Présidentielle 2017 : le programme culturel de François Fillon

Par @Culturebox
Mis à jour le 21/04/2017 à 12H22, publié le 14/04/2017 à 18H43
François Fillon lors d'un débat politique télévisé de la campagne présidentielle, le 4 avril 2017 sur BFMTV et CNews

François Fillon lors d'un débat politique télévisé de la campagne présidentielle, le 4 avril 2017 sur BFMTV et CNews

© Lionel Bonaventure / Pool / AFP

À l’heure où les grands chantiers de la culture ne semblent pas être au centre du débat politique, nous avons questionné les candidats pour connaître leur programme en matière de culture. François Fillon nous a répondu par mail. Le candidat Les Républicains souhaite réduire les fractures culturelles et territoriales qui créent des fossés entre les Français selon leur âge et leur localisation.

François Fillon compte notamment inciter les établissements culturels nationaux à "proposer des actions culturelles dans les territoires ruraux". Il entend aussi lancer, à Strasbourg, "un grand projet européen, au service des chefs-d’oeuvre de l’Europe et de l’identité européenne". Il souhaite par ailleurs "préserver au niveau européen la notion d'exception culturelle". Il compte "pérenniser" le statut des intermittents du spectacle, tout en "luttant contre les abus" et en réservant son accès à ceux et celles qui travaillent au service d'une "création originale". Détail de ses propositions, mais aussi de ses goûts artistiques.


1) La culture pour vous, c’est quoi, à quoi ça sert ?
« La culture, c’est ce qui fait de l’homme autre chose qu’un accident de l’univers », écrivait André Malraux. J’y souscris totalement. La culture c’est ce qui nous polit, nous élève et nous humanise. Elle nous permet de comprendre le monde et d’interroger notre rapport à l’autre. Elle est donc précieuse en ce qu’elle nous tient à distance de toute forme de barbarie. Sans culture, l’homme retombe dans un état primaire où règne sans partage la loi du plus fort, la loi de la violence. En ces temps troublés où le fanatisme gagne, son utilité n’a jamais été aussi forte. La culture, c’est à la fois un processus créatif dans ce qu’il a de plus personnel et un ensemble de références communes qui nous unit. C’est l’ouverture au monde et la personnalité d’un pays. Pour moi, oui, il y a une culture française, qui nous rend singuliers aux yeux du monde et assure notre rayonnement. Enfin, la culture est une richesse, une force économique à travers le tourisme.

2) Faut-il ou non un Ministère de la culture ?
Depuis la primaire, je n’ai jamais varié : si je suis élu, je nommerai un gouvernement « commando » de 15 ministres maximum. Une de ces personnalités - à la compétence unanimement reconnue - aura la responsabilité de notre politique culturelle. Je souhaite que siège rue de Valois un ministre qui soit un passionné des arts et des lettres, capable de faire rayonner notre culture et qui sache s’adresser à la fois aux professionnels du monde culturel et à tous les Français. Je souhaite qu’il soit également le défenseur des artistes et des créateurs. Pour réussir cette mission, il est nécessaire que cette personnalité témoigne d’un esprit libre et fasse preuve de courage pour assumer de véritables choix artistiques.

3) Quelles sont vos priorités dans le domaine de la culture ?
Ma première priorité est de réduire la fracture culturelle. Trop de jeunes se sentent, d’abord, écartés de la culture. Pour y remédier, je conforterai la place de l’éducation aux arts et à la culture dans les programmes d’enseignement, notamment la pratique musicale collective, en articulant mieux enseignement culturel et histoire générale, et en renforçant la place de l’histoire de l’art dans l’enseignement de l’histoire générale.

Il nous faudra aussi réduire la fracture territoriale. Les établissements culturels nationaux devront proposer des actions culturelles dans les territoires ruraux. Leurs horaires d’ouverture seront également élargis en y consacrant les moyens nécessaires, en développant le bénévolat – qui est un élément essentiel de l’action culturelle en milieu rural et « rurbain » et en mettant à contribution les jeunes ayant opté pour un service civique culturel.

4) Et quelle est la mesure que vous vous engagez à mettre en oeuvre dès votre arrivée au pouvoir ?
Outre les mesures que je viens de citer pour réduire la fracture culturelle, je lancerai un grand projet européen, au service des chefs-d’oeuvre de l’Europe et de l’identité européenne. Il s’agira de créer à Strasbourg un lieu qui rassemble, dans une présentation régulièrement renouvelée, des oeuvres d’art en provenance des grands musées européens, témoignant de la richesse et de la diversité de l’histoire de l’art en Europe et de la force de ses artistes. Vitrine des chefs-d’oeuvre de l’Europe, mais aussi fonds européen d’acquisition d’oeuvres d’art, il permettra d’acquérir les oeuvres majeures qui, aujourd’hui, faute de moyens suffisants dans les Etats, sont dispersées dans le monde entier.

