VIDEO. Josef Nadj : 30 ans au service de la danse contemporaine à Orléans

Par @Culturebox
Mis à jour le 07/02/2017 à 10H33, publié le 31/01/2017 à 16H34

Après 30 ans de création à Orléans, le chorégraphe, plasticien et danseur Josef Nadj quitte le Centre chorégraphique national qu'il a créé en 1995. Après avoir fait triompher sa troupe aux quatre coins du monde, il souhaite poursuivre sa pratique à Paris, de manière indépendante et dans un lieu plus modeste.

Reconnu comme l'un des acteurs majeurs de la scène internationale, Josef Nadj a été l'un des premiers à faire exploser les limites des genres artistiques. Issu de la danse contemporaine, le chorégraphe-danseur originaire de Yougoslavie allie à ses créations les arts plastiques et la littérature.

C'est à Orléans que sa créativité s'est épanouie. Il s'y est rendu pour la première fois en 1988 et, séduit par l'enjeu artistique de la ville, il y crée en 1995 le Centre chorégraphique national (CCN) dont il assure la direction jusqu'à aujourd'hui. Cette page se tourne désormais, Josef Nadj retourne à Paris. L'occasion de revenir sur 30 ans de carrière avec quelques-unes de ses créations les plus emblématiques, qui ont fait le tour du monde.
1
2015 - "Pour Dolorès" avant-dernière au CCN
"Pour Dolores" est l'une des dernières oeuvres laissées au CCN par le chorégraphe Josef Nadj. Un duo captivant qui met en scène des objets, des sons et deux personnages transformés en marionnettes. Derrière le masque de la marionnette, la danse de Nadj s'exprime à nouveau en mouvements saccadés et donne corps à une femme qui questionne le spectateur en vingt-quatre petites séquences musicales.

"Pour Dolores" est né d'une rencontre fortuite. Alors qu'il se promène au marché aux puces, le chorégraphe tombe sur un masque ancien en carton peint. Il sera le point de départ d'une nouvelle inspiration. 

2
2014 - "Paysage inconnu". Le retour aux sources
Avec son "Paysage inconnu", Josef Nadj explore ses racines profondes, enfouies en ex-Yougoslavie. Sur scène, un quatuor d'hommes (deux danseurs et deux musiciens) évoque un paysage réel, ce serait celui de la Pannonie, région natale du chorégraphe en Europe centrale. 

Dans un univers sonore fait de percussions et de notes stridentes, le duo de danseurs donne à voir un monde où les mots n'ont ni cours, ni raison d'être, où l'existence semble tout juste débuter ou sur le point de s'éteindre. Un paysage intérieur enfoui, mais toujours vivace.

3
2007 - "Paso Doble avec Miquel Barceló", la réunion des arts 
Josef Nadj est aussi plasticien. Toute son oeuvre dansée est entièrement tournée vers l'acte du peintre et l'écriture musicale. En 2007, le chorégraphe et l'artiste catalan Miquel Barceló créent sur scène une éphémère oeuvre d'argile. Une improvisation d'une heure avec un sol et un mur d'argile qu'ils pétrissent, façonnent, dans lesquels ils plongent littéralement. Un stupéfiant voyage dans le magma primitif, selon Télérama

4
2006 - "Asobu", la communion des communautés à Avignon
Depuis le début, la littérature anime Josef Nadj. De Kafka ("Les Veilleurs") à Borges en passant pas Büchner ('Woyzeck"), l'artiste puise ses influences dans les textes qu'il trouve dans sa bibliothèque. "Ca m'a facilité la tâche de ne pas être sous l'influence d'autres chorégraphes", dit-il à propos de son parcours.

Les œuvres d'Henri Michaux fascinent également le chorégraphe, et cela pour deux motifs essentiels : le poète emprunte les voies du dessin, les taches, pour creuser le sens même du langage, et il a recours au voyage pour inventer ces peuples imaginaires, ces petites tribus insolites qui surgissent telles des apparitions visuelles. Il créé, en 2006, pour le Festival d'Avignon "Asobu"
"Asobu" de Josef Nadj

"Asobu" de Josef Nadj

© Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon

Entrer dans le "jeu" – "asobu" en japonais –  dans ses multiples dimensions, est pour Josef Nadj un nouveau pari envers la scène et la geste qui se déploie dans l'ensemble de son œuvre. "On essaie de montrer qu'on peut se mélanger et que le fondement de notre imaginaire est commun. Du Japon aux pays de l'Est, jusqu'ici en France ça circule très bien", souligne-t-il à propos de son oeuvre puissante. 
Asobu Nadj © Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon

5
2002 - "Journal d'un inconnu", le premier solo
Il aura fallu quinze ans à Josef Nadj pour aborder la forme du solo et – sans doute parce qu’il s’agit de sa première expérience en la matière –, "Journal d’un inconnu" est sa pièce la plus introspective, la plus clairement autobiographique.

Renouant avec ses premières créations, elle se présente en effet comme une nouvelle évocation de Kanizsa, sa ville natale, puisqu’elle est explicitement composée "d’après" le journal du chorégraphe et des poèmes d’Otto Tolnai.
Josef Nadj journal d'un inconnu

© France 3 / Culturebox / capture d'écran

6
1990 - "Comedia Tempio", un nouveau cycle
Fiévreuse, hallucinée, Comedia Tempio est une pièce clé dans le parcours de Josef Nadj puisqu’elle inaugure un nouveau cycle : celui des créations dédiées à l’univers d’un écrivain ou d’un artiste. Il s’agit, en l’occurrence, du Hongrois Jozsef Brenner dit Géza Csáth (1887-1919), auteur d’un journal, de contes et de nouvelles, mais aussi d’études scientifiques liées à sa pratique de médecin psychiatre, contemporain de la naissance de la psychanalyse. 

7
1994 - "Woyzeck, ou l'ébauche du vertige"
Josef Nadj propose un concentré muet de ce Woyzeck qui a donné lieu à tant d'interprétations diverses. Car, pour lui, la pièce inachevée de Büchner était comme "une énigme dressée sur son chemin", une énigme qu'il pensait devoir affronter un jour.

8
1988 - Sept peaux de rhinocéros, l'oeuvre fondatrice
 L’histoire entre Orléans et Josef Nadj débute en 1988, lors de la création de sa deuxième pièce "Sept peaux de rhinocéros", au Carré Saint-Vincent, où il fut en résidence jusqu’en 1995, puis hébergé avec le CCN jusqu’en 2000. Sous-titrée "Danse macabre", la chorégraphie évoque la peur de la mort que chaque être humain éprouve au cours de son existence. Ecrite comme un hommage à son grand-père, la création de Josef Nadj se sert des contes de son ancêtre.

"Il m'avait dansé son passage à l'au-delà. Sûrement, avec cette danse, il voulait rendre plus légère la mort qui venait. Pour moi, ce fut l'apprentissage, la transmission de la suprême connaissance."
Josef Nadj

Josef Nadj

© PHOTOPQR/LE DAUPHINE LIBERE

La suite du CCN s'écrira sans Josef Nadj. La chorégraphe Maud Le Pladec prend les rênes du centre orléanais. Quant au chorégraphe référent, il quitte la ville des bords de Loire en toute sérénité et sans aucune nostalgie. "Je préfère gommer les choses qui ont pu être négatives et ne garder que les bons souvenirs", confiait-t-il en décembre 2016 à La République du Centre