Les cent ans du "Sacre du printemps" au Théâtre des Champs-Elysées

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 08/04/2013 à 12H08
Le "Sacre du printemps" vu par Pina Bausch à Avignon en 2009

Le "Sacre du printemps" vu par Pina Bausch à Avignon en 2009

© Anne-Christine Poujoulat / AFP

Pour fêter les cent ans du "Sacre du Printemps" et son propre centenaire, le Théâtre des Champs-Elysées (TCE) donne en mai-juin non pas une, mais quatre versions du ballet d’Igor Stravinski, dans les chorégraphies de Nijinski, Sasha Waltz (création), Pina Bausch (1975) et Akram Khan (création "iTMOi"). La première a lieu mercredi 29 mai.

"Un dentiste !" Les danseuses inclinent leur joue dans leur main, et la réplique fuse dans un incroyable brouhaha : ce 29 mai 1913, c’est un accueil houleux qui est fait au "Sacre du Printemps", ballet révolutionnaire.
 
A l'époque, on ne sait ce qui, du ballet ou de la musique, fait le plus scandale. "C'est vraiment une partition à part dans la production de Stravinsky, avec des cassures de rythme, des reprises, une écriture d'orchestre incroyable", raconte l'historienne Nathalie Sergent, responsable des éditions du TCE.
 
Une oeuvre scandaleuse qui devient culte
Tout, dans la chorégraphie de Nijinski, contrevient aux règles du ballet  traditionnel : "Plus de duo, plus de couples, plus de pointes, les poignets étaient cassés, les pieds en dedans", rappelle Nathalie Sergent.
"Le Sacre du printemps" par Pina Bausch (créé en 1975)
 
Le vacarme est tel que Nijinski doit en coulisses compter la mesure pour ses danseurs, qui n'entendent plus l'orchestre. Stravinsky quitte la salle précipitamment et a gardé un souvenir amer de l'épisode.
 
Sa partition est pourtant devenue dès l'année suivante une oeuvre culte, reprise par les plus grands chefs. Quand au ballet, on ne compte plus les chorégraphes qui s'en sont emparés : Maurice Béjart, Martha Graham, Angelin Preljocaj, Pina Bausch...
 
Une pièce qui marque une rupture
"C'est vraiment une pièce qui fascine tout autant les musiciens que les danseurs: il y a les ‘Demoiselles d'Avignon’ (Picasso, 1907), et il y a le ‘Sacre du Printemps’ : des pièces qui marquent des ruptures et qui sont de formidables terreaux pour la création", ajoute l'historienne de l'art.
 
Stravinsky décrivit plus tard l'oeuvre comme "un grand rite sacral païen : les vieux sages, assis en cercle, et observant la danse à la mort d'une jeune fille, qu'ils sacrifient pour leur rendre propice le dieu du printemps".
 
Si la partition est reprise triomphalement dès 1914, le ballet disparaît après cinq représentations à Paris et trois à Londres, non pas à cause du scandale mais pour une histoire de coeur. Nijinski, qui était l'amant du patron des Ballets Russes Serge de Diaghilev, convole en justes noces pendant l'été. Diaghilev le bannit et raye tous ses ballets du répertoire.
 
Le "Sacre" a lancé le Théâtre des Champs-Elysées
Il faudra attendre les recherches minutieuses de l'Américaine Millicent Hodson, chorégraphe, et de l'Anglais Kenneth Archer, historien d'art, pour reconstituer le ballet de Nijinski, grâce au témoignage de son "assistante pour les mouvements" Marie Rambert.
 
C'est ce sacre "reconstitué" qui sera donné pour quatre représentations exceptionnelles au Théâtre des Champs-Elysées du 29 au 31 mai. Le ballet et l'orchestre du Théâtre Mariinsky, avec Valery Gergiev, ont accepté de jouer deux fois dans la même journée ! En effet, devant l’engouement dupublic, une représentation supplémentaire a été ajoutée le vendredi 31.
 
Par sa modernité, le "Sacre" a lancé le jeune Théâtre des Champs-Elysées dans le tout Paris de l'époque. Gabriel Astruc, qui l'avait rêvé et fait construire par le gratin de l'époque (les frères Perret, Bourdelle, Maurice Denis ...) sortit pourtant ruiné de la première saison.
 
Mais le TCE était lancé, et connut d'autres grands moments, sans parler de quelques scandales. Son directeur Michel Franck rappelle le brouhaha de la première de "Médée" mise en scène par le Polonais iconoclaste Krzysztof Warlikowksi en décembre. "Dehors, sortez !", crie quelqu'un du balcon. "Très  bonne idée, sortez !", rétorque sans se démonter le baryton Vincent Le Texier, retournant la salle !
 
"Si le public réagit, c'est tant mieux", s'exclame Michel Franck : "Si on veut faire avancer le spectacle vivant, on ne peut pas être consensuel."

Le "Sacre du printemps" au Théâtre des Champs-Elysées : du 29 mai au 26 juin 2013

Le programme sur le site du Théâtre des Champs-Elysées