Présidentielle 2017 : que disent les cinq (autres) candidats sur la culture ?

Par @Culturebox
Mis à jour le 18/04/2017 à 14H42, publié le 11/04/2017 à 14H27
Nathalie Arthaud(LO), François Asselineau(UPR), Jacques Cheminade(Solidarité et progrès), Jean Lassalle(Résistons!) et Philippe Poutou(NPA)

Nathalie Arthaud(LO), François Asselineau(UPR), Jacques Cheminade(Solidarité et progrès), Jean Lassalle(Résistons!) et Philippe Poutou(NPA)

© AFP(Pascal PAVANI, Lionel BONAVENTURE, Eric PIERMONT, Bertrand GUAY, Kenzo TRIBOUILLARD)

Pour compléter notre série sur le programme culturel des candidats à l'élection présidentielle, nous avons répertorié les idées de Nathalie Arthaud, François Asselineau, Jacques Cheminade, Jean Lassalle et Philippe Poutou sur la question. Parmi eux, certains envisagent dans leur projet présidentiel des engagements concrets, alors que d’autres s’attachent plutôt à la théorie.

Une première dans l'histoire de la Ve République, la culture reste un sujet “accessoire” dans la campagne 2017. Les questions culturelles sont quasi absentes des débats et parmi les onze candidats, seuls quelques-uns ont annoncé un vrai programme en matière de culture.

Quel budget pour la culture ? Comment préserver le patrimoine français ? Faut-il conserver le régime de  l’intermittence ? Après avoir interrogé Emmanuel Macron, Benoît Hamon, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, François Fillon et Nicolas Dupont-Aignan, nous avons consulté les programmes des cinq autres candidats pour en extraire les idées les plus significatives pour répondre à ces questions.

Nathalie Arthaud : libérer la culture des intérêts privés

“Nous attachons une grande importance à l’accès à la culture pour des classes populaires”, selon la candidate de Lutte Ouvrière (LO). La priorité est de donner accès à la culture au monde du travail, puisque “la culture reste un domaine essentiellement réservé aux classes les plus favorisées”.

Après avoir vivement critiqué certaines politiques existantes, ignorant les inégalités sociales, Nathalie Arthaud souhaite organiser plus d’activités participatives comme la fête de Lutte Ouvrière, qui permet de “rendre une culture de qualité accessible aux classes populaires qui n’y ont pas forcément accès en temps normal”.

En plus de l’accès universel aux activités culturelles, elle a également proposé une égalité des chances dans la pratique de l’art, car “il faut permettre aux artistes de pratiquer leur art sans la précarité et la pauvreté qui est souvent leur lot.” Pour atteindre ce but, la candidate veut augmenter le budget de la culture qui ne représente aujourd’hui qu'1% du budget national, afin de “libérer la culture des intérêts privés où les critères de rentabilité et de gain freinent la créativité et la liberté dont l'art a besoin”. Elle n’a pourtant pas précisé quel niveau le budget de la culture doit atteindre.

François Asselineau : la culture française comme "moyen d'ouverture sur le monde"

Égal accès pour tous, augmentation du budget, protection du patrimoine, le candidat de l'Union Populaire Républicaine (UPR) s’attaque directement aux questions culturelles. Il a listé dans son programme plusieurs mesures pour renforcer l'identification et le partage de la culture française.

Le candidat du “Frexit” est le seul des cinq candidats à avoir cité dans son projet "l’exception culturelle française". Il a voulu non seulement “dénoncer la mondialisation, qui n’est en fait qu’une américanisation”, mais aussi considérer la culture française comme “un moyen d’ouverture sur le monde”, ou encore plus ambitieux, “faire de la francophonie une référence culturelle commune mondiale”.
 
Voici quelques-unes de ses propositions : “mobiliser le service public de l’audiovisuel pour promouvoir la culture ; soutenir la création artistique française pour les films et les chansons ; développer l’éducation populaire et favoriser la connaissance de l’histoire de France par la visite de monuments emblématiques pour les élèves des lycées et collèges…”
 
Comme la plupart des candidats, François Asselineau a consacré une partie importante de son projet à la protection du patrimoine et l’accès à la culture. Il veut pour cela “augmenter substantiellement les budgets alloués à la sauvegarde des monuments historiques classés et des œuvres d’art françaises” et “améliorer l’offre du chèque culture pour en faciliter l’accès au plus grand nombre”.

Jacques Cheminade : accroître le budget de la culture jusqu'à 2% du PIB

Titré “Pour une culture de la vie et de la découverte” et présenté avec trois citations poétiques, le programme culturel de Jacques Cheminade est sans aucun doute le plus littéraire.

“Mon but est de susciter l’environnement nécessaire pour que puisse apparaître une culture qui élève les êtres humains et non qui les abaisse.” Au lieu de modifier certains aspects, le candidat de Solidarité et progrès envisage un changement total. “Je dis bien créer l’environnement et non imposer un modèle ou un contenu par injonction. Il s’agit d’arroser pour que poussent de belles plantes, parfois inattendues, et non de creuser des ornières.”
 
Mais à quoi ressemble cet “environnement nécessaire” ? Si on simplifie la réponse en un seul mot : l’argent. Jacques Cheminade envisage d’accroître immédiatement le budget de la culture jusqu’à 2 % du PIB. Ainsi, il ne tolère pas "la disparition d’une centaine de festivals, comme ce fut le cas l’été dernier”. Il a insisté, en même temps, sur la nécessité de soutenir les créateurs français : “pérenniser le régime des intermittents du spectacle, titulariser les précaires et les permittents du service public de la culture, soutenir les Maisons des jeunes et de la culture (MJC)”, etc.

Jean Lassalle : la culture française des territoires 

L'auteur de “Un berger à l'Élysée” exprime sa vision culturelle dans un chapitre de son programme présidentiel visant à “faire vivre la culture sur nos territoires”.

Sur le modèle de la Fête de la Musique, il souhaite créer “une fête de la Philo et des Savoirs le 21 mars, une fête des Sports le 21 septembre et une autre fête de l’Engagement le 21 décembre”. Pour le financement, le leader de Résistons ! compte “orienter le financement public vers la création indépendante, plutôt que vers les activités de grands groupes”.

Par rapport à la sauvegarde de la culture française, la langue et le patrimoine en particulier, Jean Lassalle demandera “la ratification de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, en conservant le français comme seule langue de l'administration” et “le jumelage des lieux culturels français avec des homologues européens”.

Philippe Poutou : pour "un réseau culturel public de proximité"

Le candidat de Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), qui se présente comme le porte-parole de la classe ouvrière, défend “la mise en place d’un véritable service public en charge de ces biens communs, hors des logiques marchandes, et le développement d’une politique visant à fournir à touTEs un accès gratuit à une information et une culture de qualité”.

Plus concrètement, il espère établir “un réseau culturel public de proximité”, avec une liberté complète de création et de diffusion qui puisse promouvoir l’échange avec les cultures minoritaires ou extra-occidentales. Selon le même principe, “la rémunération des professionnels doit être pensée hors de la privatisation de la culture et les barrières financières et sociales doivent être abattues”.

Philippe Poutou a enfin précisé dans son programme qu’il faut “abroger immédiatement (et non en 2022 comme cela est prévu actuellement) la loi Hadopi. Et les droits d’auteur doivent être refondus, pour garantir des conditions de vie décentes à tous les artistes”.