Twitter : le nouveau terrain de jeu des scénaristes et des écrivains

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/09/2017 à 16H12, publié le 08/09/2017 à 17H18
De nombreux auteurs professionnels et amateurs utilisent le réseau social pour raconter des histoires scindées en posts de 140 caractères.

De nombreux auteurs professionnels et amateurs utilisent le réseau social pour raconter des histoires scindées en posts de 140 caractères.

© Culturebox

Ces derniers mois, plusieurs auteurs ont choisi Twitter pour raconter de nouvelles histoires. Sur un enchaînement de textes de 140 caractères maximum, ils parviennent à captiver le public avec des histoires bourrées de suspense. Certains, en l'espace de quelques semaines, ont réussi à attirer des centaines de milliers d'abonnés séduits par leurs histoires mystérieuses.

Pour vous divertir à la plage cet été, vous avez peut-être emporté quelques livres de poches dans vos valises. Ou, si vous êtes plus moderne, vous avez choisi une liseuse électronique. Et si vous êtes carrément dans le futur, vous avez déroulé des chaînes de posts - dans le jargon des réseaux sociaux, on appelle cela des “threads”, ou une “twitstory” - sur Twitter. Une tendance tout juste émergente sur le réseau social aux centaines de millions d'utilisateurs.

L’histoire du dessinateur espagnol Manuel Bartual, par exemple, a conquis des centaines de milliers de lecteurs. Le pitch ? Un homme arrive dans sa chambre d’hôtel pour ses vacances. Au bout de quelques jours, il a le sentiment d’être suivi… par un homme qui apparaît comme son double. On suit alors le vacancier dans son enquête (près de 200 tweets) pleine de rebondissements, agrémentée de photos et de vidéos pour enrichir le récit.

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Ce récit se sera étalé sur plusieurs jours, à la façon d’un feuilleton, et aura permis à l’auteur de passer de 16.000 à 373.000 abonnés. Pourtant, l’histoire s’est faite de façon simple. “Je voulais seulement raconter une histoire divertissante”, expliquait Manuel Bartual à la fin de son thread, afin de rassurer ses milliers de lecteurs qui pensaient avoir affaire à un véritable fait divers. “C’est ma femme qui a filmé les vidéos et qui m’a pris en photo (pour le double)”, ajoutait-il.

Des histoires interactives

Un mystérieux auteur américain, répondant au nom de “Nas Maraj”, a poussé le jeu à son extrême, en créant des histoires interactives où le lecteur choisit son destin. A chaque nouvelle histoire, le lecteur est intégré dans une situation inquiétante, où il a le choix entre deux options pour poursuivre l’histoire. Et, parfois, il peut finir assassiné au bout de deux tweets.

"Vous êtes dans une prison et organisez une évasion. L'electricité qui faisait fonctionner les portes a coupé. Elles sont toutes ouvertes, et les prisonniers de votre quartier courent vers la gauche. Allez-vous les suivre ou partir seul de votre côté ?"

Le suspense, clé du récit

Ces histoires relayées sur Twitter ont toutes une chose en commun : une bonne dose de suspense. C’est le cas de l’histoire du dessinateur américain de bandes dessinées Adam Mills, qui raconte avoir emménagé dans un appartement hanté par le fantôme d’un petit garçon à la tête écrasée.

"La première fois que je l'ai vu, j'étais paralysé dans mon sommeil et j'ai vu un enfant assis sur la chaise verte au pied de mon lit. Sa tête était énorme et écrasée sur le côté, voici un dessin."


Depuis le 7 août, le dessinateur raconte et documente l’irruption de cet étrange visiteur dans son nouvel appartement, vidéos de surveillance à l’appui. On voit ainsi une chaise s’agiter par intermittence au fond de son salon. Ou les chats du dessinateur miauler devant une porte tous les soirs à la même heure.

"Et voilà. Juste avant minuit."

Une frontière parfois floue entre fiction et réalité

En lisant cette histoire, tous les lecteurs se posent une question : Adam est-il vraiment hanté ou est-ce une grande histoire savamment planifiée par le dessinateur ? Le doute persistant ne décourage en tout cas pas les internautes, qui sont près de 400.000 à suivre les avancées de cette enquête paranormale.

C’est cette atmosphère intrigante que l’on retrouve dans la première "twitstory" du scénariste français François Descraques, connu pour avoir créé la web série (devenue série TV) “Le Visiteur du Futur”. La semaine dernière, il s’est lancé dans un projet similaire, intitulé “3e Droite” et racontant les mésaventures d’un jeune homme dont le nouveau propriétaire a une attitude… un peu étrange.

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“En développant mon histoire, j'ai vu que certains auteurs avaient aussi partagé des histoires d'épouvante sur Twitter”, nous explique l’auteur. “Pour '3ème Droite', je ne voulais pas jouer la carte du canular. Je ne voulais pas que les gens s'abonnent pour de mauvaises raisons et soient déçus après. J'ai donc joué la transparence en décrivant dans la bio que c'était une fiction. Mais même avec ça, je reçois des messages de gens qui demandent au personnage s'il est encore en vie.”

Un récit court qui crée du rythme

Pour l’auteur, nombre de ses lecteurs aiment se laisser prendre au jeu. “Ce qui est intéressant, c'est que les gens se doutent quand même un peu que l'histoire est fausse et pourtant, ils aiment se faire piéger volontairement, remarque le scénariste. Cela montre le pouvoir des histoires et à quel point on aime se faire peur sur Twitter, et sur internet en général.”



Publier sur Twitter comporte plusieurs avantages. Il y a l’aspect court du récit, qui permet de créer un rythme, selon François Descraques : “étrangement, cela me convient car j'aime être concis. Du coup, les gens qui lisent savent que chaque Tweet va exprimer une idée majeure. Cela crée un rythme régulier, comme un tempo, qui rend la lecture facile et presque musicale.”

Les lecteurs déjà accros

Il y a aussi le rapport direct, presque instantané avec les lecteurs, qui peuvent réagir à chaque tweet et donc chaque morceau de l’histoire. Pour François, c’est aussi un nouvel exercice d’écriture, après s’être essayé à la websérie, la série télévisée, la bande dessinée ou encore le long métrage. “J'ai toujours voulu raconter des histoires quelles que soient leurs formes”, avoue-t-il. Mais il n’était pas certain de se lancer dans l’écriture d’un roman.

“'3ème Droite' (comme 'Le Visiteur du Futur' à l'époque) est née d'une envie de créer quelque chose sans avoir à attendre qui que ce soit, tout cela en utilisant une plateforme gratuite et ouverte à tous, indique-t-il. Dans les deux cas, je n'ai pas plus de stratégie que ça sur le long terme, et je ne sais pas comment le medium (Twitter, ndlr) va évoluer.”



Cette stratégie, en tout cas, attire : créé il y a seulement quelques jours, le compte “3e Droite” totalise déjà 14.000 abonnés. Nombreux sont les messages de lecteurs qui en demandent encore. Twitter deviendrait-il donc une nouvelle forme de littérature ? On ne pourrait aller aussi loin. Mais on peut apprécier l'initiative prise par les auteurs de s'essayer au genre.

"Je reçois déjà des messages de jeunes qui me disent qu'ils ont pris plaisir à lire l'histoire alors qu'ils admettent ne jamais lire de "vrai livre", raconte François Descraques. "Twitter ne remplacera jamais la littérature, mais si cela permet à des gens qui ne lisent jamais de s'ouvrir aux romans sous une forme ou sous une autre, c'est un bon signe.“