Le Patin Libre, objet sur glace non identifié aux Nuits de Fourvière

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 09/06/2016 à 18H10
Les danseurs du Patin Libre en spectacle sur la patinoire Charlemagne, à Lyon, le 7 juin 2016

Les danseurs du Patin Libre en spectacle sur la patinoire Charlemagne, à Lyon, le 7 juin 2016

© STR / Jeff Pachoud / AFP

Née au Québec en 2006, la troupe du Patin Libre revendique un patinage contemporain et rebelle, à rebours des patineurs à paillettes qui multiplient les prouesses. Après les Nuits de Fourvière cette semaine, elle se produira à Paris et Montpellier.

Troupe au petit format, le Patin Libre se résume sur glace à quatre garçons et une fille. Son spectacle Vertical Influences confine au dépouillement de tout ce qui est vu traditionnellement sur la glace. Ici, pas de costume, pas de scénario mais de l'abstraction avec des artistes qui ne cherchent pas à masquer le bruit des patins : la glace devient un instrument de percussion.

Reportage : J. Sauvadon / B. Metral / I. Murat

Le spectacle est imprégné de culture hip-hop. Il y est question de "battle", de la place de l'individu dans un groupe ou comment réussir à vivre ensemble. Une mise en scène qui peut se lire comme une métaphore d'une compagnie unique en son genre et vue comme iconoclaste outre-Atlantique.

"On a tous grandi dans le monde du patinage artistique et on a tous cachetonné pour +Disney On Ice+ ou dans les spectacles de fin d'année. Et on voulait s'évader, créer un cadre réellement artistique", raconte à l'AFP Alexandre Hamel, fondateur de la troupe.

Car au Canada, la patinoire est considérée comme un gymnase dans lequel "il n'y a pas de place pour la culture ou l'art". "Soit on fait du hockey, soit du patinage artistique, soit du patinage public et là, au coup de sifflet, tout le monde change de côté."

Extrait du spectacle "Vertical Influences" du Patin Libre en mars 2015 à Montréal

Le fondateur de la troupe fustige le patinage artistique, "une industrie"

Alexandre Hamel n'a pas de mots assez durs pour condamner un patinage artistique qu'il juge sans âme et suranné. "C'est une industrie, une pratique de gourous dans laquelle tu obéis à des codes très précis dont l'objectif est uniquement de faire augmenter les ventes de bière" à l'entracte, fustige-t-il auprès de l'AFP.

Dans ce contexte, leur initiative a d'abord fait jaser. "C'est comme si en France, un joueur de foot disait qu'il veut s'exprimer poétiquement sur le terrain", s'amuse Alexandre Hamel. La troupe commence modestement, en décrochant un spectacle de fin d'année ici ou là, en animant une patinoire de quartier à Montréal.

Au fil du temps, elle obtient un début de reconnaissance. En montrant que le patin peut vraiment apporter quelque chose à la danse, une fluidité incomparable. "Avec la glisse, un corps humain peut se déplacer sur un espace sans bouger, c'est la chose unique qu'apporte notre art", souligne Alexandre Hamel.

La reconnaissance en Europe

Le succès arrive en Europe. Durant ce printemps, en France, ils se produisent pour la première fois dans le cadre de vraies structures culturelles, bien qu'ils soient totalement inconnus, et ne sont plus seulement invités par des patinoires. Le Patin Libre est jusqu'à samedi à l'affiche de l'éclectique festival des Nuits de Fourvière, à Lyon, avant le théâtre de la Ville, à Paris, du 14 au 17 juin, puis le festival "Montpellier danse" du 23 au 27 juin.

Dix ans après sa création, la troupe ne cache pas qu'elle a encore de nombreux champs à défricher dans une discipline encore en construction. Et elle espère bien que d'autres se lanceront malgré les 15 années d'entraînement classique qui furent nécessaires avant d'arriver au dépouillement de ce patin libre.