A Garnier, les adieux en solo de Jérémie Bélingard sous une pluie de confettis

Par @Culturebox
Mis à jour le 14/05/2017 à 12H01, publié le 14/05/2017 à 11H47
Scary Beauty - Jérémie Bélingard

Scary Beauty - Jérémie Bélingard

© Ann Ray/Opéra national de Paris

C’étaient ce samedi 13 mai les adieux de Jérémie Bélingard dans un solo, "Scary beauty" qu’il a chorégraphié lui-même. Le danseur étoile, accessoirement ancien compagnon d’Aurélie Dupont et père de ses enfants, n’aura pourtant 42 ans qu’au cœur de l’été mais la limite d’âge pour le corps de ballet, TOUT le corps de ballet, est, à l’Opéra de Paris, impitoyable…

Il entre, très prince russe, écharpe grise au cou, dans une grande houppelande de laine chinée dont il se débarrasse aussitôt. Le sol est un miroir d’eau, le fond de scène un carré gris vaguement lumineux, tendance zen. Il est désormais en survêtement éponge, couleur framboise, se met en position de plongeur et… plonge. Petits cris effrayés dans la salle. L’effet est très réussi, le sol s’est ouvert et, comme s’il avait nagé sous l’eau, il ressurgit de l’autre côté. Sort de l’eau, les bras donnant l’impression d’accrocher le vide sur des barreaux d’air, des ondulations de souffle.

Mime et danse

Petits pas, torsades des bras, gestes minimaux, une chorégraphie à peine effleurée, très japonaise, presque nô. La musique de Keiichiro Shibuya et que celui-ci interprète au piano à jardin est entre Keith Jarrett et Joe Hisaishi, le compositeur de Kitano. Bélingard joue sur la grâce et l’élégance plus que sur l’intensité physique, sa silhouette parait minuscule quand s’incrustent derrière lui de très belles images holographiques (superbe travail d’Adrien M et Claire B), sortes de fantômes des contes nippons qui se tordent et se déforment, dans un magnifique gris et blanc. Derrière on voit la machinerie de Garnier. Il y a alors, dans ce mélange de mime et de danse si précise, quelque chose de James Thierrée, dans la recherche aussi d’une beauté plastique qui épouse la danse.
Jérémie Bélingard dans un solo de sa création

Jérémie Bélingard dans un solo de sa création

© Ann Ray/Opéra national de Paris

Une nage aérienne

Voici tout à coup des perles qui tombent sur une paroi de verre, et qui se mettent à tourner dans l’espace comme un vol de martinets les soirs d’été. Bélingard traverse en rouge ces perles blanches, reproduction des galaxies, on a parfois le sentiment qu’il poursuit une nage aérienne, avec aussi des poses de profil à la Nijinski. Une cascade d’eau virtuelle, de la beauté des estampes orientales (chinoises aussi), se coupe en deux, il est au milieu, on ne voit que ses pieds qui s’agitent au bout du pantalon framboise, et puis il se relève, danse en fond de scène, pirouettes sublimes avec d’incroyables inversions des talons, il danse, petite silhouette, un requin gonflable traverse la scène en apesanteur au-dessus de lui, il continue de danser en pirouettant, le rideau tombe.
Jérémie Bélingard ovationné

Jérémie Bélingard ovationné

© Ann Ray/Opéra national de Paris
Mais avant cela on avait vu rigoureusement le programme annoncé, le « Cunningham-Forsythe » dont on vous avait fait la critique il y a quelques jours… On avait eu une autre distribution pour le Cunningham, plus gymnaste, plus en esprit de groupe, et on s’était toujours un peu ennuyé. La respiration du milieu s’était révélée une improvisation, ils étaient entrés très nombreux sur scène, tous en lunettes noires, très bons camarades, se faisant des selfies de groupe. On cherchait Jérémie parmi eux. Il n’y était pas.

Le « Trio » de Forsythe avec la belle Guérineau était encore plus sensuel : Guérineau avait changé de partenaires, Fabien Révillion et Simon Valastro s’y révélaient magnifiques (Mais où est Jérémie ?). « Herman Schmerman » accueillait Vincent Chaillet, premier danseur, élégant et discret, et, au lieu de Chun Wing Lam, le coryphée Pablo Legasa, d’une magnifique extraversion, éblouissant d’aisance, mais avec un côté : « je danse La Bayadère et pas Forsythe et d’ailleurs pourquoi ne suis-je pas encore étoile ? ». Et encore Hugo Marchand et Hanna O’Neill, elle, ce soir, superbe, à sa hauteur, impliquée, détendue, frémissante. Lui, aussi bien que la première fois.

Standing ovation

Et toujours pas de Jérémie. A telle enseigne que, quand il apparaîtra enfin, comme rien dans le programme précédent ne l’annonçait, quelques spectateurs seront partis. Heureusement il aura la « standing ovation » qu’il méritait et en paraîtra sincèrement ému.
Bélingard sous une pluie de confettis

Bélingard sous une pluie de confettis

© Ann Ray/Opéra national de Paris

Le plus joli moment étant quand ses fils, Jacques et Georges, en costumes-cravates (alors que papa est en survêt’ rouge), et hilares, lui porteront des fleurs sous une pluie de confettis. Puis Aurélie Dupont viendra sobrement l'embrasser et Brigitte Lefèvre, l’ancienne directrice de la danse, le serrer dans ses bras, autre moment émouvant. Et puis tous ses potes, étoiles et anciennes étoiles, certains les cheveux déjà blancs, pendant que Georges fait des glissades au milieu des confettis (c’est chouette de jouer là où papa et maman travaillent!) et que maman Aurélie, discrètement mais fermement, récupère les deux fistons vers les coulisses ; et Jérémie, toujours aussi ému, continue à recevoir une pluie d’applaudissements, lui, à la réputation de solitaire, toujours un peu à part, se maquillant dans son coin, et visiblement très touché ce soir de recevoir cette déclaration collective, peut-être d’amour, en tout cas d’admiration.

Avant de partir peut-être, telle qu’il a semblé l’esquisser, vers une carrière à la Thierrée, moins mime et plus danseur, ou assouvir son autre passion, le rock, en groupe ou en chanteur solitaire.

Un esprit de troupe à lui tout seul.


« Les adieux de Jérémie Bélingard » à l’issue du programme Cunningham-Forsythe dont c'était la dernière ce samedi 13 mai, Opéra-Garnier, Paris.

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