Le IN et les limites de l'humanité... Deux pièces, deux duos étranges. Une idée: essayer de rester humains!

Géraldine Dolléans
Par @desmotsdeminuit
Mis à jour le 23/05/2016 à 18H47, publié le 16/07/2014 à 13H00
Marik Renner et Emmanuel Eggermont - "Un jour nous serons humains"

Marik Renner et Emmanuel Eggermont - "Un jour nous serons humains"

© Géraldine Dolléans

Dans "Un jour nous serons humains" et "Religieuse à la fraise", l'humanité se conjugue au passé ou au futur. Chaque pièce montre un duo étrange, à la frontière de l'homme et du monstre. Une réflexion sur les limites de l'humanité en deux volets, sur le mode tragique d'un chant de deuil, puis dans le langage chorégraphique d'une danse nuptiale.

Un jour nous serons humains pourrait s'ouvrir dans le cadre d'une luxueuse propriété de châtelains. Une jeune femme avance sur une pelouse parfaitement tondue, sa silhouette se détache sur de hauts murs recouverts de vigne vierge. Un homme, très élancé lui aussi, la rejoint sur cette esplanade. Un duo scindé, à une voix et un corps, commence alors sa partition lugubre. La jeune femme profère un long monologue qui donne d'emblée sa tonalité tragique : "Non, nous ne sommes pas humains, un jour nous serons humains". Littéralement "subjuguée", obsédée par des images de corps humains entassés, jetés par pelletées entières, cette jeune femme semble écrasée par le poids de tous les génocides. Elle est totalement figée, debout puis assise par terre, comme anéantie par ces visions qui semblent l'empêcher d'avancer.
"Un jour nous serons humains"

"Un jour nous serons humains"

© Géraldine Dolléans
Le jeune homme qui évolue lentement autour d'elle compense, quant à lui, son mutisme par des mouvements des bras et du corps saccadés, propulsés comme des ressorts. Avec une solennité majestueuse, dans l'hyper-élégance noire de leurs vêtements de deuil, les deux comédiens (Marik Renner et Emmanuel Eggermont) semblent incarner deux formes d'autisme complémentaires. L'un comme l'autre exprime l'impossibilité de la rencontre, l'emprisonnement dans des logiques, des grammaires incompatibles. Très vite, le cadre de l'asile où tout se termine vient se substituer à la riche propriété. Les phrases qui évoquent la fin, l'immobilité reviennent comme des leitmotiv : "stopper net là, s'arrêter net là"… Ces deux sujets à vif semblent mus par un passé trop lourd à porter, où l'humanité a été engloutie.
"Religieuse à la fraise" - Olivier Martin-Salvan et Kaori Ito

"Religieuse à la fraise" - Olivier Martin-Salvan et Kaori Ito

© Géraldine Dolléans
Dyptique
L'humour et la vie reviennent avec force dans Religieuse à la fraise, après une courte pause. Dans l'embrasure d'une porte, un colosse de 120 kg apparaît. Il fait quelques pas, se baisse, et on découvre une créature fluette accrochée à son dos. Pendant une demi-heure trop courte, Olivier Martin-Salvan et Kaori Ito jouent la bête à deux dos dans le jardin de la Vierge qui évoque un nouveau Paradis originel où l'humanité n'aurait été qu'ébauchée. La belle et la bête semblent d'abord un éléphant que vient émoustiller une mouche importune, deux babouins en chaleur, des demi-dieux en transe. Aux sons inarticulés d'animaux de la jungle succèdent quelques paroles proférées dans une langue étrangère: là encore l'humanité semble lointaine, inconnue, mais les corps sont inséparables, comme attirés par des aimants.
 
Dans ce magnifique diptyque, chaque volet vaudrait séparément mais prend une signification évidente de ce rapprochement : les sujets sont à vif, à cause du deuil dans la première pièce, grâce au désir dans la seconde. Deux formes de libido sont mises en scène, la pulsion de mort mélancolique puis l'énergie vitale et sexuelle. On est contents de terminer par la seconde.
 
 
Sujets à vif, Un jour nous serons humains et Religieuse à la fraise, c'était au Jardin de la Vierge du lycée Saint-Joseph. A voir dans le Live de Culturebox.
 
Religieuse à la fraise ,16, 30, 31 juillet et 1, 3, 7, 8, 9 août 2014 au Festival Paris quartier d'été.

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