Hip-Hop à Suresnes: des 20 ans chauds bouillants!

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 14/01/2012 à 17H10
Festival Suresnes cités danse : Création Robyn Orlin

Festival Suresnes cités danse : Création Robyn Orlin

© Dan Aucante

En 20 ans le Festival de Suresnes a permis au mouvement hip-hop de s'éloigner de l’étiquette exclusive banlieue et sweat à capuche, de quitter la rue pour les théâtres, d’évoluer, de se frotter à d’autres techniques. L’affiche de ces 20 ans (du 12 janvier au 12 février) est tout simplement hollywoodienne : 20 créations et 3 soirées anniversaires !

Un mois de spectacle : « un gratte ciel pâtissier »

Les soirées anniversaires seront animées par une trentaine d’artistes: des danseurs et chorégraphes emblématiques comme l’Américain Doug Elkins ou l’Allemand Storm et des figures majeures de Suresnes comme Kader Attou et Mourad Merzouki.
A cette occasion, des solos de danseurs accompagnés par 30 chanteurs du chœur de Paris, seront mis en scène par José Montalvo, l'ancien responsable de la danse du Théâtre de Chaillot.

Des chorégraphes de renommée internationale seront de la fête ce qui était inimaginable il y a encore quelques années. La sud-africaine Robyn Orlin, offrira une création pour 7 danseurs sur le thème des chiens et Angelin Preljocaj donnera sa chance à 4 jeunes hip-hopeuses.

Et comme chaque année des chorégraphes ou danseurs venus d'autres horizons comme Jérémie Bélingard (étoile de l’Opéra de Paris), Sylvain Groud, Abou Lagraa, Laura Scozzi, Blanca Li, Pierre Rigal se confronteront à cette danse hip-hop

"Elecktrokif" de Blanca Li

"Elecktrokif" de Blanca Li

© Dan Aucante

La soirée de clôture réunira les champions du monde de battle, Pockemon Crew et Wantes Posses. Le thermomètre va encore grimper !

Tout a commencé par un coup de foudre

En 1992, Olivier Meyer, directeur du théâtre de Suresnes assiste à un spectacle du chorégraphe new yorkais Doug Elkins, créé avec des danseurs des quartiers de Montpellier.
Devant leur volonté de s’élever par la danse et de s'y investir complétement, Meyer, sous le choc, décide de donner au hip hop un droit de cité : « C’est de là que tout est parti. J’ai pris conscience que ces danseurs souvent virtuoses, acrobates, n’était pas seulement des performers, ils pouvaient être aussi des interprètes sensibles. Leur danse pouvait tout dire. C’est comme ça que j’ai lancé le festival »

Chercher des danseurs dans la rue

En 1993, pour la première édition du festival, Meyer demande à sa collaboratrice, Edwige Cabelo, d’aller chercher des danseurs… dans la rue, elle n’est pas prête de l’oublier : « Je me suis dit où est ce que je vais trouver ces gens là… Je suis allée me balader du côté de la Fontaine des Innocents aux Halles avec un petit tract disant qu’au théâtre de Suresnes, Doug Elkins  proposait une audition ! Je suis allée vers des jeunes qui se demandaient de quoi je leur parlais. Mais finalement 7 ou 8 sont tout de même venus.

Depuis les auditions de Suresnes sont devenus des rendez vous à ne pas rater. Tous les ans des interprètes hip hop anonymes viennent auditionner en espérant se faire repérer par des chorégraphes contemporains. Un choix draconien pour ceux -ci, car sur 100 postulants, il faut n'en garder qu'une dizaine pour créer des spectacles qui mêlent les esthétiques et les visions du monde.

"Bye Bye Vénus" : spectacle de Jérémie Bélingard crée en janvier 2011, repris cette année :

« On a élargi énormément le spectre de cette danse »

« Je ne retiens que les succès, sourit Olivier Meyer : Doug Elkins pour les premières éditions, évidemment José Montalvo et les deux commandes que nous lui avons faites en 1996 qui ont donné naissance à un spectacle qui s’appelait « Paradis », un succès mondial, Blanca Li et son « Macadam Macadam » qui continue à tourner, Laura Scozzi qui a fait rire la planète hip hop en habillant ses danseurs en Chanel et en smoking et en mêlant théâtre et danse. Et puis tous les chorégraphes contemporains s’y sont collés si l’on peut dire : Nathalie Pernette, Karine Saporta, Denis Plassard, Jean-Claude Gallotta, Régis Obadia, Pierre Rigal et même les étoiles de l'Opéra qui sont devenues chorégraphes pour l'occasion, Marie Agnès Gillot et Jérémy Belingard. On a élargi énormément le spectre de cette danse, ça a créé aussi une nouvelle génération d’artistes ».

Suresnes a servi de révélateur pour ces danseurs

Qui n’a pas ressenti de frisson à Suresnes, lorsque la salle déborde d’enthousiasme, que les applaudissements crépitent ? Suresnes a servi de révélateur,  permis aux hip hopeurs de se faire connaître et même de travailler en résidence depuis 2007. Certains comme Kader Attou et Mourad Merzouki dirigent aujourd’hui des centres chorégraphiques nationaux, l'un à la Rochelle, l'autre à Créteil.
D’autres sont tirallés entre les créations destinées à la scène théâtrale et les battles, ces compétitions festives et techniques entre danseurs. Mais en coexistant, comme à Suresnes, le hip-hop pur et dur et la danse inspirée par lui, ne peuvent que s'enrichir.

"Simhamed Benhalima-Battle"

"Simhamed Benhalima-Battle"

© Dan Aucante