"Fous de danse" de Boris Charmatz : et si on dansait !

Par @Culturebox
Mis à jour le 30/09/2017 à 10H39, publié le 25/09/2017 à 10H19
La danseur Boris Charmatz dirige une chorégraphie sur le tarmac de l'ancien aéroport de Tempelhof, à Berlin, le 7 septembre 2017.

La danseur Boris Charmatz dirige une chorégraphie sur le tarmac de l'ancien aéroport de Tempelhof, à Berlin, le 7 septembre 2017.

© JENS KALAENE / DPA

Le chorégraphe français Boris Charmatz investit dimanche 1er octobre 2017 le Centquatre, à Paris, avec "Fous de danse". Un événement de dix heures qui invite le public à participer, et qui a attiré 20.000 personnes à Berlin il y a trois semaines.

Pendant dix heures le public vivra à la fois une "méga teuf" et une promenade à travers l'histoire de la danse. Il passera sans transition d’un échauffement collectif à un solo d’après Isadora Duncan, d’extraits du "Sacre du printemps" dansé par des enfants à du hip-hop... "Fous de danse répond à une attente, une envie d'être ensemble", souligne Boris Charmatz. Le chorégraphe français, directeur du Musée de la danse à Rennes, a créé en partenariat avec le Centre national de la danse, cet événement marathon qui investira le bitume du Centquatre à Paris, le 1er octobre. 

Il faudra s’engouffrer dans le couloir ­humain du Soul Train Géant – d’après le nom de l’émission américaine qui a mis en avant soul et rhythm and blues entre 1970 et 2006 sur le petit écran – en tentant des jetés, des passes de hip hop, et toutes sortes de danses ou de marches. "Il y a l'idée qu'on partage la culture chorégraphique", souligne le chorégraphe. A 44 ans, Boris Charmatz est une des stars internationales de la danse, un paradoxe pour le chef de file de la "non-danse". 

Chef de file de la "non-danse"  

"Avec la "non-danse", on nous a dit qu'on était des pseudo-intellectuels, que ce n'était pas la danse qu'on voulait ni voir ni faire, or, ma génération d'artistes, les Xavier Le Roy, Jérôme Bel, moi, on est au contraire devenus des artistes extrêmement populaires dans les musées", remarque-t-il. Jérôme Bel est l'objet d'un "portrait" copieux au Festival d'Automne à Paris, avec pas moins de huit spectacles.

Née au milieu des années 1990, la "non-danse" s'affranchit des frontières entre les arts, mélangeant vidéo, performance, arts plastiques, théâtre, et se libère du lieu assigné du théâtre, investissant des lieux ouverts : espaces publics des musées, places, gares...

Musée de la danse et danse au musée

"J'aime bien l'idée que la danse, c'est plus large que le spectacle dans un théâtre, c'est aussi des gens qui pratiquent sur YouTube ou sous la douche, beaucoup de manières d'expérimenter la danse, et le Musée de la danse est devenu une sorte de spécialiste de cette ouverture", dit-il. Charmatz a investi ces dernières années le MoMA de New York, la Tate Modern de Londres et vient de faire l'ouverture pendant trois semaines de la célèbre Volksbühne de Berlin avec ses milliers de danseurs sur le tarmac de l'ancien aéroport de Tempelhof.

"Le Moma, la Tate Modern on été pionniers depuis dix ou quinze ans pour imaginer ce qu'un musée pouvait être au 21e siècle, c'est-à-dire pas uniquement un musée d'objets mais aussi de pensées, de mouvements, de performances", rappelle le chorégraphe. En France, les musées sont plus frileux, cantonnant souvent les performances dans l'espace traditionnel de la salle de spectacle, comme au Centre Pompidou.

"Je crois vraiment à la gratuité"

Mais récemment, le Palais de Tokyo (avec sa carte blanche à Tino Sehgal) et l'Opéra de Paris ont ouvert leurs espaces publics à la performance ("20 danseurs pour le XXe siècle" de Boris Charmatz). Si le musée voit dans la danse un aiguillon pour se réinventer, celle-ci y gagne un public nouveau, surtout lorsque l'événement est gratuit.

"Je crois vraiment à la gratuité", souligne Boris Charmatz. "Si vous allez à un spectacle à l'Opéra, vous êtes abonnés ou vous avez réservé et vous y allez comme dans un sanctuaire. Si vous allez au Centquatre, c'est gratuit, et surtout c'est un événement horizontal : il n'y a pas de scène, pas de gradin, la danse la plus professionnelle et celle des enfants, des amateurs et du public sont au même niveau, du coup on a une vraie possibilité artistique".
Parallèlement, Boris Charmatz crée des pièces "normales" données dans le cadre traditionnel du théâtre, comme "10.000 gestes", qui sera donné au Palais de Chaillot, toujours dans le cadre du Festival d'Automne à Paris, du 19 au 21 octobre.