Festival d'Automne : la chorégraphe Robyn Orlin rend hommage à la Vénus noire

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 22/11/2011 à 08H22
La création de la Sud-Africaine Robyn Orlin au Festival d'Automne

La création de la Sud-Africaine Robyn Orlin au Festival d'Automne

© Philippe Laine

Coup de coeur au Festival d'Automne: l'histoire de la Vénus hottente exhibée pour ses énormes fesses, est revisitée par la chorégraphe Robyn Orlin et cinq actrices pleines de fougue. Elles n'hésitent pas à prendre à partie les spectateurs dans une ambiance de cabaret où les arts et les performances s'entrecroisent. De la couleur pour une histoire sombre.

Epatant ! Le terme peut paraître étrange quand on sait que la pièce de Robyn Orlin retrace la vie de Saartje Baartman, plus connue sous le terme de Vénus Hottentote. Née vers 1789, cette esclave Sud-Agricaine est envoyée en Europe comme on exporte une vulgaire marchandise. Elle sera prostituée, exhibée comme femme de cirque puis objet d'études pour scientifiques. Morte en 1815 et exposée à Paris au musée de l’Homme jusqu’en 1974, la Vénus noire n’a retrouvé l’apaisement de son pays natal qu’en 2002 après d’âpres négociations.

De ce destin tragique, Robyn Orlin fait un spectacle plein de grâce, d’humour, de provocation intelligente grâce notamment à un écran vidéo où se projettent les héritières de la Vénus et qu’elle retourne vers les spectateurs pour mieux interroger leur histoire coloniale que les ans n’arrivent pas à digérer.

Un déferlement de couleurs et de happenings

Pour porter tout cela, cinq actrices dont la générosité des formes n’épuise pas la générosité tout court. Venues pour passer une audition pour décrocher le rôle de Saartje, elles attendent le spectateur de pied ferme dans la salle comme si lui aussi allait participer au casting. De fait, le spectateur va devenir un acteur de cette histoire, complice de toutes les péripéties. Et elles ne manquent pas tant Robyn Orlin sait manier tous les instruments de la scène : la danse bien sûr, le théâtre, la vidéo, la musique magnifiée par les voix de ses interprètes, le tout dans un déferlement de couleurs et de happenings. La recette pourrait avoir du mal à prendre vu le nombre d’ingrédients et c’est tout l’inverse qui se produit.

Lorsqu’à la fin du spectacle apparaît sur l’écran noir l’épitaphe « Saartje Baartman (1789 – 2002) », on ne retient que l’immense S en tissu rose patiemment déroulé à ses pieds par les comédiennes. La force de la couleur. Une belle revanche pour la Vénus Noire.

« …have you hugged, kissed and respected your brown Venus today ? »
de Robyn ORLIN

Festival d’Automne
Théâtre des Bergeries / Noisy-le-Sec / 22 novembre
Le Centquatre / Paris / 26 et 27 novembre
Théâtre de la Ville / Paris / 30 novembre au 3 décembre
L’Apostrophe / Pontoise / 16 décembre