâtre!

Olivier Py, mars 2016.


La quotidienne d'Olivier Py
 

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