Les 50 ans de la Chaise-Dieu : Cziffra, Penderecki et... Picasso

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 24/08/2016 à 11H13
La 9e symphonie de Beethoven en 2000 dans l'abbatiale de la Chaise-Dieu

La 9e symphonie de Beethoven en 2000 dans l'abbatiale de la Chaise-Dieu

© MAXPPP

Le festival de musique de la Chaise-Dieu fête ses 50 ans cette année. Un demi-siècle de musique classique dans l’Abbatiale Saint-Robert et dans les village alentours. De la création du festival à l’apparition de la musique contemporaine, retour sur ce rendez-vous incontournable au coeur du mois d'août.

Tout commence le 25 septembre 1966, lorsque le pianiste hongrois George Cziffra (1921-1994) donne un concert avec l’orchestre Colonne dirigé par son propre fils, George Cziffra Junior. Naturalisé français en 1968, Cziffra le père est un fervent opposant au régime communiste hongrois, ce qui lui vaut de se faire enfermer en tant que prisonnier politique en 1950, alors qu’il tente de passer la frontière. Il fuit le pays en 1956 et rejoint la France après être passé par l’Autriche.

Sauver l’orgue de l’Abbatiale

Alors qu’il est en visite touristique à la Chaise-Dieu, George Cziffra est enthousiasmé par le lieu et désire y organiser un concert. Les habitants lui proposent alors l’Abbaye comme salle de concert. C’est ainsi que naquît le festival de la Chaise-Dieu, dans le but initial était de restaurer l’orgue de la ville. "Il a voulu très vite que cet instrument fonctionne à nouveau, c’est un instrument baroque de la fin du 18e siècle, et il tenait beaucoup en tant que pianiste du 19ème à ce que cet orgue parle à nouveau", explique Guy Ramona, ancien directeur du festival pendant 30 ans.

Reportage : G. Rivollier / C. Darneuville / O. Martial / A. Després

 

Le plus grand pianiste de son époque

En France, son talent est très vite reconnu notamment grâce à ses interprétations de Liszt, Chopin, Beethoven ou Ravel. A la Chaise-Dieu le pianiste hongrois marque les esprits et les partitions du festival casadéen qu’il a inauguré lui-même. Un passage dans la commune que les habitants ont retenu, comme Andrée. "Nous les anciens casadéens, nous disons toujours le festival Cziffra", confie-t-elle.

Une reconnaissance qui attire, dans les premières années du rendez-vous estival, la femme de Pablo Picasso, Jacqueline. L’organisation du festival met alors en place une exposition avec les tableaux de l’artiste, acheminés à la Chaise-Dieu de manière peu orthodoxe. "Nous sommes allés chercher les tableaux avec une simple camionnette banalisée parce qu’aucune compagnie n’a voulu nous assurer. Arrivés à la Chaise-Dieu, la salle n’était pas encore sécurisée, il a donc fallu redescendre les tableaux au Puy-en-Velay et nous les avons gardés une nuit mon appartement", raconte l’ancien directeur du festival.

24 tableaux de Picasso ont été raméné à la Chaise-Dieu.

24 tableaux de Picasso ont été raméné à la Chaise-Dieu.

© capture d'écran France 3 / Culturebox

 

Un festival qui grandit

La commune de Haute-Loire a très vite acquis une reconnaissance dans le monde de la musique classique. L’Abbatiale Saint-Robert offre au style musical une bonne acoustique qui a permis de fidéliser certains grands chefs-d ’orchestre comme l’anglais Paul Mac Creesh. "L’atmosphère présente dans l’Abbatiale de la Chaise-Dieu est vraiment idéale pour la musique sacrée. Les grands espaces sont très bons pour Haendel par exemple", confiait-il dans une interview de l’époque.
Très vite, le festival est également décentralisé dans les communes alentours comme le Puy-en-Velay. Cette année par exemple, le festival sera pour la première fois présent à Lavaudieu. 
De plus, l’évènement s’ouvre à la musique contemporaine, en accueillant par exemple pour la première fois en 1986, le compositeur polonais Krzysztof Penderecki. Mais cette ouverture de style a causé quelques problèmes. "Il ne faut pas oublier que nous sommes dans un lieu de culte. Nous avons rencontré quelques difficultés par exemple dans la "Jeanne au bûcher" en 1996. Le metteur en scène (Alain Lombard ndlr) a voulu faire une évocation érotique au moment du passage du roi. Il a fallu lui expliquer que l’on ne pouvait pas faire ça dans une abbaye", explique Guy Ramona.

Rendez-vous demain pour la suite de l’épisode le festival à partir des années 2000 et tel que nous le connaissons aujourd’hui.