Wheeldon, McGregor, Bausch à Garnier : un hommage dansé à Pierre Boulez

Par @sophiejouve1 Rédactrice en chef adjointe de Culturebox, responsable de la rubrique Théâtre-Danse
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 08/12/2015 à 17H09
Eleonora Abbagnato dans Le Sacre de Pina Bausch

Eleonora Abbagnato dans Le Sacre de Pina Bausch

© Julien Benhamou / Opéra national de Paris

Qu'est-ce qui peut bien réunir une création de Wayne McGregor, une reprise de Pina Bausch et une chorégraphie de Christopher Wheeldon qui entre pour la première fois au répertoire ? Un lien plus ou moins étroit avec Pierre Boulez, qui a fêté ses 90 ans, et à qui Stéphane Lissner a souhaité rendre hommage.

Sauf que McGregor, avec "Aleas Sands", est le seul à se confronter à la musique de Boulez, en l'occurrence Anthèmes 2, pour violon et électronique. La pièce s'ouvre sur des lumières qui crépitent et balayent le plafond peint par Chagall en produisant des sons, sorte d'écho à la musique de Boulez, sur laquelle la danse va ensuite se déployer. Cette scénographie imaginée par Haroon Mirza, installe un climat visuel et sonore étonnant. 

Ensuite Marie-Agnès Gillot et Audric Bezard entrent en scène et malgré tout leur talent ça ne fonctionne pas tout à fait. Les éclairages noirâtres comme si l'on était dans un entrepôt désert nous font écarquiller les yeux pour distinguer une danse répétitive qui finit par tourner en rond. D'autant que les costumes, qui font des danseurs des arlequins en noir et blanc, ne mettent absolument pas leurs corps en valeur. 

La musique de Boulez n'était finalement peut-être pas le meilleur accompagnement possible pour un chorégraphe qu'on apprécie beaucoup, mais à qui il peut arriver d'avoir moins d'inspiration.

La grâce joyeuse, l'humour et les enchainements inventifs de Christopher Wheeldon

La belle et vraie découverte de la soirée viendra de Christopher Wheeldon. On savait déjà de quoi il était capable pour avoir vu son délicieux "Américain à Paris" au théâtre du Châtelet, il s'agit cette fois-ci, avec Polyphonia créé en 2001 pour le New York City Ballet (sur la musique de Ligeti), d'un exercice chorégraphique dans la lignée de George Balanchine.
Au début on nous propose quatre couples, mais très vite chacun d'entre eux reprend son autonomie et laisse la place à des duos et des solos extrêmement différents : ils mélangent des mouvements classiques à des figures acrobatiques, sorte de sculptures vivantes évoquant tantôt un papillon, tantôt des êtres hybrides. On est séduit par la grâce joyeuse de ce ballet, son humour, ses enchaînements inventifs qui permettent de dessiner de vraies individualités. On y admire notamment les étoiles Amandine Albisson et Stéphane Bullion ou encore Léonor Baulac et Germain Louvet, première danseuse et sujet.
Ligeti fait partie des innombrables compositeurs dirigés par Pierre Boulez, dont il était un des complices. Quant à Pina Bausch elle a travaillé parfois avec Boulez, comme beaucoup d'autres chorégraphes et metteurs en scène.

Un sacre mythique qui écrase un peu la soirée

Le Sacre du Printemps qui clôt la soirée est aussi une œuvre fétiche du grand chef d'orchestre. C'est une pièce qu'on a déjà vue et revue et dont la force incroyable fait toujours son effet. Mais en conclusion de Wheeldon et McGregor, ce Sacre écrase un peu le programme. Ce soir là Eleonora Abbagnato était l'élue, émouvante et fragile, secouée de pulsation jusqu'à l'épuisement. Superbe au milieu des étoiles (Alice Renavand, Karl Paquette ) et du corps de ballet. A l'Opéra comme à la Comédie-Française, il n'y a pas de petits rôles et c'est un magnifique esprit de troupe qui donne sa force à ce Sacre du Printemps.


Christopher Wheeldon/Wayne McGregor/Pina Bausch à l'Opéra Garnier
Les 5, 7, 9, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 21, 22, 23, 24, 25, 30, 31 décembre 2015
Réservation : 08 92 89 90 90