Carnaval de Rio : le sambodrome entre dans la danse

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 03/03/2014 à 09H46
L'école Mangueira défile dans le sambodrome de Rio, dans la nuit du 2 au 3 mars 2014

L'école Mangueira défile dans le sambodrome de Rio, dans la nuit du 2 au 3 mars 2014

© Yasuyoshi Chiba / AFP

Le Carnaval officiel de Rio de Janeiro, qui met en compétition douze écoles de samba, devait vraiment débuter dimanche soir dans le majestueux Sambodrome qui fête ses 30 ans.

Depuis plusieurs jours, les "blocs" (groupes de quartier ou thématiques) répètent et défilent dans les rues au rythme de la samba. Vendredi, la figure titulaire des festivités, le Roi Momo, a déclaré ouvert le Carnaval et "décrété la joie". Samedi, le bloc le plus populaire, Bola Preta, a envahi le centre avec 1,3 million de personnes.

Mais dimanche soir, les choses sérieuses ont commencé avec un des spectacles les plus prisés du monde, télévisé pour le plaisir de millions de personnes sur la planète, et qui vaut à Rio  et du Brésil tout entier sa touche sexy et glamour, symbolisée par de pulpeuses danseuses en tenue aussi légère qu'exubérante. Au menu : beauté, créativité, harmonie, musique rythmée, chant, danse, fantaisie et sensualité.
Un représentant de l'école Beija-Flor au sambodrome, dans la nuit du 2 au 3 mars 2014

Un représentant de l'école Beija-Flor au sambodrome, dans la nuit du 2 au 3 mars 2014

© Christophe Simon / AFP
L'illustration des métissages du Brésil
Ce spectacle représente aussi un pays aux origines multiples, entre une tradition chrétienne importée par les Portugais et la samba aux racines africaines, tout en narrant des épisodes de l'histoire, du quotidien ou de l'imaginaire, parfois non sans humour.

Une bonne occasion, pour Rio et le Brésil, de mettre de côté, le temps de deux nuits féeriques, les retards dans les travaux des stades pour la Coupe du monde de football (12 juin-13 juillet), les problèmes dans les transports, le malaise social, mais aussi la grande pauvreté et la forte criminalité qui gangrènent le pays. L'occasion aussi d'oublier le racisme latent qui mine le pays.

Une grève des éboueurs perturbe la fête
Pendant ce temps, une manifestation de mille éboueurs a été refoulée samedi des abords du Sambodrome à coups de gaz lacrymogènes par la police militaire. Dimanche, leur grève sauvage a laissé les rues du centre jonchées de détritus et frappées d'une odeur pestilentielle en plein été carioca.

Pour les dizaines de milliers de protagonistes, c'est désormais le jour J après une année de travail sur la scénographie, la conception des costumes, la fabrication des chars allégoriques...

Les écoles défilent
Six écoles de samba ont commencé à défiler dimanche à partir de 21h00 et jusqu'au petit matin, à raison de 82 minutes au maximum pour chacune. Les six autres devaient le faire lundi soir. Ces douze-là forment le "Groupe spécial", c'est-à-dire la première division des écoles de samba, sachant qu'il y a plus de ces 70 écoles à Rio, réparties en sept divisions.

Le vice-champion en titre, Beija-Flor, devait fermer la marche dimanche, tandis que le champion 2013, Vila Isabel, doit passer en troisième position lundi. Les résultats des 40 juges doivent être annoncés mercredi, sur la base de notes couvrant une dizaine de critères.
L'école de samba de Beija-Flor au sambodrome de Rio, dans la nuit du 2 au 3 mars 2014

L'école de samba de Beija-Flor au sambodrome de Rio, dans la nuit du 2 au 3 mars 2014

© Christophe Simon / AFP
Dimanche soir, l'école Imperio da Tijuca a ouvert le bal en rendant hommage aux origines africaines de la batucada (percussions brésiliennes), avec par exemple une statue géante de joueur de tambour et des danseuses disposées sur ses instruments, et des références très précises (telle initiation masculine du Mozambique, telle fête d'origine angolaise...).

Hommage attendu à Zico
Parmi les autres thèmes abordés, l'origine et le quotidien des favelas (Sao Clemente) et les fêtes brésiliennes (Mangueira). Lundi, le clou du spectacle pourrait être l'hommage à la légende du "jogo bonito" (beau jeu) du foot, le "Pelé blanc" Zico.

Ces festivités se donnent rendez-vous dans le vaste Sambodrome Marquês de Sapucai, récemment rénové pour accueillir la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques 2016. Ce lieu tout en béton de 720 mètres de long, aux formes épurées, avec deux tribunes en vis-à-vis accueillant 70.000 spectateurs, fêtera avec pompe ses 30 ans, depuis sa conception par le célèbre architecte carioca Oscar Niemeyer, disparu en décembre 2012.

Le Sambodrome se trouve aussi à proximité de la place Onze, où a été fondée la première école de samba, "Deixa Falar" (laisse parler), en 1926, plus tard dissoute puis relancée sous le nom de Estácio de Sá.

Il se situe dans la zone considérée comme le berceau de la samba. Non loin, se trouve l'ancien quartier "Pequena Africa (petite Afrique), où se concentraient les immigrés noirs venus de Bahia (nord-est) qui y ont importé la musique du candomblé célébrée sur une danse nommée samba.