Biennale de Lyon : Angelin Preljocaj met des gestes sur des mots

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 18/09/2012 à 18H05
Ce que j'appelle oubli

Ce que j'appelle oubli

© JC CARBONNE

Loin des « Blanche neige » ou « Roméo et Juliette » qui ont marqué en leur temps les scènes lyonnaises, Angelin Preljocaj s’aventure sur des chemins menant à de nouvelles expériences, de nouveaux accouplements des mots et des corps. Les spectateurs habitués des univers sophistiqués et narratifs des grandes fresques chorégraphiées par Angelin Preljocaj sortiront sans doute un peu bousculés par ce nouvel opus du directeur du CCN d’Aix en Provence. Incontestablement « Ce que j’appelle oubli » marque un nouveau tournant dans la riche carrière de cet artiste. Il met au service des mots de l’écrivain Laurent Mauvignier, les gestes et les mises en situations de ses danseurs.

Les faits d’abord, ou plutôt le fait divers : un marginal tabassé à mort par quatre vigiles à la sortie d’un supermarché à Lyon en 2009 pour une simple canette dégoupillée.
Les mots ensuite, ceux de Laurent Mauvignier résonnent magistralement dans la bouche du comédien Laurent Cazanave. Ces mots passent et repassent sans cesse sur les blessures et la haine sournoise de ces vigiles pour leur proie facile et toute désignée. Les blessures mortelles et la douleur de la famille de la victime se répandent sur la scène.
Les corps enfin : Angelin Preljocaj orchestre une danse proche d’un rituel macabre. Les six danseurs  soulignent, sans singer le texte, la violence et la cruauté des mots par les chocs de leur peau. Les corps testostéronés un rien trop dessinés prennent petit à petit beaucoup de place sur scène, sans doute un peu trop. De la prison à la morgue, Agnelin Preljocaj fantasme l’univers masculin et sordide de ces mondes. Mais il ne pousse pas la démarche frontale jusqu’au choix de corps tordus et veules suggérés par le texte. Il ne se risque pas à salir volontairement son esthétique.

Un tableau de "Ce que j'appelle oubli"

Un tableau de "Ce que j'appelle oubli"

© JC CARBONNE


Mais le texte plus que la simple narration d’un fait divers bouscule l’univers aseptisé de cette danse et fait entendre le drame d’un pauvre égaré dans l’indifférence d’un centre commercial. Il fait résonner l’indifférence cruelle qui accompagne souvent ces violences ordinaires.
C’est le triomphe des mots sur le geste, initié par un chorégraphe  remettant en cause son travail, au cœur de la Biennale de la danse de Lyon.