Festival Nyansapo "interdit aux Blancs" : la polémique en 4 actes

Par @Culturebox
Mis à jour le 29/05/2017 à 19H33, publié le 29/05/2017 à 10H56
Affiche du festival Nyansapo

Affiche du festival Nyansapo

© DR

Un festival "afroféministe européen" dont la plupart des espaces sont réservés aux femmes noires a déclenché une polémique. La maire de Paris Anne Hidalgo a demandé dimanche l'interdiction d'un événement "interdit aux Blancs". Lundi, elle a estimé qu'une "solution claire" avait été trouvée. Mais les organisateurs ne sont pas du même avis et réclament "des excuses". Rappel de la polémique.

1. L'extrême-droite interpelle la Mairie de Paris

Prévu du 28 au 30 juillet à la Générale, une salle parisienne, le Nyansapo se présente comme un "festival afroféministe européen". Selon son site internet, il est organisé en plusieurs espaces, notamment un espace "non mixte femmes noires (80% du festival)", un autre "non mixte personnes noires" et un "espace ouvert à tou.te.s".

Vendredi, Wallerand de Saint-Just, président du groupe Front national au Conseil régional d'Ile-de-France, interpelle Mme Hidalgo. Dénonçant ce qu'il décrit comme un "festival interdit aux +Blancs+", il estime que la maire doit "s'expliquer immédiatement quant à l'organisation dans des locaux municipaux d'un événement mettant en avant une conception ouvertement racialiste et antirépublicaine de la société". 

2. Anne Hidalgo demande l'interdiction du festival, SOS Racisme et la Licra s'indignent

"Je demande l'interdiction de ce festival", déclare dimanche sur Twitter la maire PS de la capitale, annonçant qu'elle saisirait le préfet de police "en ce sens". Dans un communiqué dimanche soir, la préfecture de police a fait savoir qu'elle "n'a pas été saisie, à ce jour, de l'organisation d'un tel événement". "En tout état de cause", le préfet de police Michel Delpuech "indique qu'il veillera au respect rigoureux des lois, valeurs et principes de la République". 

Anne Hidalgo avertit qu'elle se réserve "également la possibilité de poursuivre les initiateurs de ce festival pour discrimination" et  condamne "avec fermeté l'organisation à #Paris de cet événement +interdit aux Blancs+". 

Apportant son soutien à la maire de Paris, SOS Racisme juge "sur le plan politique" ce festival comme une "faute - sinon une abomination - car il se complaît dans la séparation ethnique là où l'antiracisme est un mouvement dont l'objectif est post-racial".

La Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah) dénonce dimanche sur Twitter "l'organisation d'un festival comportant des espaces en non-mixité fondés sur la race". De son côté, la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme juge que "Rosa Parks doit se retourner dans sa tombe", en référence à l'icône de la lutte pour les droits civiques aux Etats-Unis. "Le combat antiraciste devenu l'alibi d'un repli identitaire", s'indigne-t-elle.

3. Le collectif Mwasi dénonce une campagne de désinformation

La Générale et le collectif afroféministe Mwasi, qui organise le festival, ont répliqué dimanche, s'estimant "la cible d'une campagne de désinformation et de fake news orchestrée par l'extrême droite la plus moisie".

"Nous sommes attristés de voir certaines associations antiracistes se laisser manipuler ainsi. Elle se retrouvent paradoxalement du coté des racistes à stigmatiser celles et ceux qui militent pragmatiquement pour les valeurs d'égalité et de respect", indique ce texte publié dimanche sur le site de la Générale. "Lorsque la question de la race n'est pas évoquée, les groupes de discussion féministes entre femmes n'ont jamais posé de problème à grand monde", ajoutent-ils. 

4. La maire de Paris se félicite d'avoir trouvé une solution

Lundi après-midi, la maire de Paris Anne Hidalgo se félicite qu'une "solution claire" ait été adoptée "après (son) intervention". Le "festival organisé dans un lieu public sera ouvert à tous", indique-t-ell. "Des ateliers non-mixtes se tiendront ailleurs, dans un cadre strictement privé".



En réagissant aux messages de la maire de Paris sur le compte Twitter @mwasicollectif, les organisateurs ont ironisé: "Donc en gros notre programme originel n'a absolument pas changé". "Nous attendons maintenant un communiqué en bonne et due forme de la Mairie de Paris, et des excuses publiques", ont-ils ajouté.