Les candidats à la présidentielle et la culture : les propositions de Nicolas Dupont-Aignan

Par @Culturebox
Mis à jour le 05/04/2017 à 12H28, publié le 04/04/2017 à 16H31
Nicolas Dupont-Aignan, le leader de Debout la France, à son QG de campagne parisien (22 mars 2017)

Nicolas Dupont-Aignan, le leader de Debout la France, à son QG de campagne parisien (22 mars 2017)

© photo Valérie Oddos / Culturebox / France Télévisions

A l'heure où les grands chantiers de la culture ne semblent pas être au centre du débat politique, nous avons questionné les candidats pour connaître leur programme en matière de culture. Nicolas Dupont-Aignan nous a répondu à son QG de campagne, près de l'Assemblée nationale. Préservation du patrimoine et démocratisation de la culture sont au cœur des préoccupations du leader de Debout la France.

Création d'un ticket découverte culturelle gratuit, développement de l'enseignement de l'histoire de l'art comme discipline à part entière à l'école, abrogation d'Hadopi, Nicolas Dupont-Aignan nous détaille son programme culturel dans le spacieux bureau de son siège de campagne, dans le quartier de l'Assemblée nationale, où il nous reçoit en compagnie de Dominique Jamet, le vice-président de son parti, Debout la France.
 
1- La culture pour vous, c'est quoi, à quoi ça sert ?
La culture, ça sert à élever l'âme et à donner du bonheur.
 
 
2- Faut-il ou non un ministère de la Culture ?
Bien sûr. Heureusement qu'il y a un ministère de la Culture. Nous proposons même de lui donner un plus grand périmètre, qu'il regroupe patrimoine, tourisme, spectacle vivant et bien sûr arts, lettres, cinéma, communication. Nous proposons que ce soit un ministère clé du pays, parce que la France, c'est une langue, c'est un patrimoine, c'est une culture, c'est une civilisation.
 
Il faut une volonté politique. On a trop laissé la culture prisonnière de groupes d'intérêts. Il faut attacher une importance extrême à la commande d'Etat. L'Etat doit rejouer un rôle d'impulsion matériel et artistique.
 
3- Quelles sont vos priorités dans le domaine de la culture ?
Il y a plusieurs priorités, la première c'est la préservation de notre patrimoine, qui est un point fondamental. La deuxième priorité c'est l'éducation à l'histoire de l'art, la transmission, l'éveil de nos enfants. La troisième priorité, c'est la création artistique, la liberté artistique et puis la quatrième c'est l'utilisation du numérique pour accéder à toutes les œuvres de l'humanité avec l'abrogation d'Hadopi et un nouveau système de rémunération des auteurs.
 
Mais les deux piliers de ma politique culturelle, ce sont la sauvegarde du patrimoine et la démocratisation de la culture. Car j'ai constaté qu'il y a deux mondes qui s'ignorent : une population qui fréquente les lieux culturels, qui est totalement branchée, et la grande majorité de la population qui s'éloigne totalement de la culture. Ce que je veux, c'est réconcilier les Français avec la culture, ne pas la réserver à une minorité de privilégiés.
 
 
4- Quelle est la mesure que vous vous engagez à mettre en œuvre dès votre arrivée au pouvoir ?
Nous proposons de mettre en place un ticket-découverte gratuit pour deux manifestations culturelles. Pour chaque Français de plus de 16 ans, chaque année il y aura deux bons pour une entrée gratuite à utiliser dans un musée, dans une exposition, dans un spectacle de théâtre… 
 
5- Dans quelle proportion souhaitez-vous augmenter ou diminuer le budget de la culture ?
Actuellement, 0,7% du budget est consacré à la culture proprement dite (hors communication). Je veux passer à 1%.
 
6- Etes-vous favorable au maintien de l'"exception culturelle française" ?
Bien sûr, c'est une évidence.
 
7- Que proposez-vous pour favoriser l'accès à la culture pour tous ?
Il y a d'abord ce ticket-découverte culturelle qui est fondamental. Nous proposons aussi la gratuité des musées le dimanche pour les Français et les résidents en France. Il y a l'utilisation de l'audiovisuel, de la communication, pour faire accéder le grand public aux œuvres de l'humanité, et il y a l'abrogation d'Hadopi.
 
Il y a l'enseignement, aussi : il est fondamental de développer non seulement l'éducation artistique, le dessin et la musique, bien sûr, mais aussi l'histoire de l'art, qu'elle soit érigée en tant que discipline et qu'elle puisse être enseignée aux enfants, notamment dans les collèges et les lycées. Nous proposons de mettre en place un CAPES de manière à ce qu'il y ait vraiment des professeurs d'histoire de l'art, que ce soit une vraie matière.
 
Je souhaite aussi réserver un contingent de places au spectacle pour les scolaires. C'est ce que je fais dans ma ville (Nicolas Dupont-Aignan est maire de Yerres, dans l'Essonne, ndlr). Dans le théâtre municipal, il y a dix spectacles par an avec les principales œuvres du répertoire classique français. Il propose des prix défiant toute concurrence pour les écoles et les coopératives scolaires. Ce qui fait que dans une salle de mille places, j'ai 10.000 enfants de ma ville qui vont voir des spectacles, c'est fondamental. Ce sont des enfants qui n'auraient jamais été voir un spectacle, qui n'y auraient peut-être jamais été de leur vie.
 
Je réserve également des places pour les personnes handicapées, qui ont le droit d'avoir des émotions culturelles. Le CAT (Centre d'aide par le travail) de ma ville a des places réservées. J'estime qu'on doit garder des places pour les Français défavorisés. Je crois beaucoup à la volonté politique.
 
