Larmes et interminable ovation pour la dernière soirée d’Aurélie Dupont

Par @sophiejouve1 Rédactrice en chef adjointe de Culturebox, responsable de la rubrique Théâtre-Danse
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 19/05/2015 à 11H59
Une pluie d'étoiles pour Aurélie Dupont

Une pluie d'étoiles pour Aurélie Dupont

© Julien Benhamou/Opéra national de Paris

Une pluie d'étoiles scintillantes et une ovation de 25 minutes ont salué lundi les adieux d'Aurélie Dupont, à l'issue du ballet "L'Histoire de Manon", retransmis dans 350 salles de cinéma européennes, et qui sera diffusé sur France 3 et Culturebox le 30 mai. A 42 ans, l'âge légal de la retraite dans l'illustre maison, la danseuse quitte la scène et devient maître de ballet.

Quand la calèche s’arrête en fond de scène et que la jolie Manon, alias Aurélie Dupont, en descend, un tonnerre d’applaudissements retentit dans la salle de l’Opéra Garnier. La fraîche et innocente Manon a 16 ans, la juvénile Aurélie au soir de sa retraite n’en a guère plus aux yeux des 2000 spectateurs venus l’admirer une dernière fois !

Ravageuse, sensuelle et intense

Pour cette soirée ultime, Hervé Moreau, le partenaire de la danseuse depuis 10 ans, a du capituler pour cause de blessure. Pour le remplacer, Aurélie Dupont a choisi la star italienne de la Scala de Milan, Roberto Bolle. Dans un premier solo où il courtise Manon, le danseur était sans doute impressionné par l'enjeu de la soirée. Puis il s'est détendu dans un premier pas de deux lyrique et intense, au contact d'une Aurélie Dupont ravageuse de charme, sensuelle et intense. Au sommet de son art. 
Aurélie Dupont et Roberto Bollé dans "L'Histoire de Manon"

Aurélie Dupont et Roberto Bollé dans "L'Histoire de Manon"

© Julien Benhamou/Opéra national de Paris

Dans ce très beau ballet narratif, la passion, l'élan amoureux passe par des portées d'une totale fluidité, jamais la pose ne se fige, le mouvement se prolonge à l'infini.

L'acmé bien sûr, c'est le pas de deux dans la chambre de Des Grieux. Le couple s'enlace, les arabesques se déploient, le buste se cambre dans un mouvement de balancier. On a vraiment l'impresion de surprendre un couple dans de tendres ébats, qui s'achèvent par une improbable glissade.

De le jeune fille innocente destinée au couvent, à la courtisane volage et courtisée qui ne sait pas résister au monde des plaisirs, jusqu'à la Manon qui meurt dans les marécages de la Louisiane entrainant dans sa chute le chevalier Des Grieux, Aurélie Dupont est tout cela. "J'aime mourir à la fin d'un ballet", aime à dire la danseuse qui démontre une fois encore à travers le rôle de Manon sa technique impressionnante alliée à une rare expressivité. 
La dernière d'Aurélie Dupont dans "L'Histoire de Manon"

La dernière d'Aurélie Dupont dans "L'Histoire de Manon"

© Marianne Bouzonie/Opéra nationale de Paris

Elle qui souhaitait tant que ce dernier spectacle soit parfait a comblé son public, au point d’être ovationnée pendant 25 minutes, du jamais vu à Garnier. 
Le sacre d'Aurélie Dupont © Julien Benhamou/Opéra national de Paris

Après une dizaine de saluts, Hervé Moreau est monté sur scène lui offrir des fleurs. Puis c’est Manuel Legris, partenaire privilégié aujourd’hui directeur du ballet de Vienne, qui est venu l’embrasser. Nouveaux saluts et pluie d’étoiles sur une Aurélie Dupont en larmes. 
25 minutes d'ovation pour Aurélie Dupont

25 minutes d'ovation pour Aurélie Dupont

© Julien Benhamou/Opéra national de Paris

C’est le moment choisi par deux adorables bambins, Georges et Jacques (4 et 7 ans), ses fils qu'elle a eu avec l'étoile Jérémie Bélingard, pour venir embrasser leur maman. Eux aussi ont fait le spectacle en ramassant à pleines mains des étoiles, pour les jeter sur la danseuse.  

Images : Valérie Gaget

Aurélie Dupont "n'a pas dit son dernier mot"

Un peu plus tard dans le grand foyer, c’est l’heure des discours. Benjamin Millepied directeur de la danse, salue "l’intelligence, l’exigence d’Aurélie et assure qu’elle n’a pas dit son dernier mot". C’est lui qui lui a demandé de devenir maître de ballet. Fleur Pellerin, la ministre de la culture", dresse un portrait élogieux et très complet de la danseuse à qui elle remet dans la foulée les insignes de commandeur de l’ordre des arts et des lettres.

Rayonnante dans son smoking noir, Aurélie Dupont rend hommage au corps de ballet, l’âme de Garnier, sans oublier tous ces métier qui font de cette ruche la toute meilleure compagnie de danse au monde. Un mot pour chacun et cette confession : "Ce qui m’a donné le plus d’émotion, c’est de danser à deux".


La soirée d'adieu d'Aurélie Dupont sera diffusée le mai 2015 sur Culturebox (20h) et France 3 (23h50)