José Martinez : "J'ai toujours aimé sortir de scène au bord de l'épuisement"

Par @sophiejouve1 Rédactrice en chef adjointe de Culturebox, responsable de la rubrique Théâtre-Danse
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 28/01/2015 à 18H41
José Martinez, directeur de la Compagnie nationale de danse d'Espagne

José Martinez, directeur de la Compagnie nationale de danse d'Espagne

© Emmanuel Donny

C'est un des danseurs de l'Opéra de Paris qui restera dans le firmament des étoiles, sachant incarner aussi bien les princes charmants que les âmes damnées comme Faust. Après sa retraite de l'Opéra, il a été nommé il y a quatre ans à la tête de la Compagnie nationale de danse d'Espagne qu'il emmène aujourd'hui à Paris, au théâtre des Champs Elysées.

Les 27, 28, 29 janvier José Martinez propose un programme contemporain, façonné pour illustrer l'énergie et la jeunesse de sa troupe (voir notre critique). Rencontre avec un homme épanoui et toujours aussi enthousiaste, un vrai gentil qui a toujours su fédérer dans cet univers souvent impitoyable de la danse.

Culturebox : Comment avez-vous vécu l'accueil du public parisien à la première de votre spectacle mardi soir ?

José Martinez : Je suis très content de l'accueil, c'est un moment important. La compagnie était connue, mais sous la direction de Nacho Duato, elle est venue en 2010 la dernière fois. C'est important de revenir comme directeur, de présenter cette nouvelle identité. Ce n'était pas gagné d'avance, car on sait que le public parisien est exigeant ! (rire).

Comment s'est construit ce programme ?

Je voulais montrer ce qu'est la compagnie nationale aujourd'hui, une compagnie jeune mais très engagée, avec beaucoup d'énergie. C'est pourquoi le programme est composé de trois pièces.

Je tenais à ce qu'il y ait un chorégraphe espagnol car c'est notre carte d'identité ("Extremely close" de Alejandro Cerrudo) et j'ai précédé ce ballet de "Sub" de l'Israélien Itzik Galili, car il y a dans cette pièce cet engagement, cette force, cette énergie qui est la nôtre. J'ai toujours aimé en tant que danseur sortir de scène en ayant l'impression d'avoir été au bord de l'épuisement. J'ai retrouvé cette énergie là dans cette pièce.

Moi qui viens d'une compagnie classique, qui suis moi même un chorégraphe plutôt classique c'était comme une déclaration d'intention de montrer ces différentes facettes. Pour finir avec la pièce de Mats Ek, "Casi Casa", construite à partir de plusieurs extraits du ballet "Appartement" qui avait été créé pour nous, à l'Opéra de Paris. Je fais donc danser un ballet dans lequel j'ai dansé mais dont le chorégraphe offre aujourd'hui une relecture. La boucle est bouclée.

C'est une compagnie qui a également à son répertoire des ballets classiques ?

Oui tout à fait. La semaine dernière nous étions dans le nord de l'Espagne avec Raymonda (3e acte). On a des Balanchine, les Forsythe les plus classiques. La prochaine étape sera de recréer un ballet classique de répertoire. Mais j'y vais par étapes. Ce sera pour la saison prochaine. C'est une adaptation de "Don Quichotte".

A Paris nous avons la moitié de la compagnie, l'autre moitié est à Madrid et la plupart de ceux là ont un profil plus classique. C'est une compagnie à deux têtes (44 danseurs au total).

On est frappé par la diversité des personnalités ?  

J'adore ça (rire). Je pense qu'un corps de ballet, ce doit être un ensemble de personnalités. C'est cette diversité qui fait la richesse de la compagnie. Quand un chorégraphe arrive il peut toujours trouver des danseurs qui vont pouvoir lui servir d'outil de travail. Ils n'ont pas à s'adapter à un type de danseurs.

Et ce changement de vie ?

C'est arrivé pile au moment où je prenais ma retraite de l'Opéra (il a aujourd'hui 46 ans), j'avais envie d'apporter tout ce que j'avais appris à l'Espagne d'où je suis parti à 14 ans, parce qu'il n'y avait pas vraiment de compagnie professionnelle où je pouvais danser.

Revenir maintenant, ouvrir les portes pour qu'il y ait plus de spectateurs et plus de danse en Espagne, c'est une sorte de mission qui est une suite logique de ma carrière à l'Opéra. J'aime beaucoup Madrid, moi qui suis du sud de l'Espagne. Madrid c'est le mélange exact entre Paris et Carthagène. Madrid me rappelle la vie culturelle parisienne.

Vous à Madrid, Manuel Legris en Autriche pour diriger le ballet de Vienne, le savoir faire des danseurs de l'Opéra de Paris est recherché

J'en parlais avec Manuel, ce sont des compagnies au profil complètement différents. La différence essentielle c'est que le Ballet de Vienne est installé dans un théâtre, nous nous sommes une compagnie itinérante, un peu comme le Ballet de Lyon. On tourne beaucoup, on a une saison beaucoup plus courte à Madrid.

Et puis en Espagne, comme il n'y a pas d'autres grandes compagnies de danse, nous devons faire venir de grands chorégraphes internationaux, tout en aidant à développer les jeunes talents espagnols. Cela conduit à être hyper créatif, à faire plein de créations chaque année. A Vienne c'est beaucoup plus lourd, avec une programmation bien établie…Le profil et la gestion sont très  différents.

La crise ne vous a pas épargné ?

Pendant les trois premières années, notre budget a beaucoup diminué. Jusqu'à 18 % et c'était assez difficile. En 2015 notre budget remonte, on espère que ça va continuer comme ça ! Mais tous les chorégraphes nous ont aidé à continuer à produire autant.
Affiche du scpectacle au TCE © TCE


Compagnie nationale de danse d'Espagne, dirigée par José Martinez, au Théâtre des Champs-Elysées
Les 27, 28, 29 janvier 2015 à 20h
15 avenue Montaigne, Paris VIIIe
Réservation : 01 49 52 50 00

"Sub" de Itzik Galili
Casi Casa de Mats Ek
Extremely Close de Alejandro Cerrudo