8- Etes-vous favorable à la préservation du statut des intermittents ?
Oui, je ne veux pas le changer. En revanche j'estime que ce statut est là pour aider les artistes. Il ne doit pas être siphonné par certaines sociétés de production. Il faut peut-être veiller à ce qu'il revienne à son esprit originel : il ne doit pas être un moyen de faire baisser les coûts de production du secteur audiovisuel, il doit permettre aux artistes de développer leur création. Et pour développer sa création il faut avoir une protection, parce que le génie ne vient pas aux heures de bureau.
 
Il doit bénéficier à davantage d'intermittents, et les grosses structures qui peuvent payer ne doivent pas en profiter pour faire des économies sur le dos des partenaires sociaux.
 
Nous souhaitons aussi favoriser l'intervention d'artistes dans le système éducatif en doublant le plafond d'heures prises en compte dans l'assurance chômage. 
 
9- Quelles mesures proposez-vous pour la préservation du patrimoine ? 
Il y a beaucoup de choses. Je sais ce que c'est que restaurer du patrimoine en France.  Je l'ai fait dans ma ville puisqu'elle a hérité de la propriété Caillebotte en ruine. J'ai mis vingt ans à restaurer cet ensemble majestueux.
 
Il y a d'abord un problème d'inventaire. Les richesses patrimoniales de notre pays ne sont pas inventoriées correctement et les classements ne suffisent pas. Il y a quantité de richesses qui sont détruites aujourd'hui. Il faut donc un inventaire amélioré. Il faut un programme massif de numérisation du patrimoine, c'est très important. Et puis il faut améliorer les outils de protection et les harmoniser entre le patrimoine et l'environnement. Ils sont séparés entre le ministère de la Culture et le ministère de l'Environnement : il faut absolument créer un organisme interministériel du patrimoine pour remettre tous les partenaires autour de la table et éviter le massacre qu'il y a dans notre pays aujourd'hui. Il faut développer la Fondation du patrimoine (organisme privé à but non lucratif qui valorise le patrimoine non protégé, ndlr), renforcer les formations aux métiers du patrimoine, ça c'est le premier point.
 
Deuxième point, il faut rétablir les crédits d'entretien et de restauration du patrimoine qui ont été amputés ces dernières années. Ils sont à 326 millions en 2016, ils étaient à 400 il y a quelques années. Je veux les remettre à 400 millions, pour sauver notre patrimoine national. Et il faut améliorer le dispositif Malraux d'exonération fiscale qui a été ratiboisé au fil du temps par Bercy. C'est absolument vital.
 
Je propose de créer un fonds de sauvegarde du patrimoine rural qui ouvrirait, comme les dons aux œuvres, la possibilité de déduire de son impôt, dans la limite de 10.000 euros, les dons pour aider les biens des petites communes rurales françaises, qui sont massacrés. Car avec la chute des dotations de l'Etat, notre patrimoine est en train de s'abîmer.
 
Je veux aussi créer un tirage du loto pour les Journées du patrimoine, dont le produit viendra accompagner les actions en faveur du patrimoine.
 
Parlons d'architecture, aussi. La France est défigurée par des normes stupides, imposées aux architectes qui font qu'on ne peut plus rien construire d'audacieux et d'élégant. Il y a tellement de normes que bientôt on va construire des boites. La France est défigurée par une architecture médiocre liée au fait que les constructeurs ont viré les architectes.

10- Comment souhaitez-vous accompagner le développement de la numérisation de la culture ?
Je veux qu'on numérise nos richesses. Mais j'insiste sur un point : il est absolument scandaleux que les grandes institutions françaises passent par Google et il est tragique qu'on n'ait pas développé un fonds de numérisation public national francophone. Je trouve ça ahurissant, nous avons loupé une marche.
 
Nous proposons d'abroger Hadopi. C'est un combat d'arrière-garde : quand les moines copistes ont vu arriver l'imprimerie ils ont lutté contre l'imprimerie. Le numérique est une occasion inespérée d'accéder à la bibliothèque universelle de toutes les œuvres de l'humanité. Nous voulons que toutes les œuvres françaises soient accessibles, et là on a un rôle à jouer. Les entreprises qui font du profit avec ça ne veulent surtout pas qu'on y accède. Mais on n'arrête pas la mer, et en vérité les téléchargements illégaux se sont multipliés. Ce que ne comprennent pas certains auteurs, c'est que, en menant ce combat d'arrière-garde et en se laissant déborder par les téléchargements, ils perdent sur les deux tableaux. Leurs droits d'auteur fondent comme neige au soleil et on ne prévoit pas un nouveau mode de rémunération.
 
Je fermerai l'autorité Hadopi et nous rémunérerons les auteurs par l'équivalent d'une taxe sur les fournisseurs d'accès qui sera redistribuée en fonction de leur audience.
 
11- Et pour finir, quels sont vos goûts en matière de culture ? La dernière œuvre qui vous a touché ?
Je suis passionné de peinture et de sculpture et, dans ma ville, nous avons une politique culturelle exceptionnelle, avec la restauration de cette propriété Caillebotte, et une biennale de sculpture que j'organise régulièrement avec ma femme.
 
Les dernières œuvres qui m'ont touché sont celles de Truphémus, qui est exposé à Yerres pour trois mois. C'est la première grande rétrospective de ce grand peintre lyonnais qui est dans plusieurs musées du monde, qui est mal connu en France et qui est sans doute du niveau d'un Monet ou d'un Bonnard. C'est un très grand peintre du sensible.