Teshigawara/Brown/Kylian réunis à l'Opéra Garnier par la beauté d'un autre monde

Par @sophiejouve1 Rédactrice en chef adjointe de Culturebox, responsable de la rubrique Théâtre-Danse
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 06/11/2013 à 11H35
"Darkness is hiding black horses" de SaburoTeschigawara 

"Darkness is hiding black horses" de SaburoTeschigawara 

© Agathe Poupeney / Opéra national de Paris

L’Opéra Garnier propose un programme contemporain qui sonde l’espace et nous laisse entrevoir d’autres mondes. Une création du japonais Saburo Teshigawara (Darkness is hiding black horses) suivie de « Glacial Decoy » de Trisha Brown et de « Doux Mensonges » de Jiri Kylian.

Le chorégraphe japonais Saburo Teshigawara ouvre la soirée d’emblée dans une autre dimension. Au milieu des geysers de fumée renaissent trois magnifiques danseurs étoiles : Jérémie Bélingard hante la nuit et ploie sous les ténèbres, Aurélie Dupond oscille entre crainte et apaisement, Nicolas Le Riche est un  incroyable cheval sauvage qui piaffe et martèle le sol.
 
Débuts de l'humanité ou fin du monde ?
Avec son langage si particulier le chorégraphe fait naitre une vie fragile du plus profond de l’obscurité. Débuts de l’humanité ou fin du monde ? Le trio mystérieux et poétique est accompagné par une musique inquiétante qui se mêle à des bruits de galop et au souffle des chevaux.
 
« Dans les ténèbres, au-delà de l’obscurité, se cache un cheval aux yeux noirs brillants », écrit Teshigawara, qui nourrit son écriture chorégraphique de poèmes. Cette poésie sombre nimbe le reste de la soirée
 
« Glacial Decoy » de l’américaine Trisha Brown, la papesse de la postmodern dance, est entré au répertoire de l’Opéra de Paris en 2003. La chorégraphe choisit le silence pour mettre en valeur la musicalité des corps des danseuses, vêtues de longues robes blanches plissées. Elles évoluent comme des prêtresses devant des images très terre à terre de Robert Rauschenberg. Représentant des objets quotidiens ou des fragments de paysages, elles défilent d’un écran à l’autre.

Avec ses interprètes Trisha Brown joue également avec ce processus d’apparition disparition. Glissant à travers la scène dans des mouvements répétitifs et d’une grande fluidité, elles laissent croire qu’un nombre infini de danseuses se trouve en coulisse. Beau mais froid.
 
L'ombre et la lumière de l'âme humaine
On sera bien davantage touché par "Doux Mensonges" de Jiri Kylian crées en 1999 pour l’Opéra de Paris. Le Tchèque sonde l’ombre et la lumière de l’âme humaine, comme Teshigawara. Dans cette pièce à la beauté fulgurante, l’action se déroule sur scène et en dessous. En surface tout est beauté, sous le plancher, les sentiments que nous préférons cacher, l’animalité qui sommeille en nous.
 
Par le biais de la vidéo les images des danseurs en coulisses sont projetées sur un mur noir. La scénographie de Michael Simon, la qualité des interprètes (Eleonora Abbagnato, Vincent chaillet, Alice Renavand, Stéphane Bullion), le choeur des arts Florissants (qui apparait par une trappe pour interpréter à capepellla des chants et madrigaux de Gesualdo et Monteverdi) forment une subtile alchimie. Ce morceau qui conclut la soirée nous laisse en état de rêve. Un programme à Garnier d’une très belle cohérence.
 
Saburo Teshigawara/Trisha Brown/Jiri Kylian à l’Opéra Garnier
Jusqu’au 14 novembre
1h35 avec entracte
Réservation : 0892 89 90 90