5) Dans quelle proportion souhaitez-vous augmenter ou diminuer le budget de la culture ?
Je me suis engagé à maintenir le budget de la culture à 1% du budget total de l’Etat, à périmètre constant. Cet engagement est très important. Il sera tenu, contrairement à ce qui s’est passé pendant le quinquennat de François Hollande. Pour donner un nouvel élan à la culture sans augmenter les dépenses de l’Etat, il faudra aussi diversifier les modes de financement de la création en soutenant le recours au mécénat, le lancement de souscriptions, les partenariats public / privé et le financement participatif.

6) Etes-vous favorable au maintien de l’ « exception culturelle française » ?
Je soutiendrai la création française. Je préserverai au niveau européen, la notion « d’exception culturelle ». Il faut, en effet, s’assurer que les grandes plateformes en ligne qui proposent du contenu à la demande ou par abonnement soient soumises aux mêmes obligations en matière de création européenne que les chaînes de télévision ou opérateurs nationaux auxquels elles font concurrence dans le pays où elles proposent leurs services.

Face aux géants américains, chinois ou indiens de la communication, il nous faut assumer notre exception culturelle. Cela passe concrètement par une réforme, permettant d’appliquer le principe du pays de destination du service (au lieu du pays d’émission), de la directive Services Medias Audiovisuels. Cette réforme est urgente au vu de l’impunité dont profitent actuellement les géants du net qui s’établissent là où la fiscalité est la plus faible et où les obligations d’investissements et de diffusion de la création européenne sont les moins contraignantes.

7) Que proposez-vous pour favoriser l’accès à la culture pour tous ?
Au-delà des mesures dont je viens de parler, et qui concernent la réduction de la fracture culturelle, je mettrai également en place « un plan musée » au profit des territoires pour mieux valoriser les collections en accompagnant les musées pour les faire entrer dans l’ère numérique. De plus, les Fonds Régionaux d’Art contemporain seront incités, en lien avec les collectivités locales, à exposer davantage leurs 20 000 oeuvres dans les lieux publics et à une plus grande transparence dans le cadre des nouvelles acquisitions.

8) Etes-vous favorable à la préservation du statut des intermittents ?
Le régime des intermittents joue en France un rôle fondamental en faveur de la création et de la diversité culturelle. Cependant aujourd’hui, son déséquilibre est tel qu’il est décrié et menacé. Je souhaite le pérenniser. Mais il faut revenir à sa raison d’être : la protection contre la précarité liée à la durée limitée dans le temps d’une « création originale » qui fait appel à des talents spécifiques, dans une logique de projet. Je souhaite lutter contre les abus, en exclure toute forme d’emploi permanent et réserver le bénéfice de ce régime aux artistes et techniciens qui collaborent à des oeuvres de créations originales où l’exécution est limitée dans le temps.

9) Quelles mesures pour la préservation du patrimoine ?
Agir sur le patrimoine, c’est renforcer le sentiment d’appartenance des Français à une histoire commune. La France est parsemée de jardins historiques, de maisons remarquables, de chapelles, etc. qui contribuent à la fierté de tous ceux qui en prennent soin : propriétaires, bénévoles, amis du patrimoine, associations, visiteurs. Pour préserver tous ces monuments, je ferai consacrer 2 milliards d’euros sur 5 ans, soit 400 millions d’euros par an en moyenne, pour restaurer et mettre fin à la dégradation des monuments et objets d’art.

Je souhaite également élargir les missions de la Fondation du Patrimoine, acteur incontournable pour le petit patrimoine. Ses moyens seront renforcés et consolidés avec par exemple, le reversement de la moitié des recettes de la publicité sur les bâches des monuments historiques, manne qui ne profite aujourd’hui qu’aux grands monuments parisiens.

10) Comment accompagner le développement de la numérisation de la culture ?
Les industries de la culture et le secteur de la création artistique concentrent l’essentiel de la « consommation numérique » puisque 70% du temps moyen passé devant un terminal connecté est dédié à un contenu culturel. L’Etat doit accompagner ces industries pour lutter contre le piratage et la concurrence internationale.

Le droit d'auteur français est aussi une exception qu'il faut protéger et défendre. Je le ferai ! Malmenée depuis cinq ans, la HADOPI sera renforcée en incluant la question de la protection des droits individuels à l’ère du numérique dans son rôle pédagogique et dans son efficacité.

Et pour finir, question subsidiaire : quels sont vos goûts en matière de culture ?
En matière culturelle, je revendique un certain éclectisme. S’agissant de la peinture j’admire Bosch, la Renaissance italienne, Vermeer, les fresques de Lascaux. La photographie - que je pratique - tient également une place importante dans mes loisirs culturels. Je suis un admirateur de Doisneau ou Capa. J’aime le cinéma, la bande dessinée ainsi que la musique. J’apprécie aussi bien Amy Winehouse que Chopin ou Barbara.

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