D’Angelin Preljocaj, on connaît bien les grandes fresques narratives. On sait moins qu’il crée des pièces beaucoup plus intimes et plus abstraites, dont les fleurons sont certainement ces Empty moves, chorégraphiés sur Empty words de John Cage, complice et compagnon indéfectible de Merce Cunningham.

Cette pièce comprend trois parties (dont la seconde créée pour Montpellier Danse en 2007 et la troisième qui sera créée cet été) que l’on verra pour la première fois réunies.

Composé en 1977 pour le Teatro Lirico de Milan, Empty words est tiré du texte La Désobéissance civile de Henry-David Thoreau auquel John Cage fit subir toutes sortes de traitements, coupes, collages, atomisations des mots, brouillages, l’ensemble rythmé par la diction du compositeur. La performance enregistrée comprend les réactions – hostiles – des spectateurs de l’époque, invectives, clameurs et grondements. C’est ce matériau sonore qui sert de partition à la danse d’Angelin Preljocaj. Partant du même principe de construction non narrative et de composition complexe, le chorégraphe livre dans ces trois opus, une recherche époustouflante sur le mouvement. Angelin Preljocaj écrit des gestes fragmentaires qui, peu à peu, entrent en résonance avec cette tempête de mots trouée par le silence. Ils prennent leur vitesse et leur fulgurance en s’accumulant les uns aux autres jusqu’à devenir mouvement fluide, correspondances secrètes, irruptions dans l’espace. Il n’y a rien d’autre que le mouvement projeté dans le vide cosmique qui emplit la scène de sa présence. Les danseurs peuvent alors se mouvoir lentement dans l’impondérable, avec leurs déséquilibres surprenants, leurs asymétries raffinées, et une indéniable fragrance de calme sensualité.

Distribution

  • Date 26 juin 2014
  • Durée 1h 30min
  • Production Ozango
  • Chorégraphe Angelin Preljocaj
  • Création sonore John Cage, Empty words
  • Danseurs Virginie Caussin, Fabrizio Clemente, Baptiste Coissieu, Sergio Diaz, Yan Giraldou, Natacha Grimaud, Nuriya Naginova, Yurié Tsugawa